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J’aime Roseanne! – La beauté des comédies de situation

Upbeat reviews as Trump-voting 'Roseanne' returns
AFP

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Oui, j’ai écouté Roseanne. Et avec quel bonheur!

Tout ce que j’adore chez les comédies de situation américaines s’y trouve, comme il y a vingt ans : une écriture intelligente et vive, de superbes interprétations et, surtout, de délicieux enjeux sociaux.

Parce que les sitcoms, chez nos voisins américains, ce sont les véhicules des débats de société. Depuis leurs débuts dans les années 1950 jusqu’à aujourd’hui.

Au Québec, nous préférons les téléromans et téléséries – pensez à l’effet Fugueuse. Les Britanniques ont leurs soaps... et les Américains ont leurs comédies de situation.

Pour vous mettre l'eau à la bouche, voici d’ailleurs un petit clip provenant d’I Love Lucy (1951-1957) ici.

Et un autre provenant d’Ellen (1994-1998) ici

Jeux de distance et d'identification

Que ce soit pour la promotion de l’égalité des sexes qu’on retrouve entre les lignes d'I Love Lucy, ou l’acceptation de l’homosexualité avec Ellen, c’est à la fois avec les forces de l’identification et de la distance que l’humour permet à la société américaine de se pencher sur ses enjeux sociaux.

L’identification, parce qu’en étant capable de toucher une corde sensible, un aspect personnel chez nous les téléspectateurs, le contenu de l’émission continue de mijoter dans nos pensées une fois la télévision éteinte. Elle permet de faire des liens avec nos propres vies : «Ah oui! Ma mère est un peu comme ça!», «Mon chum réagit comme ça parfois avec les enfants.»

La distance, parce qu’en riant des tribulations de personnages fictifs, on se sent moins personnellement engagés, visés directement par les leçons de vie qu’on nous propose. On ne nous met pas dans un coin devant tout le monde, avec un bonnet d'âne sur la tête, en nous disant : «Tu vois! Toi aussi tu es maladroit comme ça!». C’est la fiction qui prend le coup. Ce sont les personnages qui écopent. Nous, tout ce qu’on a à faire, c’est apprécier le spectacle. Que l’on adhère ou non au message, au moins, nous sommes divertis.

Et la Roseanne des années 1980 et 1990 était un de ces véhicules. À mes étudiants de l’École nationale de l’humour, je présente souvent le clip suivant où Roseanne sermonne son adolescent à propos des dangers de consommer de la drogue

Le défi n’était pas simple : exposer comment une famille jongle avec le fait qu’un de ses ados consomme de la marijuana. Cette situation était et est encore aujourd’hui partagée par des millions de familles, peu importe le statut économique, et demeure extrêmement délicate. On ne veut pas couper les ponts communicationnels avec notre enfant, mais des problèmes l’attendent si on ne fait rien. Les Connor ne présentent pas une solution miracle, mais au moins aborde le problème de front et offre une dédramatisation de la situation. Sérieux et drôle à la fois. Réfléchi et salutaire en même temps.

Et la version 2018 de Roseanne? Est-ce qu’elle fait vraiment l’apologie de Trump? Bien sûr que non! Mais elle offre une fenêtre sur une réalité sociale américaine : une grosse partie de la population a voté pour le monsieur au toupet orange. Ce vote a divisé des familles. C’est une réalité sensible partagée par un grand nombre de citoyens américains. Roseanne expose comment, dans son univers, le problème s’est incarné. D’une certaine manière, elle procède à l’exorcisme de ce sujet de débat public et le rend «normal» par le biais de l’humour. Normal, parce qu’on peut et on doit en rire, sans que cela ne nous empêche d’y réfléchir sérieusement. C’est ça, la beauté des sitcoms!

Et chez nous?

Bien sûr que nous avons ici aussi d'excellentes comédies de situation, mais nos succès de cotes d'écoutes se retrouvent surtout chez les dramatiques (La petite vie étant l'exception qui confirme la règle). Côté enjeux sociaux, j'avoue m'être délectée, il y a plus de dix ans déjà, de Pure laine, sans oublier Les Parents et autres Peau de banane que nous avons connus. 

Pourquoi les Américains sont friands de sitcoms? Disons que cela fait partie de leur ADN télévisuel depuis les débuts du petit écran. Les comédies de situation n'ont plus la force d'attraction qu'elles ont connue, notamment au cours des années 1990 avec les sommets de Friends et The Cosby Show, mais demeurent un élément incontournable de la culture américaine. De voir Roseanne revenir avec une telle vigueur, même en empruntant les codes classiques du sitcom, sans flafla, sans réinventer la roue, est une autre preuve que les Américains ont la comédie au petit écran dans la peau et, d'une certaine façon, aiment s'y regarder comme dans un miroir pour mieux se comprendre.