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Il a le culot de tenir tête aux Hells

Le gérant d’une salle de billard de la Montérégie n’a rien voulu savoir des transactions de drogue dans son bar

Le gérant Serge Massé ne s’est pas laissé intimider par un trafiquant de drogue qui souhaitait faire des transactions dans son bar.
PHOTO AGENCE QMI, MAXIME DELAND Le gérant Serge Massé ne s’est pas laissé intimider par un trafiquant de drogue qui souhaitait faire des transactions dans son bar.

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CHÂTEAUGUAY | « Je lui ai dit que si sa job était de me casser les jambes, il n’avait qu’à faire sa job et me laisser faire la mienne. »

C’est ainsi que le gérant d’un bar de Châteauguay pour le moins culotté croit avoir réussi à chasser de son établissement un proche des Hells Angels qui tentait de prendre le contrôle du trafic de stupéfiants.

Serge Massé n’avait aucune idée de ce qui l’attendait, il y a sept mois, lorsqu’il a accepté de devenir gérant du Dooly’s, une salle de billard du boulevard D’Anjou.

L’homme de 65 ans venait de passer les 27 dernières années de sa vie comme courtier immobilier et n’avait aucune expérience dans le monde des bars.

En poste depuis quelques jours seulement, M. Massé a vite compris que la salle de bain du bar servait pour des transactions de drogue.

Armoire à glace

Puisque cela allait à l’encontre de ses convictions, le nouveau gérant a tenté de régler la situation en apportant quelques changements chez les agents de sécurité, ce qui a déplu à l’homme derrière toutes les ventes de stupéfiants.

« Le gars, une méchante armoire à glace tatouée tout partout, est venu me voir pour me menacer. Je lui ai dit de fermer sa gueule et de me laisser faire mon travail. Et que des “deals” de “dope” dans mon bar, il n’y en aurait pas », se souvient M. Massé.

Dès le lendemain, un homme disant être le boss du trafiquant s’est présenté au Dooly’s avec des intentions très claires, selon M. Massé.

« Il m’a dit que le gars de la veille cassait des bras pis des jambes depuis l’âge de 14 ans et qu’il n’avait qu’à claquer des doigts pour que je sois le prochain sur la liste », se rappelle-t-il.

La réponse du gérant a été instantanée et a invité son interlocuteur « à faire sa job » et à lui casser les jambes si c’était ce qu’il avait à faire. « Fais ta job et je vais faire la mienne », lui a répondu M. Massé.

« Petit dans mes culottes »

« De l’extérieur, j’avais l’air brave, mais en réalité, je me sentais petit dans mes culottes, admet-il avec le recul. Quand je finissais de travailler, je regardais autour de moi pour voir si quelqu’un m’attendait dans le stationnement. Ce n’était pas le fun. »

Finalement, après quelques semaines sans avoir eu d’autres menaces, Serge Massé a reçu le « grand boss » des deux hommes avec qui il avait eu maille à partir.

« Il est venu me voir pour m’assurer que je n’aurais plus jamais de menaces et que c’était une erreur de leur part, raconte-t-il. Il m’a même dit que j’étais un bon monsieur et que je n’aurais plus jamais de problèmes avec eux. »

Des policiers veulent tendre la main aux tenanciers

SAINT-JEAN-SUR-RICHELIEU | Plus puissants que jamais, les Hells Angels et leurs nombreux clubs alliés sont déterminés à prendre le contrôle total de la vente de stupéfiants dans les bars du Québec. Souvent, ils n’hésitent pas à tabasser, menacer ou intimider les tenanciers qui osent leur tenir tête.

Au cours du dernier mois, dans le cadre de l’opération baptisée CIBLER, une quinzaine de policiers ont visité près d’une centaine de bars de la Montérégie — dont plusieurs susceptibles d’être sous l’emprise du crime organisé —, afin d’aller à la rencontre des tenanciers et d’établir un lien de confiance avec eux.

Collaboration

« La grande majorité des propriétaires de bars ne veulent pas avoir de membres du crime organisé dans leur établissement. Ils veulent des gens qui sont là pour prendre un verre et pour s’amuser », indique le lieutenant Janik Lacoursière, responsable de la Division de l’intervention sur le crime organisé à la Sûreté du Québec (SQ).

Janik Lacoursière, Lieutenant
Photo Agence QMI, Maxime Deland
Janik Lacoursière, Lieutenant

« Notre but était d’aller rencontrer chacun des tenanciers et de les amener à collaborer avec nous en leur faisant comprendre que la police peut être une solution à leurs problèmes si jamais ils sont victimes d’intimidation », dit-il.

L’Agence QMI a accompagné l’escouade le temps d’une soirée.

À Châteauguay, les policiers ont été reçus à bras ouverts par le personnel et les clients. Mais l’accueil lors de leur visite dans un établissement licencié bien connu du centre-ville de Saint-Jean-sur-Richelieu a été plutôt tiède.

Gladiateurs

Dès leur arrivée, un policier a immédiatement aperçu un membre en règle des Gladiateurs, un club-école des Hells Angels, assis confortablement sur une banquette avec quelques amis et son garde du corps.

Le colosse à la coiffure « mohawk » n’a pas semblé apprécier voir les forces de l’ordre en uniforme débarquer à l’improviste et s’inviter à sa table pour lui demander de s’identifier.

Visiblement contrarié, l’homme a fini par se plier aux demandes des policiers avec une certaine arrogance. Il n’a pas été arrêté, car il n’avait commis aucune infraction.

Mais selon les agents présents sur les lieux, l’objectif a tout de même été atteint : « il nous a eus dans les pattes toute la soirée et il n’a pas aimé ça, je peux te le garantir », a fait remarquer l’un d’eux.

« Je ne pense pas qu’on puisse éradiquer le trafic de stupéfiants dans les bars avec une opération comme celle-ci. Mais à tout le moins, on continue de mettre de la pression sur le crime organisé », résume M. Lacoursière.


Pas moins de sept corps policiers ont pris part à l’opération CIBLER : SQ, Gendarmerie royale du Canada et policiers municipaux de Longueuil, de Châteauguay, de Saint-Jean-sur-Richelieu, de Roussillon et de Richelieu-Saint-Laurent.