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La télévision du futur

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Alors que se termine le MIPTV à Cannes, où le monde de la télévision convergeait pendant quelques jours à la recherche de ce qui se fait de mieux sur le marché, je vous propose des tendances qui illustrent nos changements d’habitudes et la façon dont on pensera l’avenir proche du média.

La force de la fiction

<i>Fugueuse</i>
Photo courtoisie, Marlene Gelineau Payette
Fugueuse

S’il y a un genre télévisuel qui ne perd pas en popularité, c’est la fiction. Nous aimons, peu importe notre âge ou d’où nous venons, nous faire raconter de bonnes histoires. Et la fiction s’illustre, peu importe la plateforme. Elle n’a ni frontière ni cadre essentiel. Cette semaine à Cannes, une nouvelle série, Safe, mettant en vedette Michael C. Hall (Dexter, Six feet under) était lancée en grande pompe. Plusieurs de nos producteurs étaient présents pour montrer l’excellent travail de nos créateurs. À l’exception de grands événements sportifs ou culturels et de quelques rendez-vous familiaux (comme La Voix), la fiction demeure grande meneuse des cotes d’écoute. Au Québec, l’émission qui ratisse le plus large est District 31 qui rassemble quotidiennement plus de 1,3 million de téléspectateurs en direct. Fugueuse, Unité 9, L’échappée et bien d’autres sont, chaque semaine, millionnaires. C’est la même chose du côté de nos voisins américains. Le phénomène se mesure aussi sur les plateformes d’écoute en continu. Stranger things est un phénomène de société. La fiction ne perd aucune vitesse. Au contraire, on en veut et on cherche ce qui se démarque.

<i>L’échappée</i>
Photo courtsoie
L’échappée
<i>Unité 9</i>
Photo courtsoie, Vero Boncompagni
Unité 9
<i>Dexter</i>
Photo courtsoie
Dexter

 

Focus sur la diversité

Reese Witherspoon
Photo courtoisie, Wenn
Reese Witherspoon

Nous sommes dans une ère de mondialisation et d’ouverture de frontières (n’en déplaise au président américain). Nos sociétés occidentales sont cosmopolites. Notre télévision... pas toujours. Notre mosaïque n’est pas suffisamment représentée, ce dont on parle souvent. Mais une nouvelle génération de talents issue de toutes les origines se fait connaître et, on l’a vu dans la dernière année, notre télévision change tranquillement pour mieux nous ressembler. Les États-Unis avaient déjà une meilleure représentativité des communautés afro-américaine et latino-américaine, mais chez eux, contrairement à chez nous, moins de femmes occupent des rôles-titres. Les mouvements de l’automne, prônant notamment l’égalité, ont une incidence aussi sur une meilleure représentation des femmes tant devant que derrière la caméra. Au Québec, nous avons de grandes auteures, de grandes réalisatrices, de grandes productrices. Plusieurs femmes occupent aussi des postes clés à la tête de nos diffuseurs. Des femmes sortent de l’ombre chez nos voisins du Sud. De nombreuses actrices, dont Reese Witherspoon, s’imposent de plus en plus comme des leaders de la télé américaine.

 

Les chaînes câblées désertées au profit des plateformes en continu

Photos courtoisie

On parle beaucoup de Netflix. C’est normal, sa progression est fulgurante. Entre octobre et décembre 2017, la plateforme a séduit plus de 8 millions de nouveaux abonnés. On lui prédit 800 millions d’abonnés d’ici 2021 ! Selon des données américaines, 2017 a été une année difficile pour les chaînes câblées qui ont vu leur auditoire migrer vers les chaînes en continu sur le web. Outre Netflix, Amazon et Hulu, les plateformes mobiles et les réseaux sociaux ont augmenté leur public. Chez les 18-24 ans, les habitudes de consommation sont passées de 15,08 heures de visionnement sur la télévision conventionnelle en 2016 à 12,72 heures en 2017. Pour la première fois, aux États-Unis toujours, le téléchargement et l’écoute en rafale dépassent l’écoute en direct chez les 45 ans et moins. Plus de 209 milliards de dollars se seraient dépensés en 2017 pour rejoindre le public sur les plateformes digitales, dépassant pour la première fois les investissements dans la télé traditionnelle de 6 %. Au Québec, plusieurs émissions de pointe (séries, grands rendez-vous) peuvent rattraper près de 150 000 téléspectateurs avec les cotes révisées (incluant les enregistrements ou visionnements ultérieurs). Malheureusement, ces chiffres sont rarement divulgués, l’écoute en direct étant le chiffre relayé aux médias.

