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Le dessert des Montréalais

Patrice Demers
Photo Chantal Poirier Patrice Demers, pâtissier

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Patrice Demers est un pâtissier exceptionnel. Il est célébré pour son talent qui n’est plus à démontrer depuis belle lurette, son humilité (qui est naturelle) et son savoir-vivre.

Que la Ville de Montréal lui ait demandé de créer une recette spéciale pour le 375e anniversaire de sa fondation n’est pas surprenant. Pourquoi pas ? Fille de pâtissier moi-même, je tiens aussi à féliciter l’ex-maire Coderre. Pas pour avoir acheté une recette, mais plutôt pour son choix de pâtissier. Tant qu’à choisir, il est vrai que, si on a le budget, autant se payer le meilleur.

Pour l’occasion, Patrice Demers a créé un dessert complexe qui utilise des ingrédients typiquement montréalais : melasse, bière, miel et sarrasin. Puisque la Ville l’a achetée, c’est maintenant la recette de tous les Montréalais.

Que faire de cette recette ? On pourrait fêter la fondation de Montréal tous les ans et tous les pâtissiers pourraient offrir le dessert de Patrice au prix modeste de 1 $.

Il y a les fous de la cuisine qui, je l’espère, vont essayer la recette et inviter 300 convives. En fait, cette recette pourrait devenir LE gâteau de toutes les occasions. Mariages, baptêmes, party de grosse famille, auraient désormais leur gâteau et plus jamais on ne se demanderait ce qu’on mange comme dessert.

Pas facile

Le seul hic, c’est que cette recette est complexe. Puisque nous l’avons payée, nous devrions pouvoir la préparer dans nos chaumières. Pourtant, ce n’est pas le cas. La recette est calculée pour 300 portions. Elle compte trop d’étapes. Personne n’a l’équipement nécessaire à la maison pour venir à bout de la fabrication de ce gâteau.

Pire, trouver les ingrédients exacts de la recette peut se transformer en quête du Graal. La bière ? J’ai une équipe de trois personnes qui ont mis plus de deux jours à la trouver. Le miel de l’accueil Bonneau ? Pas facile de le trouver et en vente dans seulement quelques épiceries. J’ai dû aller jusqu’à l’accueil Bonneau pour le trouver. Je sais, n’importe quel miel fera l’affaire mais les puristes de Montréal voudront sûrement goûter la véritable recette. Et, bien sûr, il y a les chocolats de la gamme de Valrhona qui ne sont pas disponibles partout. Pour le commun des Montréalais, il faut beaucoup de temps de recherche, puis de préparation.

Enfin, certains se sont offusqués que la Ville de Montréal ait payé 1000 $ pour obtenir les droits sur la recette. Il faut comprendre que la vente de recettes est une pratique courante dans le milieu de la gastronomie. Plus le chef est reconnu, plus son tarif est élevé. De nombreux chefs, moi y compris, en ont vendu à des restaurants, des magazines, des webzines ou tout simplement à des clients qui veulent se faire plaisir. Les prix des recettes varient et, si le client exige une exclusivité, le prix sera beaucoup plus élevé. Et, pour aller plus loin, tous ceux qui se paient un livre de recettes, achètent...des recettes !

Nous avions la poutine, le bagel et le smoked-meat de Montréal. Pourquoi se contenter de ces plats, délicieux certes, mais assez banals ? Vous avouerez que le gâteau de Patrice relève la barre et place Montréal, avec Paris, au niveau de grande ville pâtissière. Rien que pour cela, ça valait la peine. Maintenant, profitons-en.