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Magistrale adaptation

WE 0414 BD
Profession du père
Photo courtoisie Profession du père
Sébastien Gnaedig
Ed. Futuropolis

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Alors que la bande dessinée puise depuis plusieurs années déjà dans la littérature, aucune adaptation n’a réussi à ce jour à surpasser l’extraordinaire Rapport de Brodeck de Manu Larcenet d’après Philippe Claudel. Profession du père risque bien de changer la donne.

Publié à la rentrée littéraire 2015, le roman de Sorj Chalandon fait sensation. Le romancier, lauréat des prestigieux prix Médicis, Grand Prix du roman de l’Académie française et prix Goncourt des lycéens, y fait le récit de sa jeunesse, vécue sous le joug d’un père mythomane et violent. Au début des années 1960, son alter ego, le jeune Émile à peine âgé de 12 ans, se voit enrôlé par son père dans l’organisation secrète O. A. S. qui a pour but d’assassiner le général de Gaulle. Tour à tour footballeur, chanteur, professeur de judo, parachutiste et agent secret, le père fait preuve d’une violence physique et psychologique inouïe à l’endroit du jeune garçon.

Pourquoi l’auteur et directeur éditorial de Futuropolis Sébastien Gnaedig s’est-il lancé dans ce projet d’adaptation ? « Je lis les romans de Sorj Chalandon à leur parution depuis quelques années. Dès la lecture de Profession du père, j’ai eu envie de l’adapter. Cette histoire d’enfance m’a littéralement happé et stupéfié. Tout de suite, j’ai vu des images et des séquences à dessiner », explique-t-il par courriel.

D’un 5e au 9e art

De l’écriture dense et touffue de Sorj Chalandon, Gnaedig a eu à épurer afin de transposer le tout en images. « Graphiquement, j’ai essayé d’être le plus sobre possible pour faire ressortir la violence des séquences et, surtout, les dialogues, qui sont ceux de Sorj Chalandon. Je ne voulais pas des textes introspectifs du roman, car j’avais envie de montrer la vie du petit Émile Choulans simplement. Aussi, j’ai souhaité raconter le récit dans un ordre chronologique pour que l’on puisse ressentir l’évolution des rapports entre Émile et son père mythomane. Voir l’évolution des mensonges, comment l’enfant est entraîné dans les délires du père. »

Le résultat est renversant. L’artiste, qui a notamment signé les illustrations de Linge sale de Pascal Rabaté, plante le décor dans l’appartement familial exigu, la majorité des scènes s’y déroulant. Une contrainte dont il s’affranchit avec brio, ayant fait le choix de la sobriété graphique. Il braque sa plume sur le jeune Émile, qu’il met en cases dans un découpage maîtrisé au rythme psalmodique, d’où naît cette sensation anxiogène si particulière. « Le découpage, le rythme de la narration est ce que je préfère faire en bande dessinée, le dessin vient en second plan. »

Profession du père est de ces remarquables lectures qui nous hantent bien longtemps après avoir tourné la dernière page. Sébastien Gnaedig a su respecter le matériau originel tout en se l’appropriant. Une opération délicate dont ne s’acquittent que quelques rares funambules. L’artiste et directeur de collection est sans aucun doute de ceux-là.


♦ L’auteur sera de passage au Festival BD Québec les 13 et 14 avril prochain

 

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La pastèque galerie-boutique

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Profession du père
Photo courtoisie

L’éditeur montréalais La Pastèque, qui compte plus de 240 albums à son actif et 200 prix et nominations (dont le Prix du public au 37e Festival international de la bande dessinée d’Angoulême pour Paul à Québec de Michel Rabagliati) en vingt années d’existence, se dote d’une superbe galerie-boutique, rue Laurier.

Avant d’être éditeurs, les fondateurs Martin Brault et Frédéric Gauthier ont été libraires. « C’est une façon de boucler la boucle, lance Martin Brault. Le marché du livre s’est transformé depuis nos années de libraires et nous souhaitions être un vecteur de changement. Nous voulions faire rayonner les œuvres de nos auteurs au-delà du circuit habituel. L’idée de cette boutique s’est imposée d’elle-même. »

La boutique – qui ne se substitue en rien aux librairies, car on y retrouve que des albums de leur catalogue – fait office de salle d’exposition, en plus d’abriter une galerie, un atelier d’auteurs en résidence et leurs bureaux.

D’ici la parution tant attendue de Paul à la maison prévue en 2019, les lecteurs pourront notamment se mettre sous la dent Faire Campagne, joie et désillusions du renouveau agricole au Québec de Rémy Bourdillon et Pierre-Yves Cézard, qui inaugure une nouvelle collection de BD reportages en collaboration avec Atelier 10, ainsi que 13e Avenue de François Vigneault et Geneviève Pettersen, Une bulle de Geneviève Castrée et Folk d’Iris Boudreau.


♦ La Pastèque galerie-boutique, 102, avenue Laurier Ouest, Montréal  www.lapasteque.com/boutique