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Une fuite d’hydrocarbures pollue encore après 8 ans

Les propriétaires d’un pipeline qui a fui à Laval en 2010 n’ont pas fini de nettoyer

À Saint-Eustache, des travaux sont en cours près des résidences de la rue Julie.
Photo Martin Alarie À Saint-Eustache, des travaux sont en cours près des résidences de la rue Julie.

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Une fuite de 14 000 litres d’hydrocarbures survenue à Laval en 2010 en bordure de la rivière des Prairies contamine toujours l’eau souterraine, huit ans plus tard, a appris Le Journal.

Le ministère de l’Environnement a accordé en janvier un certificat d’autorisation à la compagnie qui gère le pipeline Trans-Nord pour effectuer de la « récupération des hydrocarbures en phase libre » et du « traitement d’eau souterraine ».

Cette autorisation fait suite à une autre accordée en 2015 pour l’« installation et exploitation d’une unité de traitement d’eau contaminée », indique le registre public des autorisations délivrées par le ministère.

L’eau potable des résidences voisines n’est pas directement affectée puisqu’elles sont raccordées à l’aqueduc municipal et non à des puits artésiens.

À Laval, une fuite est survenue en 2010 en bordure d’un ruisseau et de la rivière des Prairies.
Photo Anne-Caroline Desplanques
À Laval, une fuite est survenue en 2010 en bordure d’un ruisseau et de la rivière des Prairies.

Cependant, le terrain est contaminé en profondeur, s’inquiète Luc Falardeau, ingénieur environnemental à la retraite et membre d’Oléoduc Laval en amont, un regroupement de citoyens qui veillent à la sécurité du transport d’hydrocarbures par oléoduc. «Les hydrocarbures en phase libre, c’est ce qui flotte sur la nappe phréatique dans le sol meuble ou dans les fractures du roc», explique-t-il.

Sur place, Le Journal a constaté la présence d’une unité de pompage et de traitement de l’eau ainsi qu’un très grand nombre de piézomètres, des outils qui permettent de faire des prélèvements pour surveiller la pollution. Plusieurs piézomètres avaient les pieds dans l’eau compte tenu de la crue printanière de la rivière des Prairies.

Fuite méconnue

Le déversement est survenu le 28 février 2010 sur une section de l’oléoduc située à l’angle du boulevard Lévesque Est et de la Montée Masson, dans l’est de Laval, huit jours après que la compagnie eut effectué une inspection visuelle du tronçon.

La fuite a été attribuée à une défectuosité d’un joint d’étanchéité de caoutchouc installé en 1972 dans une valve ; 14 000 litres de carburant se sont échappés.

À Laval, des travaux ont lieu en milieu humide sur la rue des Charmes. 
Photo courtoisie
À Laval, des travaux ont lieu en milieu humide sur la rue des Charmes. 

Pour Patrick Bonin, de Greenpeace, il est « inconcevable », « irresponsable » et « inacceptable » que huit ans après le déversement, on en soit encore à nettoyer le site.

« Il y a clairement plusieurs personnes, du côté de l’entreprise, mais aussi du gouvernement, qui n’ont pas fait leur travail », gronde-t-il.

Incapacité

Pour l’écotoxicologue Daniel Green, de la Société pour vaincre la pollution, la gestion de ce déversement montre l’incapacité de l’entreprise à ramasser ses dégâts.

Trans-Nord indique effectuer « une surveillance mensuelle du site ». « Au fil des ans, nous avons constaté des tendances positives dans les résultats des tests », assure l’entreprise.

Notre question, à savoir combien de litres de polluant demeurent dans le sol et pourquoi la totalité n’a pas encore été extraite, est demeurée sans réponse.

Nos demandes au ministère de l’Environnement sont elles aussi restées sans suite.


► Construit en 1952, le pipeline Trans-Nord s’étire sur 850 km entre Nanticoke en Ontario et Montréal-Est. Il transporte 172 900 barils par jour de produits pétroliers raffinés.

 

Bosselures et de minuscules fissures

En plus du pompage d’hydrocarbures en bordure de la rivière des Prairies, Trans-Nord multiplie les travaux le long de résidences et en milieu humide sur la Rive-Nord de Montréal parce qu’elle a détecté des « bosselures » et des « minuscules fissures » sur son pipeline.

C’est ce qu’a admis l’entreprise face aux questions insistantes du Journal qui a constaté qu’elle avait commencé des travaux à trois endroits sur la Rive-Nord : d’abord dans un quartier résidentiel de Saint-Eustache, rue Julie, puis dans un marais près du boisé de l’Équerre, à Laval, et finalement, dans un milieu humide non loin de la rivière des Mille-Îles, rue des Charmes à Sainte-Rose.

Pas rassurant

Trans-Nord explique avoir détecté des anomalies à l’aide d’« outils d’inspection interne ». Elle a donc creusé pour « examiner de plus près l’extérieur du pipeline » et « si nécessaire, effectuer des travaux d’entretien ».

L’entreprise indique qu’il s’agit d’un « entretien préventif » qui « permet de nous assurer que le pipeline continue de fonctionner sécuritairement et efficacement ».

Mais Luc Falardeau, ingénieur environnemental à la retraite et membre d’Oléoduc Laval en Amont, n’est pas rassuré. Il souligne qu’une fuite en milieu hydrique peut avoir de graves conséquences sur la ressource en eau potable et les écosystèmes.

Patrick Bonin, de Greenpeace, ajoute qu’en cas de fuite en bordure de la rivière des Mille Îles, « ce sont des millions de personnes qui pourraient ne plus avoir d’eau potable en quelques heures ».

Vieux de 66 ans

L’oléoduc Trans-Nord est responsable de six des 13 incidents liés à l’exploitation des pipelines au Québec, depuis 2008.

La compagnie assure que « les incidents tels que celui que nous avons connu en 2010 sont rares. Lorsqu’ils se produisent, notre priorité absolue est d’agir rapidement afin de minimiser l’impact sur l’environnement et la communauté ».

Mais, en 2016, l’Office national de l’énergie (ONÉ) a imposé une baisse de pression dans la conduite après cinq déversements en moins d’un an causés par divers problèmes.

La même année, deux commissaires de l’ONÉ ont réclamé la fermeture temporaire de la conduite, car en six ans, Trans-Nord a omis d’effectuer plusieurs travaux pour assurer la sécurité de l’infrastructure.