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Faire du bénévolat m’a permis d’économiser des milliers de dollars

Voici comment j’ai pu rembourser ma carte de crédit en étant le mentor d’un petit gars.

Faire du bénévolat m’a permis d’économiser des milliers de dollars
Unsplash Alex Woods

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J’avais 27 ans, une voiture de l’année, la garde-robe trop pleine, deux iPads et toutes mes dents. Et pourtant, ce n’était jamais assez.

Mon ami me conseillait le yoga pour déstresser. Mes parents me suggéraient un psy. La pub me promettait que plus de bébelles rempliraient le gouffre.

Mais sortir ma carte de crédit pour «aller mieux» me paraissait insensé. 

Puis un soir, après un jeudredi bien arrosé, je suis tombé sur le site web des Grands Frères et j’ai rempli le formulaire d’adhésion pour devenir mentor. C’est un organisme qui a pour mission de jumeler des adultes avec des enfants dont le père est absent.  

Le lundi suivant, le téléphone a sonné. «Salut, ici Mélanie des Grands Frères, peux-tu passer à nos bureaux pour une préentrevue?»

J’ai répondu «Eeeh? Les grands quoi? Aaaah. Oui, OK.»

Passer le test

Le processus était rigoureux comme si je venais de postuler à la CIA. Mes proches ont dû soumettre des lettres de recommandation et on a vérifié mon dossier criminel. 

Deux intervenantes de l’organisme ont aussi scruté les racoins de ma personnalité : ma relation avec mes parents, ma vie sociale, mes traumatismes et même mon opinion sur la porno.

On m’a ensuite soumis les dossiers de deux garçons. 

Le premier avait un père en prison et une mère toxicomane. Le p’tit bonhomme vivait l’enfer. J’ai braillé. L’intervenante m’a rassuré «Je pense que tu ferais un meilleur match avec le deuxième.»

Mieux que tous mes matchs Tinder

Vincent avait 13 ans et venait de changer d’école parce qu’il se faisait trop écœurer. Même si sa mère cumulait deux emplois, elle n’avait pas les moyens de lui payer les sneakers à 200 $ pour qu’il soit admis dans la gang des populaires du collège privé. 

Quelques années auparavant, le père de Vincent s’était téléporté en France pour fonder une nouvelle famille. Sa maman s’est donc ramassée seule pour l’élever, à raison de 49 semaines sur 52.   

Puis c’est ainsi qu'en mars 2011, je suis devenu le grand frère de Vincent et Vincent est devenu mon petit frère, mais aussi mon «prof de yoga», mon «psy» et mon ami. Tout ça gratis!

Ah la belle époque quand je pouvais encore le brasser sans qu’il puisse se défendre !
Ah la belle époque quand je pouvais encore le brasser sans qu’il puisse se défendre !

Les économies commencent!

On se rencontrait quelques fois par mois. Les dimanches matin, pendant que mes chums se remettaient d’un lendemain de veille, j’étais au paintball, au cinéma, au parc ou au gym avec le petit vlimeux. On est même allés voir les Canadiens. L’organisme recevait des dons d’entreprises puis elle nous les refilait. (Katching!)

Il me confiait la peine et la colère que lui causaient l’absence et les promesses brisées de son papa. Même si mon père avait son lot de torts et que je lui en voulais, il était au moins resté dans le décor le bonhomme.

J’aurais peut-être lâché prise de cette amertume envers mon géniteur après 50 séances de psy à 100 $. Vincent m’a facturé une couple de virées au Dairy Queen. (KATCHING! KATCHING!)

Il m’a aussi fait réaliser que je n’avais pas besoin de sneakers à 200 $ pour être cool comme lui.

J’avoue qu’à La Ronde, je ne tripais pas autant que lui. L’estomac se fragilise avec l’âge.
J’avoue qu’à La Ronde, je ne tripais pas autant que lui. L’estomac se fragilise avec l’âge.

Quand il me parlait d’une fille cute à l’école, je lui donnais mes trucs de drague. 

Un jour, Mélanie de l’organisme m’a appelé : «Votre jumelage, c’est un des meilleurs que je supervise. T’as une super bonne influence selon sa mère, MAIS il m’a dit que tu lui apprends des techniques pour cruiser dans les bars.»

Oups! On était tellement complices que j’oubliais parfois que c’était encore un kid.

La vraie valeur de tout ça

JEUNES BUMS!
JEUNES BUMS!

Wow, l’impact que j’avais sur ce p’tit morveux. Il disait «bye» et je répondais «ciao». Une semaine plus tard, il s’est converti au «ciao» aussi.

Avec le temps, le «rejet» est devenu un ado très chill.

J’ai tout fait pour qu’il aime le rap... il est devenu chanteur de Heavy Métal. Il a forgé sa propre personnalité, mais il a retenu l’essentiel de ce que je radotais: «Sois toi-même, sois respectueux, sois fin avec ta mère et fous-toi du reste». 

Le voir se démener sur la scène des Foufs devant 70 pouilleux en délire demeure un des plus beaux moments de ma vie. J’étais tellement fier.

À son « surprise party » de ses 18 ans, on a bu notre premier verre ensemble. Ça marquait la fin du mentorat.
À son « surprise party » de ses 18 ans, on a bu notre premier verre ensemble. Ça marquait la fin du mentorat.

Vincent est maintenant un jeune homme que j’admire. J’aimerais juste qu’il donne une autre chance aux hautes études. (Enweille donc Vincent, un «plan b» si la musique ou la photo ne marchent pas.)

En plus de tout l’argent que j’ai économisé grâce à lui, être son grand frère, c’est une action dont le dividende va me payer à vie.


Pour devenir Grands Frères/Grandes Sœurs ou faire un petit don pour aider l’organisme, va sur leur site web ou page Facebook.

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