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Vaincre la dépendance, un jour à la fois

Samuel Marchand, un ex-toxicomane de 19 ans, n’a pas consommé de cannabis depuis le mois de juillet dernier.
Photo Agence QMI, Dario Ayala Samuel Marchand, un ex-toxicomane de 19 ans, n’a pas consommé de cannabis depuis le mois de juillet dernier.

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Après avoir décroché de l’école et perdu une partie de son adolescence à cause du pot, Samuel Marchand est sobre depuis une dizaine de mois. Le jeune homme de 19 ans a traversé l’enfer pour vaincre sa dépendance et souhaite maintenant reprendre sa vie en main.

À 14 ans, Samuel Marchand a commencé à fumer du pot. À 16 ans, il fumait tous les jours. « C’était devenu une nécessité, une obsession », dit-il.

Lorsque la drogue est apparue dans sa vie, Samuel suivait un programme sport-étude dans une école privée, où il excellait comme joueur de hockey.

Il a commencé à consommer par curiosité. Au début, il se sentait mieux dans sa peau et avait davantage confiance en lui. « Les premières fois, le feeling était exceptionnel », se rappelle-t-il. Mais au fil des ans, ce sentiment extatique s’est transformé en perte de motivation pour tout ce qu’il faisait et l’a mené vers l’isolement.

« Il s’est complètement coupé de tout », se souvient son père Serge Marchand, qui tentait du mieux qu’il pouvait d’aider son fils, tout en ne voulant pas l’empêcher de vivre sa vie.

Le jeune homme, aujourd’hui âgé de 19 ans, consommait jusqu’à cinq joints par jour. Isolé et sans joie de vivre, il a fini par décrocher de l’école après sa 4e secondaire. Il a tenté d’y retourner à trois reprises, sans succès.

« Il n’y avait plus de lumière », confesse Samuel, qui s’éloignait graduellement de sa famille et de ses amis.

Pour ses parents, ce furent des années très difficiles. Samuel leur volait parfois de l’argent pour payer son cannabis. « Je me levais le matin, plus d’argent dans les poches et de carte de crédit. À 14 ans, il vendait des trucs sur Kijiji, ce qu’on avait de trop dans le sous-sol, et à un moment donné il a vendu son vélo. J’avais peur qu’il vende les meubles, les tableaux », ajoute son père.

Vers la thérapie

Pour sortir de cet enfer, Samuel a dû se tourner vers la thérapie. Il a suivi à l’automne 2016 un court traitement de trois semaines, qui n’a donné aucun résultat.

Il s’est finalement tourné, au mois de décembre, vers le centre de réadaptation en toxicomanie pour jeunes Le Portage, à Prévost, où il a vécu pendant six mois. Pour lui, ce séjour forcé équivalait à un départ à la prison.

Encouragé par sa famille, ce dernier s’est tout de même dit qu’il devait tenter le coup, parce qu’il était conscient du potentiel qu’il avait. S’il terminait son secondaire et son cégep, se disait Samuel, il pourrait avoir un avenir meilleur.

L’adolescent devait suivre un horaire très strict : levé à 7 h, ménage, déjeuner, ménage, thérapie, école, dîner, ménage, école, sport, thérapie, souper, ménage.

Au début, Samuel ne voulait rien savoir de tout ce processus introspectif et psychologique.

Mais quatre mois après le début de son programme, il a eu une révélation lors d’une sortie à l’extérieur du centre : il était enfin prêt à se plonger pleinement dans sa thérapie.

« Il est arrivé un jour où j’ai compris que je devais me prendre en main, mettre un terme à tout cela. Je devais entretenir une meilleure relation avec moi-même », souligne-t-il.

C’est à ce moment qu’il a fini par « casser », comme il le dit lui-même. Il était enfin prêt à faire les efforts nécessaires.

« Les deux derniers mois ont été super importants. Comme dans n’importe quel domaine, dès que tu commences à faire des efforts, tu as des résultats », raconte le jeune homme originaire de Blainville.

Une microsociété

Au Portage, Samuel a dû réapprendre à vivre avec les autres.

