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Faut-il abolir le pourboire?

Faut-il abolir le pourboire?

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Pour Laura, qui a plus de 19 ans d’ancienneté en restauration, un bon service mérite d’être récompensé : «C’est un métier très dur physiquement, socialement et mentalement. Les bons serveurs qui font ce métier par amour sont rares et ils ont le droit d’avoir une reconnaissance digne de ce nom».

Le pourboire en restauration est sujet à confusion encore aujourd’hui. Dans cette industrie qui a rapporté 12,8 milliards de dollars au Québec en 2017, il existe toujours des inégalités parmi les travailleurs.

Quelques faits sur le pourboire

Le fameux 15%, on sait qu’il faut le laisser. En effet, Dominique Tremblay, porte-parole de l’Association des restaurateurs du Québec, affirme que 67% des clients accordent ce pourcentage en pourboire au restaurant.

Contrairement à la croyance populaire, Julie Blais-Comeau, spécialiste de l’étiquette, affirme que le pourboire devrait être calculé sur le montant avant taxes et non après.

Pour avoir une bonne idée du montant à laisser, on peut multiplier la TPS par trois. Par contre, il n'est pas obligatoire de laisser du pourboire au comptoir à emporter.

Pour déterminer quel pourboire donner, il ne faut se baser que sur le service obtenu. En effet, la fondatrice d’etiquettejulie.com pense que «  si l’expérience n’a pas été agréable, il ne faut pas nécessairement pénaliser les serveurs ». En particulier lorsqu’on sait qu’ils ont un « salaire moindre au taux horaire en vigueur ».

En ce moment, le salaire de base des serveurs est de 9,45$ de l’heure, ce qui est inférieur au salaire horaire minimum de 12$.

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Agence QMI

Le pourboire à la base d’inégalités

Quand bien même leur salaire de base est faible, les serveurs rattrapent facilement leur retard et dépassent même largement leurs collègues en restauration.

Selon un sondage de l’Association des restaurateurs du Québec, les serveurs font en moyenne entre 26,84$  et 28,92$ incluant le pourboire tandis qu’un cuisinier spécialisé fait 15,44$.

«On ne parlait pas de nos pourboires devant les cuisiniers. C’était vraiment tabou», confie Annie, qui a été serveuse pendant trois ans.

Ces écarts forment des inégalités qui peuvent peser lourd sur le secteur, puisque cela peut notamment créer des pénuries de main-d’œuvre en cuisine. En effet, d’après l’ARQ, 70% des restaurateurs «disent avoir des problèmes de recrutement».

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Mikhail Rakityanskiy/ Unsplash

Fin du pourboire, fin du problème?

Ainsi, pour pallier une situation qui s’avère parfois problématique, certains restaurateurs ont pensé à deux alternatives : abolir ou réformer les pourboires.

Le Bistro Rosie par exemple a supprimé les pourboires et verse un salaire autour de 20$ de l’heure à tous ses employés, qu’ils soient en cuisine ou en salle.

Contacté par porte-monnaie, la copropriétaire du restaurant, Sophie Duchastel de Montrouge explique sa décision : «Je voulais payer un meilleur salaire à mes employés et leur assurer une stabilité». Pour elle, «le système actuel est injuste».

Laura, estime quant à elle que l’abolition du pourboire enlèverait tout incitatif de travailler dans le milieu et que le service risquerait de se détériorer.

La jeune femme rappelle également qu’en fonction des horaires de travail, des injustices pourraient survenir, «ce ne serait pas équitable pour ceux qui font les soirées les plus exigeantes d’avoir le même salaire que les autres».

Pour que l’abolition soit viable, il faudrait augmenter les prix des plats, ce qui ne serait pas avantageux pour les clients. 

La copropriétaire du Bistro Rosie pense plutôt, «[qu’] il faut peut-être se sacrifier un peu plus en tant que client et aller dans des endroits qui rémunèrent bien leurs employés».

 

La réforme du pourboire

L’autre modèle adopté consiste à préserver les pourboires tout en versant une partie de ceux-ci aux cuisiniers.

À ce sujet, l’ARQ avait un projet pour permettre aux restaurateurs de mettre en place des conventions de partage du pourboire entre les employés. Une délégation de restaurateurs est d’ailleurs allée présenter ses propositions à l’Assemblée nationale.

Pour Dominique Tremblay, ce système permettrait d’augmenter le salaire des cuisiniers, palliant ainsi les disparités salariales et la pénurie de main-d’oeuvre.

Toutefois, la ministre du Travail, Dominique Vien, a fait savoir qu’elle n’était pas ouverte à ce type de dispositions dans le cadre de la révision du projet de loi 176 sur les normes du travail.

Les travailleurs de la restauration devront trouver une autre alternative pour rendre leur milieu plus équitable. François, ancien propriétaire de restaurant, ne pense pas qu’il faille tout chambouler, «le modèle est bon, il faut juste une meilleure redistribution».

 

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