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Le Plateau Mont-Royal comme centre de l’univers

Luc Ferrandez
Photo d'archives Le maire de l'arrondissement du Plateau Mont-Royal, Luc Ferrandez.

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Bon, bon, bon. Pas de panique. Le titre de mon billet se veut bien évidemment ironique...

Dans les faits, si je vous parle du Plateau, c'est parce que j'ai beaucoup aimé la chronique d’aujourd’hui de ma collègue Denise Bombardier : «Le Plateau Mont-Royal».

Je ne signerais pas chaque phrase – je ne partage pas le même diagnostic sur «la gauche» qui, dans les faits, est aussi multiforme que «la droite». Mais en tant que résidente du mythique Plateau depuis 22 ans (contrairement à Mme Bombardier, je ne suis donc pas «une de souche» du Plateau), le portrait qu’elle en dresse met le doigt sur plusieurs bobos... Si vous me passez l’expression dans les circonstances.

Elle a tout à fait raison de souligner que le Plateau est avant tout l’«opération immobilière la plus spectaculaire qui a chassé les pauvres d’antan pour les remplacer par de faux pauvres».

Arrivée sur le Plateau en 1995, soit tout juste avant la spéculation immobilière folle qui allait balayer le quartier pour des propriétés souvent toutes croches et mal conçues, je l’ai vue s’installer.

J’ai vu ses «poches de pauvreté» sauter une à une – il en reste pourtant encore, quoi qu’on en dise. Elles ont sauté non pas parce que les décideurs publics ont combattu la pauvreté, mais parce que les prix grimpants des propriétés et des logements combinés aux évictions de locataires pour transformer des logements des condos, les ont peu à peu expulsés ailleurs.

«Automobilophobe», comme le note ma collègue, notre très autoritaire et dogmatique maire d’arrondissement, Luc Ferrandez, l’est en effet.

J’utilisais d’ailleurs moi-même l’expression en février dernier. (Soit dit en passant, nul besoin de conduire une voiture pour en faire le constat. Je n’en possède pas moi-même et je n’ai jamais appris à conduire, c’est pour dire.)

À voir le nombre inquiétant de commerces fermés sur la rue Saint-Denis, on serait aussi tenté de parler en termes de «commerçophobie».

Pour ce qui est du quartier «le plus poteux», écrit Mme Bombardier, je ne saurais dire. Sauf pour ceci : à l’approche de la légalisation du cannabis, le Parc Lafontaine, en plus d’être sale, sent de moins en moins la verdure et de plus en plus le pot... C’est à se demander combien de temps les familles, les personnes âgées et toutes les autres qui ne fument pas de cannabis, s’y sentiront toujours les bienvenues.

Quant à la présence marquée des Français, soulignée par ma collègue, impossible de la rater. Elle nous saute aux oreilles à tous les coins de rue.

Heureusement d’ailleurs. Sans eux et sans elles, le Plateau serait peut-être en phase d’anglicisation comme d’autres quartiers de Montréal le sont déjà. Merci d’être là!

Pour l’abondance de terrasses débordant sur les trottoirs déjà encombrés dont parle aussi Mme Bombardier, c’est vrai que ça teste drôlement la patience des «locaux».  Mais c'est le prix à payer pour être une destination touristique aussi prisée.

Les hordes de touristes traversant le quartier avec leurs valises pour se rendre à un quelconque Airbnb - ils semblent y en avoir vraiment beaucoup ici -, sont en effet impressionnantes.

Bref, c'est à se demander où les piétons finiront un jour par pouvoir déambuler en paix.

D’autant qu’en plus des terrasses-trottoirs et des touristes trainant leurs valises, les piétons du Plateau doivent aussi faire face aux dangers réels d’un nombre croissant de cyclistes adultes qui, sans vergogne, envahissent les trottoirs. Ce qui est illégal. Pis encore, ils le font tout en boudant les pistes cyclables qui se multiplient pourtant.

Ces cyclistes envahissent les trottoirs sans hésiter et vous insultent quand vous osez leur dire que ce qu’ils font est illégal et dangereux pour la sécurité des piétons, y compris les enfants.

Coudonc, il est où le shérif Ferrandez pour sévir enfin contre ce phénomène en pleine croissance?