« Au centre, ils t’imposent une microsociété. Moi, avant, j’étais dans un cercle d’isolement, et là tu commences à socialiser avec plusieurs personnes. Ça faisait plusieurs années que je n’avais pas interagi autant », se remémore-t-il.

Le fait de vivre en communauté et d’être bien encadré lui a permis de briser sa solitude et de vaincre peu à peu sa dépendance. « Par moi-même, seul, je n’aurais jamais réussi », soutient-il.

Son père Serge Marchand, propriétaire de l’entreprise spécialisée en restauration de bâtiments St-Denis Thompson, croit que ces six longs mois étaient nécessaires. « Tu ne peux pas revenir dans la société quand tu as été gelé pendant 4-5 ans, et penser que tu es guéri en un mois. »

Enfin « clean »

Aujourd’hui, Samuel se sent enfin en contrôle de lui-même. « Il y a deux semaines, c’était la première fois que je me sentais aussi heureux depuis des années », lance-t-il dans la salle de repos du chantier de réfection du clocher de l’Université du Québec à Montréal, où il travaille trois jours par semaine comme maçon pour l’entreprise de son père.

Son objectif : terminer sa 5e secondaire et aller au cégep, où il aimerait peut-être suivre un cours en immobilier. Il va à l’école trois soirs par semaine, en plus de son boulot et de ses rencontres une fois par semaine avec son coach de vie. Il songe à aller étudier l’anglais à l’étranger.

Sa route vers la sobriété n’a toutefois pas été de tout repos depuis sa sortie du centre, en juin.

Aujourd’hui âgé de 19 ans, Samuel confesse avoir rechuté l’été dernier en buvant trop d’alcool, ce qui l’a mis dans le pétrin. Il a emprunté la voiture de son père sans posséder de permis, a fracassé un poteau dans le stationnement d’un restaurant et passé la nuit en prison.

Son accident a causé des dommages d’environ 15 000 $ à l’automobile.

Complètement « clean » depuis le mois de juillet, Samuel n’a pas retouché au cannabis depuis qu’il a quitté le Portage, mais il a quand même parfois des envies d’en consommer.

Non à la légalisation

Ébranlé par son expérience personnelle, Samuel s’oppose catégoriquement à la légalisation du cannabis, qui devrait entrer en vigueur d’ici quelques mois.

« Pour le gouvernement, c’est seulement un bénéfice économique », est-il d’avis, craignant que cela entraîne une banalisation de la drogue, surtout auprès des jeunes.

 

Plus de ressources pour aider les jeunes toxicomanes

Samuel travaille pour l’entreprise de restauration de bâtiments de son père Serge Marchand.
Photo Sarah Daoust-Braun/24 Heures/Agence QMI
Samuel travaille pour l’entreprise de restauration de bâtiments de son père Serge Marchand.

Le père de Samuel, Serge Marchand, est très reconnaissant envers les intervenants de Portage, qui ont aidé son fils à se libérer du cannabis, et aimerait que davantage de ressources soient investies pour aider les jeunes toxicomanes.

Les besoins sont grands, reconnaît la porte-parole Seychelle Harding, qui confirme que, ces derniers mois, les lits sont toujours pleins au centre de Prévost. « Ça roule quand même, mais il peut y avoir un mois d’attente », précise-t-elle. Le campus situé dans les Laurentides accueille 24 adolescents anglophones, 32 adolescents francophones et 80 adultes.

Ravages

Parmi les 500 adolescents âgés de 14 à 18 ans qui sont pris en charge annuellement par Portage à travers le Canada, 88 % d’entre eux sont dépendants au cannabis.

L’organisme rappelle que la légalisation prochaine n’effacera pas la dépendance. « On recommande aux jeunes qui pensent consommer du cannabis pour la première fois de bien s’informer des méfaits de l’utilisation, d’en parler aux parents. Ce n’est pas une drogue douce et ça peut faire beaucoup de ravages », affirme Seychelle Harding.

Le Portage possède aussi d’autres centres de réadaptation en toxicomanie au Canada, dont le centre pour mères-enfants et le centre pour toxicomanes souffrant de problèmes de santé mentale, qui sont situés à Montréal.