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Éloge du grand écrivain

La littérature peut changer la vie.
Photo d’archives La littérature peut changer la vie.

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Richard Martineau en parlait hier : Tom Wolfe, un des grands écrivains américains de notre temps, vient de mourir à l’âge de 88 ans.

Comme tous les grands écrivains, il ne se contentait pas de savoir raconter une histoire, ce qui est déjà beaucoup. Il avait une vision du monde et décryptait la société à partir de ses obsessions et d’un sens aigu de l’observation.

Il voyait le monde, et surtout, ce que le monde refuse qu’on voie de lui. Il savait percer les apparences.

Littérature

Il a démasqué l’hypocrisie américaine de la plus belle manière, dans un style propre aux grands écrivains américains, qui sont souvent de grands journalistes. À la différence des écrivains sirupeux qui veulent nous préparer du bouillon survitaminé pour l’âme, il se représentait la société comme une formidable comédie humaine qu’il s’était donné pour mission de décrire.

Si j’écris à son sujet, aujourd’hui, c’est non seulement pour lui rendre hommage, mais pour rappeler l’importance des grands écrivains dans une vie.

Les Québécois, on le sait, ne sont pas de grands lecteurs. La littérature n’occupe pas chez nous la même place qu’en France. Au Québec, le grand lecteur demeure une créature exotique. Rares sont ceux qui goûtent le plaisir de se construire une bibliothèque personnelle au fil de leur vie, et de l’habiter mentalement de plus en plus.

Et pourtant, qui rencontre la grande littérature dans son existence en sera très probablement transformé. Il découvrira un monde qui permet moins de fuir la réalité qu’il ne la transfigure et la révèle sous un autre visage. J’ajoute que dans une société du tout à l’écran, qui assèche notre imagination en nous représentant le monde à notre place, la littérature nous réapprend la liberté d’imaginer la vie par nous-mêmes.

Déplaçons-nous dans l’univers francophone. Lire de grands écrivains, quoi qu’on en pense, ne veut pas seulement dire les classiques d’un autre siècle. Évidemment, il faut les lire. Mais il y a des écrivains bien vivants qui peuvent nous bouleverser.

Découvertes

Qui lira Michel Houellebecq, par exemple, comprendra mieux l’espèce de fatigue existentielle en forme de névrose sexuelle qui domine le monde occidental.

Qui lira le récent cycle historique de François Taillandier, consacré à la genèse de l’Occident, comprendra à la fois comment une civilisation naît et disparaît. En se penchant sur une autre époque, il lira mieux la nôtre. Il trouvera plus de réalité dans les romans de Taillandier que dans bien des ouvrages de spécialistes à ce point obsédés par certains détails qu’ils en oublient le tout.

Qui lira Sylvain Tesson et ses récits découvrira l’esprit d’aventure et le véritable sens de la liberté.

À mes étudiants, je donne souvent ce conseil : découvrez un auteur qui vous passionne, et plongez dans son œuvre. Vous y trouverez un monde qui vous donnera ensuite envie d’y revenir, tout en en découvrant des nouveaux.

Ce conseil, je vous le donne aussi, ami lecteur.