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Rams: une approche risquée

Wild Card Round - Atlanta Falcons v Los Angeles Rams
AFP

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Le réflexe naturel en observant les nombreux gros noms que les Rams de Los Angeles ont greffé à leur noyau par le biais d’audacieuses transactions dans les dernières semaines est de se dire que cette équipe est partie pour la gloire. Pourtant, il est tout à fait légitime de se poser de sérieuses questions sur leur approche.

Mardi soir, les Rams ont fait l’acquisition du receveur Brandin Cooks, auparavant avec les Patriots et les Saints. En mars, ils avaient attiré l’attention en transigeant pour les services de deux demis de coin établis, Marcus Peters et Aqib Talib. Plus récemment, ils ont remporté le derby Ndamukong Suh, en parvenant à mettre sous contrat le dominant, mais mercuriel plaqueur.

À travers cette panoplie de mouvements, les Rams ont refilé leur secondeur Alec Ogletree aux Giants et leur ailier défensif Robert Quinn aux Dolphins. Sur le marché des joueurs autonomes, ils ont choisi de laisser filer le demi de coin Trumaine Johnson et le receveur Sammy Watkins.

Un peu étourdis? C’est normal avec ce carrousel brutal! Ce que j’en retiens personnellement c’est que les Rams formaient l’an dernier une équipe en pleine ascension et avec la deuxième plus basse moyenne d’âge (25,09 ans) au moment de débuter la saison. Puis tout d’un coup, un an plus tard, les Rams agissent en quelque sorte comme si l’Apocalypse allait frapper dans un an et qu’il fallait tout faire pour tout rafler dès maintenant.

Qu’on se comprenne bien, il n’y a rien de mal à amener à bord l’expérience de vétérans aguerris afin de bien complémenter un noyau de jeunes joueurs. Toutefois, l’histoire dans la NFL nous dit qu’un influx massif de joueurs vedettes glanés ici et là apporte rarement les résultats escomptés.

L’arrivée de Cooks

Commençons par le dernier nouveau venu, Brandin Cooks. Bien évidemment, sur papier, il rend l’attaque des Rams plus menaçante qu’elle l’était déjà l’automne dernier. Cooks est efficace à toutes les sauces et cadrera bien de l’attaque du dynamique Sean McVay. L’organisation a toutefois laissé filer un choix de première ronde au prochain repêchage (le 23e au total), pour obtenir ses services... potentiellement pour seulement un an. Cooks deviendra en effet agent libre au terme de la saison et rien ne garantit que les Rams sauront le retenir à bord. Il faut également considérer que les Rams avaient, quelques mois plus tôt, cédé leur choix de deuxième tour aux Bills pour obtenir un autre receveur, Sammy Watkins, qu’ils viennent de laisser aller.

Bref, ils viennent de donner leurs deux premiers choix pour des receveurs, tandis que la profondeur laisse à désirer à d’autres positions. Le plafond de Cooks semble plus élevé que celui de Watkins, qui est trop souvent sur la touche. Sauf que Watkins a été une cible de choix dans la zone des buts pour Jared Goff la saison dernière, avec neuf touchés.

On peut saluer l’arrivée de Cooks, qui devrait apporter une plus grande stabilité à la position, mais le fait d’avoir dilapidé de précieux choix au repêchage n’est pas louable.

En défensive

Quant aux autres transactions, Peters et Talib sont bien sûr des demis de coin agressifs à souhait, dont la propension aux gros jeux opportunistes ne se dément plus. À ce chapitre, les Rams misent sur le fait qu’ils créeront davantage de revirements. Le portrait de la situation serait toutefois incomplet si l’on omettait de mentionner que ces deux mêmes joueurs montrent aussi une fâcheuse tendance à concéder aussi de très gros jeux. N’est-ce pas la même raison pour laquelle l’état-major avait décidé que les Janoris Jenkins et Trumaine Johnson ne valaient plus leur pesant d’or?

Plusieurs ont mentionné que le coordonnateur Wade Phillips, avec Peters et Talib, pourrait enfin avoir les atouts en main pour recréer le fameux «No Fly Zone» qu’il a expérimenté à Denver. À la différence que cette brillante tertiaire, à ses années avec les Broncos, fonctionnait rondement et pouvait se permettre de prendre des risques calculés grâce à l’apport d’un formidable front défensif qui appliquait à outrance la pression sur le quart-arrière, le forçant ainsi trop souvent à prendre des décisions hâtives et coûteuses.

Dans le même système de base «3-4» que Phillips gère à Los Angeles, les joueurs capables d’amener la pression de l’extérieur font défaut. C’est une évidence que Ndamukong Suh et Aaron Donald formeront un redoutable duo. Suh pourra bouffer de l’espace tandis que Donald terrorisera les quarts-arrières, mais les secondeurs à l’extérieur laissent néanmoins à désirer. Il n’est donc pas garanti que le style risqué des Talib et Peters rapportera autant. Et c’est sans parler de la personnalité parfois douteuses de ces mêmes Talib, Peters et Suh... Oui, McVay et Phillips gèrent bien les égos, mais la culture dans le vestiaire vient tout de même de changer.

Loin de moi l’idée de clamer que les Rams s’en vont dans le mur. Après tout, ils ont le luxe, pour le moment, d’évoluer dans une division où les Seahawks et Cardinals sont en perte de vitesse. Quant aux 49ers, l’ascension est amorcée, mais les Rams demeurent favoris dans l’Ouest.

Cela étant dit, ils ont agi dans les dernières semaines avec un étrange empressement à tout mettre en place pour gagner dans l’immédiat. Plusieurs équipes dans le passé n’ont pas été récompensées par cette approche.