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Pensions: l’égoïsme du patronat

Percevoir sa rente de la RRQ tout en travaillant
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Régimes publics de retraite: le Canada est le pire

«De tous les pays de l’OCDE, c’est au Canada que l’on cotise le moins aux régimes publics de retraite» (Les Affaires, 13 avril 2013). Et c’est ici au Québec et au Canada que l’employeur cotise le moins. Malgré cela le patronat québécois trouve qu’il paie trop comme il trouve qu’il défraie toujours trop d’impôt sur le revenu, qu’il doit faire face à trop de réglementations et qu’il ne reçoit jamais assez de subventions publiques, même si c’est Québec qui en accorde le plus de toutes provinces canadiennes. Et beaucoup plus si on ajoute l’aide fournie par Hydro-Québec avec ses tarifs très minimes d’électricité. Bas tarifs d’électricité pour les compagnies et gros tarifs pour les résidences, s’entend.

Et toujours en 2013, un rapport de l’Organisation de coopération et de développement économique (OCDE) révélait que l’apport des régimes publics de retraite représentait moins de 39% du revenu brut des aînés canadiens comparativement à 59% en moyenne au sein de l’OCDE: «La pauvreté augmente chez les aînés canadiens» (La Presse, 27 novembre). Malgré la dernière bonification du régime de pensions du Canada par Justin Trudeau, que l’on se doit de féliciter, l’OCDE affirme dans sa dernière étude de 2017: «Des régimes de retraite moins généreux au Canada, même après les réformes» (Le Devoir, 6 décembre 2017).

Le PLQ ne veut pas augmenter les pensions publiques

Au Québec, le PLQ, ne voulant pas irriter le patronat avec une hausse du régime des rentes du Québec (RRQ, l’équivalent du régime de pensions du Canada [RPC]), a toujours refusé d’emboîter le pas à Ottawa, la seule province canadienne à agir ainsi: «Ottawa veut bonifier le Régime de pensions» et «Régime de pensions. Le Québec fera bande à part» (Le Journal de Montréal, 20 juin 2016 et 23 juin 2016). S’étant peinturés eux-mêmes dans le coin avec leur appartenance aveugle au patronat qui devenait trop évidente, le PLQ et Carlos Leitao ont, à contrecœur, suivi ce qu’Ottawa et toutes les autres provinces ont fait et ils ont augmenté les cotisations au RRQ, défrayées moitié-moitié par l’employeur et l’employé. Oh, oh, mais le ministre libéral des Finances, Carlos Leitao, a promis aux entreprises québécoises une autre baisse d’impôts et de taxes afin de compenser la hausse obligatoire au RRQ. Le patronat du Québec est toujours prompt à nous présenter des scénarios apocalyptiques si on hausse un tant soit peu leurs impôts, leurs charges sociales, le salaire minimum et si on réduit leurs généreuses subventions et tarifs privilégiés d’électricité qui sont devenus pour lui, au fil des ans, un droit acquis. Une chance que notre patronat ne vit pas en Finlande, en France ou en Allemagne où les contributions de l’employeur aux régimes publics de retraite sont beaucoup plus élevées. Tout de même bizarre, les entreprises européennes ne font pas faillite en masse et sont même plus compétitives que les nôtres à l’international.

Les faire-part universitaires à la défense du patronat

Bien évidemment, le patronat peut toujours compter sur ses vaillants professeurs d’université, comme Pierre Fortin et Luc Godbout au Québec et Jack Mintz à Ottawa, pour défendre toutes ses causes. Ils excellent pour produire des études toujours favorables aux entreprises comme cette perle de Jack Mintz qui défie la réalité, mais dont Le Devoir a jugé bon de publier les grandes lignes en première page le 11 février 2015: «Le régime fiscal canadien sert bien les 65 ans et plus. C’est à l’âge de la retraite que la redistribution de la richesse fait pleinement sentir ses effets, selon une étude.» Totalement et intégralement faux.

Et Mintz, ce professeur de l’Université de Calgary, dirigeant du C.D. Howe Institut, un organisme de recherche patronale, et qui siège au conseil d’administration de plusieurs grosses compagnies canadiennes passe quand même pour un «scientifique» et un «expert» objectif et indépendant aux yeux de certains médias. Et hop, une autre opinion de Jack Mintz publié dans Le Devoir du 30 mai 2016: «Réforme du régime de retraite. Une mauvaise affaire pour la classe moyenne». C’est vraiment du n’importe quoi, mais quand un universitaire prend parti pour le patronat, il reçoit plusieurs tribunes.

