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«Les cégeps, une maudite belle place pour apprendre à fumer de la drogue»

En 2011, mon collègue Ygreck avait caricaturé le chef de la CAQ François Legault qui avait dit qu'il n'excluait pas d'abolir les cégeps car il considérait qu'il s'agissait «d'une maudite belle place pour apprendre à fumer de la drogue et puis à décrocher».
En 2011, mon collègue Ygreck avait caricaturé le chef de la CAQ François Legault qui avait dit qu'il n'excluait pas d'abolir les cégeps car il considérait qu'il s'agissait «d'une maudite belle place pour apprendre à fumer de la drogue et puis à décrocher».

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C’est pas au cégep que j’ai appris ce qu’était un quatre papiers.

Pourtant, je me tenais au café étudiant, où chillait un vendeur de pot.

Je ne vais pas le nommer, car il avait un nom de magicien facilement identifiable (pas Luc Langevin, non), mais pour les besoins de la cause, appelons-le ... Mimosa.

Donc Mimosa avait l’air d’un Pete dans Chambres en Ville et vendait du pot. Le genre de bum qui «étudie» au cégep depuis 10 ans.

Contexte. J’ai fait mon secondaire dans un collège privé de filles. Avec une nonne comme directrice, un uniforme et des retenues si notre blouse n’était pas rentrée adéquatement dans notre jupe de couleur tourmaline (Oui, oui, c’est une couleur. Très répandue chez les grands-mamans, en plus).

J’avais une moyenne de 89% et je collectionnais les méritas. Pas de farce, j’ai même eu un méritas dans un cours de religion avec une moyenne de 97%. Dans ta face, Jesus.

Mais si je dis que je n’ai pas appris ce qu’était un quatre papiers au cégep, c’est parce que je le savais depuis le secondaire.

Car contrairement à ce que pense l’actuel chef de la CAQ François Legault qui a déjà dit en 2011 que les cégeps, «c'est une maudite belle place pour apprendre à fumer de la drogue», c’est plutôt au secondaire que ça se passe.

L’âge moyen pour la première consommation de cannabis est de 15,4 ans pour les jeunes, selon le Centre canadien sur les dépendances et l’usage de substances.

Mais c’est vrai qu’une fois au cégep, au moment où on devient adulte et on se dit qu’on peut faire tout ce qu’on veut, le pot parait soudainement plus accessible.

Je ne vais pas vous mentir, ma première session de cégep n’a pas été ma meilleure, disons.

Mais toujours est-il que je n’ai pas juste appris l'allégorie de la caverne au cégep, j’ai aussi appris, en évoluant dans un cadre plus permissif que mon collège de nonnes, à devenir plus responsable.

Et ça, ça doit arriver à un moment donné dans la vie. C’est ce qu’on appelle...devenir adulte. (C’est tellement beau que j’ai envie d’aller mettre cette pensée sur une photo d’un coucher de soleil et de publier ça sur Facebook #mercilavie #bonheurdevivre #mercimaman)

Pendant ce temps à Québec...

Si je vous parle de ça c'est que nos députés de l’Assemblée nationale ont récemment débattu de la question du pot sur les campus au cours de l’étude du projet de loi 157 sur le cannabis.

Le sujet a été amené par les partis d’opposition le 21 mars. La consommation sera interdite sur les campus, mais le PQ et la CAQ voudraient que la possession le soit aussi.

Je comprends très bien que les établissements collégiaux et universitaires n’autorisent pas la consommation sur leur terrain. (On pourrait aussi se demander pourquoi il y a des bars, mais c’est un autre débat).

Mais interdire la possession? Le sujet était si litigieux que l’étude de l’amendement a été suspendue.

Je rappelle que le projet de loi limiterait la possession dans les lieux publics à 30 grammes par personne. Je précise pour les néophytes qu’une telle quantité est amplement suffisante pour apprécier le nouveau Avengers.

Laissons Simon Jolin-Barrette, qui je le rappelle a fréquenté le même cégep que moi, nous raconter ce qui va se passer si on laisse des jeunes du cégep trainer du pot sur les bancs d’école.

«Ça veut dire que moi, étudiant au cégep, je pourrais partir durant ma pause, si j'ai le cannabis, [...] alors à ma pause, je sors. Je dis ah, mais je vais aller fumer du cannabis. Je traverse, je m'en vais sur le trottoir — parce qu'actuellement c'est permis de consommer dans des lieux publics [...] — et là, de fumer, et de retourner par la suite à mon cours. Et d'inviter par ailleurs mes collègues aussi, les autres étudiants dans ma classe qui sont là.
[...]
Par contre, si on dit : vous n'avez pas le droit de posséder du cannabis sur les campus universitaires, sur les campus collégiaux à tout le moins, peut-être que durant une pause collégiale, bien, ils vont y penser puis ils vont se dire bien, on a juste 15 minutes, on va aller prendre un café au lieu d'aller prendre un joint.»

On s’entend que M. Jolin-Barrette n’a jamais rencontré Mimosa.

Mais s’il l’avait fait, il aurait pu lui dire :

– Hey Mim! Pourquoi tu n’irais pas prendre un café au lieu de fumer un joint?

– Tu as raison Simon. La drogue détruit mon avenir. Je flush de ce pas mon weed dans les toilettes, avant d’aller m’inscrire en sciences pures! YOLOOO!

– Choisis-toi Mimo.

– Merci, man.

Ce n’est pas aussi simple.

En guise de compromis, le député péquiste Sylvain Pagé a proposé d’exclure les résidences étudiantes de l’interdiction.

La ministre Lucie Charlebois a expliqué que ça posait problème puisqu’un étudiant adulte qui reviendrait d’une succursale de la Société québécoise du cannabis devra traverser le campus avec son pot pour se rendre à sa résidence étudiante.

Comme la ministre est dotée d’un sens de l’humour savoureux qui en fait de facto une amie de ce blogue, je la laisse expliquer son point:

«Mais c'est parce qu'il faut s'y rendre, à la résidence. On ne peut pas se téléporter. Puis je me souviens d'une télésérie, il y a quelque temps, déjà, jadis, peut-être que le député de Labelle s'en souviendra, certainement pas le député de Borduas, mais ça s'appelait Jeannie. Elle faisait comme ça, puis elle était rendue où elle allait, la dame. Ça fait qu'elle se déplaçait comme ça.»

«On n'est pas rendus dans cette société-là, malheureusement, alors il faut se rendre à la résidence. C'est pour ça qu'on laisse la possession. Pas l'utilisation, là, pas l'usage, juste la possession», a-t-elle poursuivi.

Et un peu plus tard elle a rajouté :

«Je trouve qu'il y a une dichotomie entre le fait de leur permettre d'en acquérir puis leur dire : Tu ne peux pas en avoir dans tes poches. Honnêtement, ça ne transpercera pas le pantalon puis ça ne jumpera pas sur l'autre à côté, là, le THC.»

Non, le THC, ça ne jump pas sur les gens. Les poux, oui, mais pas le TCH.

En 2011, mon collègue Ygreck avait caricaturé le chef de la CAQ François Legault qui avait dit qu'il n'excluait pas d'abolir les cégeps car il considérait qu'il s'agissait «d'une maudite belle place pour apprendre à fumer de la drogue et puis à décrocher».
Photo d'archives, Simon Clark