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La grève de la faim comme aide médicale à mourir

De plus en plus de malades utilisent cette technique

ACFAS À gauche, l’ex-conseillère en éthique clinique de
Photo Nicolas Lachance À gauche, l’ex-conseillère en éthique clinique de la direction générale du Collège des médecins, Michèle Marchand, au centre la député Véronique Hivon et à droite, l’avocat Jean-François Leroux.

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SAGUENAY | Abréger ses souffrances en arrêtant de boire et de manger est une méthode utilisée par des malades qui souhaitent obtenir l’aide médicale à mourir sans tous les critères d’admissibilité.

Le sujet est tabou, mais l’ex-conseillère en éthique clinique de la direction générale du Collège des médecins, Michèle Marchand, croit qu’il s’agit d’une option à envisager.

«Ce n’est pas aussi difficile que l’on pense», souligne la retraitée dans le cadre d’un débat au congrès de l’ACFAS.

Au Québec, un patient a toujours droit de refuser des soins. «Il y a des protocoles pour le faire, a-t-elle indiqué. Arrêter de boire et de manger va être efficace.»

Au Canada et au Québec, l’aide médicale à mourir est encadrée par des critères très stricts. Il faut respecter toutes les balises afin d’y avoir droit.

Or, le critère qui oblige le patient à être en fin de vie est vivement critiqué et contesté devant les tribunaux.

Maladie grave, dysfonction sévère et piètre qualité de vie : plusieurs personnes qui souhaitent avoir accès à l’aide médicale à mourir ne se classent pas en raison de leur espérance de vie trop élevée. Il faut que la «mort naturelle soit devenue raisonnablement prévisible».

Contourner le problème

L’avocat Jean-François Leroux, spécialiste du sujet, souligne que, la majorité du temps, tous les critères d’admissibilité de ses clients sont respectés, sauf celui de fin de vie. «Les gens qui ont cette volonté-là, de mettre fin à leurs jours, on les accompagne dans des cessations d’alimentation et d’hydratation», admet le juriste rencontré au congrès de l’ACFAS. Un geste qui peut déclencher une aide médicale à mourir.

«En théorie, quelqu’un pourrait arrêter de s’hydrater et s’alimenter et devenir admissible à l’aide médicale à mourir, parce que sa condition change et qu’il devient en fin de vie.»

Ce dernier plaide néanmoins pour que l’aide médicale à mourir soit permise pour les gens qui ne sont pas en fin de vie et dont la condition est extrême.

«Le point de départ est épouvantable. Mettre en œuvre une grève de la faim, c’est épouvantable», dit-il. Des patients sont également prêts à utiliser d’autres méthodes extrêmes pour mettre fin à leurs jours, comme se jeter devant un véhicule ou faire une surdose d’héroïne dans un parc.

Les témoignages exprimés à l’ACFAS démontrent que ce dilemme touche aussi plusieurs médecins dont les patients réclament l’aide à mourir.

Justement, Me Leroux accompagne des clients devant les tribunaux afin que la condition de fin de vie soit biffée de la loi.

«Assez terrible»

Sur le plan politique, la mère de la loi sur l’aide médicale à mourir au Québec, Véronique Hivon, soutient que le critère de fin de vie était primordial afin d’obtenir un consensus dans la société. Elle a d’ailleurs une vision différente de la grève de la faim. «Je pense qu’arrêter de boire et de manger, ça fait assez terrible», mentionne la députée.

Avec ce débat, on s’approche plus du débat sur le suicide assisté, croit-elle.