Ah oui, c’est le même Jack Mintz qui a eu droit à une autre belle couverture du Devoir, le 25 février 2012, pour étaler ses dernières trouvailles: «La nourriture doit être taxée, affirment deux économistes.» Taxer la nourriture (TVQ-TPS) pour aider la classe moyenne et les démunis, je suppose? Comme Jack Mintz, l’universitaire québécois Luc Godbout, très populaire au PLQ, a lui aussi suggéré de prélever la TVQ et la TPS sur la nourriture afin d’élargir l’assiette fiscale, a-t-il dit le plus sérieusement du monde, et afin de la rétrécir pour certains.

Ça ne date pas d’hier que Jack Mintz et le C.D. Howe Institut veulent abolir les pensions publiques (et autres services publics) pour les remplacer par des pensions privées financées exclusivement par le travailleur et par des fonds publics grâce aux économies d’impôts. Voici le titre d’un article de journal de 1996 que j’ai retrouvé dans mes vieux papiers: «C.D. Howe préconise le remplacement des régimes de rentes d’État par des REER» (La Presse, 30 juin 1996). Une autre mesure propre à aider le monde ordinaire, enfin je le suppose?

Une énième cabale patronale

Après avoir envoyé au front ses mercenaires universitaires et autres afin de conditionner les esprits, le patronat est passé à l’attaque avec ses études et ses sondages, qui sont vraiment une insulte à l’intelligence. Je le répète, c’est au Québec et au Canada que l’on cotise le moins aux régimes publics de retraite de tous les pays occidentaux, parole de l’OCDE.

Comme c’est le cas avec leur épouvantail concernant la hausse du salaire minimum, voilà que la Fédération canadienne de l’entreprise indépendante (FCEI), mais dépendante de l’État, nous sort une étude «scientifique» aux résultats épeurants: «RPC et RRQ: les hausses de cotisations pourraient (y sont pas sûrs) éliminer 64 000 emplois au pays» (Le Journal de Montréal, 21 février 2018). Et probablement des milliers de faillites d’entreprises, tant qu’à extrapoler.

Et puis, deux sondages «objectifs» financés par la FCEI en 2013 et 2015 qui arrivent, oh surprise, aux mêmes résultats déconcertants: «RRQ. Les travailleurs (lesquels?) contre la hausse des cotisations (surtout celles de l’employeur)» et «Travailleur et employeur. Contre une épargne-retraite forcée» (Le Journal de Montréal, 12 décembre 2013, et Le Devoir, 14 juillet 2015). Aie, c’est le boutte du boutte. Les employés sont contre le fait d’obliger légalement l’employeur à cotiser moitié-moitié, comme cela a toujours été le cas, au Régime des rentes du Québec (RRQ). Ces mêmes travailleurs préfèrent plutôt, selon leur légende, avoir la «liberté» de cotiser seuls à leur propre régime de retraite. C’est fort!

Bon ben, c’est-y assez clair, le Conseil du patronat du Québec ne veut pas que ses membres cotisent davantage au RRQ: «Les patrons ne veulent pas renflouer les coffres» (La Presse, 16 décembre 2013). Et c’est ce même patronat qui publiait une opinion dans Le Devoir du 30 septembre 2013 (donc quelques mois avant sa prise de position en défaveur net, fret, sec, d’une hausse de la cotisation de l’employeur au RRQ): «S’accuser mutuellement ou travailler ensemble» (Le Devoir, 30 septembre 2013). Travailler ensemble à ne pas augmenter le salaire minimum et les cotisations des boss au RRQ, par exemple.

Que dit l’ancien actuaire en chef du RPC?

Bravo à Bernard Dussault qui a dirigé les travaux actuariels du Régime de pensions du Canada de 1992 à 1998 et qui a dit ceci: «Régime de pensions. Vieillir moins pauvrement au Canada. Il faut doubler le revenu de carrière assurable et relever le salaire minimum à 15 $ l’heure» (Le Devoir, 5 novembre 2015).