/news/education
Navigation

Questionnaire intrusif: la discrimination a duré au moins 25 ans à l'Université Laval

Un aperçu du campus de l’Université Laval le 20 février dernier.
Photo d'archives, Jean-François Desgagnés Un aperçu du campus de l’Université Laval le 20 février dernier.

Coup d'oeil sur cet article

L’Université Laval, qui a fait remplir des questionnaires médicaux contrevenant à la Charte des droits et libertés pour recruter des employés de bureau, a eu recours à cette pratique pendant plus de 25 ans.

Fin janvier, Le Journal révélait que l’Université Laval utilisait jusqu’à tout récemment un questionnaire médical controversé lors du processus d’embauche pour certains emplois de soutien. Dans le formulaire, on retrouvait des questions pointues sur les antécédents familiaux, la consommation de drogues et d’alcool de même que des questions d’ordre gynécologique, lorsqu’il s’agissait de femmes.

Illégal

Ce type de questionnaire est illégal, selon un jugement rendu l’an dernier dans un dossier similaire et la Commission des droits de la personne et de la jeunesse du Québec (CDPJQ).

Au lendemain de la publication de l’article, la direction de l’Université Laval a reconnu que certaines questions étaient «inadéquates», en précisant que ce formulaire avait été utilisé depuis 2009 et qu’«aucune plainte n’avait été reçue auparavant».

Or, selon des documents obtenus par Le Journal en vertu d’une demande d’accès à l’information, d’autres questionnaires semblables étaient utilisés dès le début des années 1990. Le plus ancien questionnaire retracé date de 1991 et comporte aussi une série de questions réservées aux femmes.

La vice-rectrice aux ressources humaines, Lyne Bouchard, reconnaît que l’administration «aurait dû se poser des questions» au sujet de ce formulaire bien avant d’être contactée à ce sujet par Le Journal, au début janvier.

Deux plaintes formelles

Par ailleurs, contrairement à ce qui a été affirmé à la fin janvier, deux plaintes formelles à ce sujet ont été déposées auprès de CDPJQ, en décembre 2012 et en août 2017. La première s’est réglée à l’amiable et la deuxième a été jugée non fondée.

Ces informations n’étaient pas disponibles au lendemain de la publication de l’article et ont été découvertes «en approfondissant notre analyse et nos recherches», indique la direction de l’Université Laval.

«Ce qui m’étonne, c’est qu’il n’y en ait pas eu plus que ça», rétorque de son côté le conseiller syndical du Syndicat des employés de l’Université Laval (SEUL), Éric-Jan Zubrzycki.

Le SEUL avait par ailleurs déposé un grief à ce sujet, mais il a été retiré après que la direction de l’Université Laval s’est engagée à détruire les questionnaires médicaux qui ont été remplis, selon les recommandations qui seront fournies par la CDPJQ. Des excuses ont aussi été transmises aux employés concernés, indique le président du syndicat, Luc Brouillette.

Des extraits

Des exemples de questions posées dans des questionnaires d’embauche de l’institution datant de 1991.

Un aperçu du campus de l’Université Laval le 20 février dernier.
Photo Jean-François Desgagnés

 

Un aperçu du campus de l’Université Laval le 20 février dernier.
Photo Jean-François Desgagnés

 

Un aperçu du campus de l’Université Laval le 20 février dernier.
Photo Jean-François Desgagnés

 

Un aperçu du campus de l’Université Laval le 20 février dernier.
Photo Jean-François Desgagnés

 


Des examens médicaux aussi abandonnés

En plus d’avoir abandonné un questionnaire médical jugé «intrusif», l’Université Laval a aussi cessé depuis le début janvier d’avoir systématiquement recours à un examen médical lors du processus d’embauche dans une cinquantaine de catégories d’emplois de soutien.

Lyne Bouchard, Université Laval
Photo Jean-François Desgagnés
Lyne Bouchard, Université Laval

Jusqu’à tout récemment, des candidats sélectionnés pour des postes de techniciens informatiques ou en production audiovisuelle devaient se soumettre à un examen médical chez un sous-traitant avant de décrocher l’emploi. L’objectif était de s’assurer que la personne pouvait accomplir les tâches et d’évaluer si des mesures devaient être mises en place pour éviter tout risque pour sa santé, explique-t-on.

Or, cette pratique a été abandonnée jusqu’à nouvel ordre, indique la vice-rectrice aux ressources humaines, Lyne Bouchard : «La règle de base, c’est que tous les examens médicaux sont suspendus. On n’est pas convaincu que c’était justifié pour 100 % des postes», affirme-t-elle.

Pour un poste de technicien en informatique, par exemple, on sait déjà que les employés qui travaillent de longues heures à l’ordinateur peuvent développer des problèmes de posture et de douleur aux poignets, explique la vice-rectrice. «On n’a pas besoin d’envoyer un technicien en informatique voir un médecin pour se faire confirmer que dans ce corps d’emploi, il est nécessaire d’adapter le poste de travail», souligne-t-elle.

Révision des exigences

L’Université Laval révise présentement ses exigences pour chaque catégorie d’emploi. Les examens médicaux sont toutefois maintenus pour certains types d’emplois très spécifiques, où les tâches pourraient mettre à risque la santé des employés qui travaillent, par exemple, en laboratoire ou en médecine nucléaire.

Selon des chiffres obtenus par une demande d’accès à l’information, quelque 2500 examens médicaux préemplois ont été réalisés à l’Université Laval depuis 2001.