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Trop de mères c’est comme pas assez

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La fête des Mères m’intéresse autant qu’un vieux tas de foin. Seule la visite de mes filles donne un sens à cette fête « Hallmark ». Mais une pensée triste m’habite. Que va-t-on répondre aux enfants « fabriqués » par une mère porteuse, disons, en Inde, à partir d’ovules achetés théoriquement aux États-Unis, quand ils demanderont : « Pourquoi je n’ai pas de maman, moi ? »

« Bien sûr que tu en as une, Béatrice. Va chercher le catalogue, je vais te la montrer. »

Des tas d’enfants n’ont pas de maman, parce que les drames de la vie l’ont voulu. On ne s’en remet jamais. Mais le cas qui me vient en tête est celui d’hommes homosexuels prêts à mettre au monde un enfant qui n’aura pas de mère pour s’offrir un « projet parental ».

Or, connaître ses parents est un droit. Avoir des enfants, non. Et l’adoption existe.

Le mystère de la vie

D’où vient cette volonté d’aplanir le grandiose, d’extraire les deux événements les plus importants de l’existence humaine – naître et mourir –, leur sens, leurs exigences et le mystère qui les portent ? Ce désir narcissique qui balaie tout, au détriment des considérations éthiques ?

« Un bébé, trois parents ? » titrait La Presse+ hier. La loi entourant la filiation, écrite pour baliser l’équation « papa + maman = enfant », n’est pas adaptée à la réalité sociale en 2018, dit le juge Gary Morrison.

Et si le problème était la réalité sociale, et non pas la loi ?

La Coalition des familles LGBT souhaite qu’on puisse inscrire trois parents ou plus sur l’acte de naissance. « Ou plus » confirme l’absurdité de l’affaire.

Trois parents

L’histoire ahurit : deux lesbiennes veulent un enfant. Elles trouvent un homme sur internet qui accepte de devenir père biologique et coparent. Ils signent une entente pour « coopérativement mettre au monde et aimer un enfant dans un contexte d’amour et de diversité ».

J’ai tiqué à « diversité », qui suggère une dimension politique à ce montage parental.

La petite vient au monde. Les deux femmes deviennent Parent 1 et Parent 2 aux yeux de la loi, mais le couple éclate. Le père-géniteur veut apparaître sur l’acte de naissance. La « mère » qui n’a pas porté l’enfant entreprend une transition pour devenir un homme. Les trois parents se partagent la garde de la petite depuis le début, mais la loi n’en reconnaît que deux, le père et la mère de sang. Qui n’ont jamais formé un couple.

Quiconque remet en question ces efforts pour réinventer l’humanité au gré des envies de tout un chacun et des avancées de la science sera accusé d’homophobie ou de transphobie. Rien de plus efficace pour étouffer un débat pourtant nécessaire. On ne joue pas avec la race humaine dans ce qu’elle a de plus fondamental comme avec un jeu vidéo.

Oui, mais, entend-on, l’amour triomphe de tout. De beaucoup, mais pas de tout. Pas de grandir sans une mère parce que quelqu’un a décidé que ça ne cadrait pas avec son projet parental.

Parfois, aimer les enfants, c’est ne pas en avoir.