/misc
Navigation

Réponse à Sophie Durocher concernant la future policière voilée

Réponse à Sophie Durocher concernant la future policière voilée
CRÉDIT PHOTO: BEN PELOSSE

Coup d'oeil sur cet article

 

Salut Sophie,

Je ne te connais pas beaucoup, mais on s’est déjà rencontrées en entrevue à la suite d’un de mes textes de blogue à propos des duchesses du Carnaval et du féminisme. C’est pour dire que la question des femmes me tient à cœur.
 
Parlant de ça, j’ai lu ton billet de blogue concernant la future policière voilée dans Le Journal.
 
Par où commencer?
 
Tout d’abord, tu énonces le fait que porter le voile et vouloir être policière est confrontant. J’ai lu et relu ton texte et je ne comprends toujours pas ce qui t’a amenée à cette affirmation.
 
Je me suis arrêtée à cette question que tu poses à la jeune femme: «Comment pourrez-vous me convaincre que la loi commune est plus importante pour vous que la loi de votre Dieu?»
 
Justement, comment pourrait-elle le prouver? Avez-vous des idées à lui suggérer? Parce que moi, je n’en vois aucune. Juste le fait de lui poser la question démontre que vous doutez déjà de ses capacités en tant que policière. C’est ce qu’on appelle avoir un préjugé.
 
Peut-être que de lui faire passer un test, comme le proposent certains politiciens, pourrait vous réconforter? Vous savez ce test qui est censé nous rassurer sur les valeurs des autres, des étranges... sauf que, cette jeune femme est née ici, et ça, j’imagine que ça fait encore plus peur, c’est encore plus «confrontant».
 
Tu sais Sophie, la menace ne vient pas nécessairement d’ailleurs, ne porte pas nécessairement un vêtement ou un visage différent.
 
Est-ce que tu te rappelles de Matricule 728? La policière qui exprimait tant de haine envers des groupes spécifiques de la population – étudiants et gratteux de guitare entre autres – est-ce qu’elle portait un signe ostentatoire quelconque permettant de déceler son biais? Est-ce que le fait de ne pas porter de signes ostentatoires l’a empêchée de briser la sacro-neutralité dont elle devait faire preuve dans l’exercice de ses nobles fonctions: protéger la population?
 
Est-ce que tu te souviens de Bissonnette? Est-ce qu’il portait lui aussi un quelconque signe distinctif qui aurait pu nous mettre sur la piste? Est-ce que son habillement ou son apparence laissait présager le terrible attentat qui a secoué le Québec?
 
En tant que femme je dois aussi te dire Sophie, que je suis un peu tannée de me faire dire comment m’habiller, ou comment ne pas m’habiller. Et je ne suis pas la seule. Il y a aussi ces étudiantes «carrés jaunes», l’affaire du burkini en France, les agentes de bord d’Air Canada, et bien sûr, les femmes musulmanes, et j’en passe.
 
En tant que femme, je ne commencerai certainement pas à dicter aux autres femmes ma charte vestimentaire pour que je me sente moins «confrontée» dans mon quotidien de femme blanche privilégiée.
 
En plus, tu demandes à la jeune femme de choisir entre sa carrière et sa religion. Com’on Sophie, on est en 2018, une femme a bien le droit d’avoir tout ce qu’elle veut? Pourquoi la faire choisir? Où décèles-tu une incompatibilité? En quoi c’est confrontant? 
 
Personnellement, je pense que nos institutions devraient refléter la belle diversité qui fait notre force, et que chacun, chacune devrait s’y retrouver. Ne pas porter de signes religieux n’est pas garant de la neutralité, et par le fait même, en porter ne veut pas dire un bris de cette neutralité. C’est DANS la tête que ça se passe, pas SUR la tête. La GRC l’a compris en 1991!
 
L’espace public, la rue, appartient à tout le monde, l’État est laïque, le Québec est laïque. Ce n’est pas un bout de tissus, un hijab, une kippa ou un turban qui va menacer la neutralité de l’État ou la «loi commune» comme tu dis. Sondos Lamrhari sera en mesure d’appliquer les lois et de protéger TOUTES les citoyennes et TOUS les citoyens, incluant les gratteux de guitare...