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L’album de la liberté

Richard Séguin et Serge Fiori sont 
fiers du travail qu’ils ont accompli 
ensemble dans le cadre du projet 
Fiori-Séguin, il y a 40 ans.
Photo Agence QMI, Dario Ayala Richard Séguin et Serge Fiori sont fiers du travail qu’ils ont accompli ensemble dans le cadre du projet Fiori-Séguin, il y a 40 ans.

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Quarante ans après avoir combiné leurs forces sur Deux cents nuits à l’heure, Serge Fiori et Richard Séguin sont de nouveau réunis pour la réédition de ce disque qui, en plus d’avoir marqué toute une génération, a joué un rôle important dans leur carrière respective.

Contrairement à ce que certains pourraient penser, ce n’est pas le succès remporté par L’Heptade XL, qui s’est écoulé à 40 000 exemplaires et qui a fait le bonheur de nombreux fans d’Harmonium, qui a incité Serge Fiori et Richard Séguin à répéter l’exercice avec Deux cents nuits à l’heure, dont la version remastérisée vient tout juste d’être lancée.

« Quand j’ai fait l’Heptade XL, c’était parce qu’il y avait les 40 ans. Là, deux ans plus tard, on célèbre les 40 ans de Fiori-Séguin. Ce n’est pas le succès qui m’a donné envie de faire ça », a expliqué Serge Fiori, en entrevue.

Le test du temps

Paru en 1978, Deux cents nuits à l’heure s’est écoulé à 200 000 exemplaires et a vu six de ses sept titres tourner à la radio. Il a également remporté plusieurs prix lors de la première édition du gala de l’ADISQ, en 1979, où il a été sacré disque de l’année.

« C’est un album important et je trouve qu’à notre époque, il faut souligner ça, a-t-il ajouté. Il y a de la liberté, en musique, qu’il faut montrer. »

Quand ils ont été approchés par Sony pour relancer Deux cents nuits à l’heure, les musiciens n’ont pas eu besoin de réfléchir bien longtemps avant de rendre leur décision.

« Nous nous sommes parlé, Serge et moi, et nous nous sommes d’abord dit que ça avait passé vraiment vite, a relaté Richard Séguin. Ça s’est fait naturellement, je dirais, parce que la date était là. »

Aux côtés de l’ingénieur de mastering Ryan Morey, qui a entre autres travaillé sur L’Heptade XL et Funeral d’Arcade Fire, les musiciens ont eu l’occasion de prêter une nouvelle oreille à leur musique.

« Quand j’ai réécouté le disque, j’étais vraiment surpris, a déclaré Serge. J’ai embarqué dedans. Je n’écoutais pas les arrangements. J’écoutais vraiment les tounes, nos voix, nos guitares... »

« En étant émotif, tu revois des gens, tu repenses à certaines complicités, a ajouté Richard. Je revoyais des séquences de nous, quand nous écrivions. Je repensais à notre parcours. Je dis souvent ça, mais le temps peut être très flexible et bien fluide, dans ces moments-là. »

Souvenirs

Bien qu’ils n’aient pas terminé le disque ensemble, Richard ayant quitté les lieux de l’enregistrement avant qu’il soit fina­lisé, les deux artistes gardent d’excellents souvenirs de cette aventure qui, pour chacun d’eux, aura servi de transition vers leur carrière solo.

« En 1978, c’était la fin d’Octobre, la fin de Beau Dommage, la fin des Séguin et la fin d’Harmonium, a rappelé Richard. Nous nous sommes tous retrouvés à la croisée des chemins. Chacun a poursuivi son aventure de façon différente. Nous, nous avions envie d’écrire ensemble. »

C’est ainsi que le duo, qui devait initialement travailler en trio avec Michel Rivard – ce dernier aura finalement été retenu en Belgique par amour –, s’est retrouvé dans la maison d’un ami commun pour composer les pièces du disque.

« Le fait que nous nous soyons isolés, dans les montagnes des Cantons-de-l’Est, c’était super. Les paysages étaient magnifiques », s’est souvenu Richard.

« Nous sommes rentrés là-dedans et ç’a vraiment bien été, a ajouté son complice. Nous étions confortables. L’inspiration était là. »

Lorsqu’on leur parle de l’enregistrement du disque, les chanteurs ne peuvent s’empêcher de rigoler en pensant à la maison qu’ils avaient louée, l’ancien Club Playboy de Sainte-Adèle, où ils se sont retrouvés en compagnie de tous leurs musiciens.

« Nous avions des chambres surréalistes, avec des cœurs rouges », a évoqué Richard.

« Et des poteaux de danseuses, a précisé Serge. C’était effrayant. Ça ne coûtait pas cher. »

Mantra

Lorsqu’on leur demande quel est le premier mot qui leur vient à l’esprit, pour décrire l’aventure de Deux cents nuits à l’heure, une réponse s’impose.

« Liberté. Liberté d’arriver avec des idées, mais aussi liberté d’échange et liberté d’improvisation », a indiqué Richard.

« À un moment donné, sur la chanson Ça fait du bien, le batteur, Denis, a décidé qu’il n’arrêtait pas de jouer. Il a commencé par un roulement et ensuite, il a fait autre chose. Tu le sens, sur l’album. Finalement, tout le monde s’est greffé à lui et ç’a fait comme un immense mantra qu’on a retravaillé, après, en rajoutant des flûtes. Deux cents nuits à l’heure, c’était ça. C’était la liberté d’improvisation­­­. »


L’album Deux cents nuits à l’heure XL est offert dans sa version numérique, mais aussi en format CD et vinyle 180 g.