 

Des formats pour les réseaux sociaux

Photos courtoisie

Lors du MIPTV, les projecteurs se sont tournés vers la websérie canadienne Carmilla qui s’est mérité le prix Brand of the year, qui a connu des débuts en marge pour devenir une marque exemplaire. Lancée il y a 3 ans sur YouTube, cette série fantastique est adaptée d’un livre, a vu naître un film et sera présentée bientôt sur des ondes conventionnelles à heure de grande écoute. On dit que c’est un projet transmédia. Et c’est vers ce genre de diffusion que la création de marques sera, au-delà d’une simple émission, développée. De plus, les réseaux sociaux comme Facebook et Instagram souhaitent de plus en plus produire des émissions. Des projets qui leur sont exclusivement dédiés voient le jour. Les webséries diffusées sur YouTube ou sur les réseaux sociaux émergent aussi de pays moins fortunés pour produire de la télévision conventionnelle. C’est une nouvelle façon de consommer, mais qui met, comme sur les médias traditionnels, du contenu de l’avant.

<i>Carmilla</i>
Photo tirée de YouTube
Carmilla

 

Du gigantesque au plus petit écran

Photos Fotolia

Arrivez-vous à vous retrouver dans un magasin d’électronique ? Êtes-vous plus du genre télé 4K de 60 pouces ou si vous préférez consommer vos émissions sur votre cellulaire ? Quoi qu’il en soit, il n’y a jamais eu autant d’écart entre les différents écrans. Mais sachez qu’en ce début d’année 2018, l’achat de télévisions de 65 pouces et plus est en hausse de 37 % en Amérique du Nord. Contradictoire avec nos habitudes de consommation ? Chose certaine, quand on s’assoit pour dévorer en rafale une nouvelle série ou pour suivre un match de hockey, on veut que ce soit sur la meilleure résolution disponible (attention le 8K s’en vient !). Comme si on y était. On veut aussi se rapprocher de l’expérience cinéma. Des études auraient aussi démontré que nous sommes prêts à investir dans l’achat d’un gros appareil pour une pièce principale (plutôt que 2 ou 3 dans différentes pièces comme jadis) pour inciter au « co-viewing », donc encourager les rassemblements familiaux devant une émission qui fait l’unanimité.

 

La réalité virtuelle qui s’impose

Photo courtoisie

Ce sont évidemment les jeunes qui ont déserté la télévision traditionnelle les premiers. Pour les conquérir, puisqu’ils forment un public important à séduire pour les annonceurs, de nouvelles technologies se développent. La réalité virtuelle, dont on parle de plus en plus, est l’une d’elles. La réalité virtuelle est une technologie immersive qui permet à celui qui l’utilise d’être plongé dans un univers à 360 degrés. Depuis 3 ans, son développement s’accélère, si bien qu’elle a fait l’objet d’une branche de l’édition 2018 du MIPTV et de moult conférences. Le réalisateur Robert Rodriguez (Desperado, Spy Kids, Sin City) y a présenté une série courte de fiction, The Limit, en réalité virtuelle. Si elle se capte principalement à l’aide d’un casque, on assiste à de nouveaux modes de consommation pour répondre aux attentes des diffuseurs qui voudraient en profiter. Le nouveau film de Steven Spielberg, Player One, en fait la démonstration actuellement. Par contre, depuis peu, on soulève tout de même des questions éthiques puisqu’elle pourrait avoir des effets sur le psychisme et influencer certains comportements.

<i>Player One</i>
Photo courtoisie, Warner Bros
Player One
Steven Spielberg
Photo courtoisie, Wenn
Steven Spielberg
Robert Rodriguez
Photo courtoisie, Reuters
Robert Rodriguez