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La semaine de 4 jours et moins pour 48% des omnipraticiens

Malgré des revenus en hausse constante, les médecins de famille sont moins disponibles

bloc médecin
Photo Fotolia Le nombre de jours travaillés chez les médecins a connu une diminution importante depuis le début des années 2000. 

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Près de la moitié des médecins de famille travaillent quatre jours et moins par semaine, malgré les efforts du ministre Gaétan Barrette pour augmenter leur productivité.

En effet, 48 % des omnipraticiens québécois ont travaillé moins de 199 jours en 2016-2017, soit quatre jours et moins par semaine, selon des données rendues publiques lors de l’étude des crédits du ministère de la Santé.

Parmi eux, 22 % sont entrés au boulot moins de 150 jours dans l’année, soit une moyenne de trois jours par semaine.

L’autre moitié, 52 %, a travaillé plus de 200 jours. Toutefois, le document n’indique pas le nombre d’heures travaillées.

Loin de la cible

Au moment de défendre le projet de loi 20, qui devait obliger les médecins à prendre en charge plus de patients, le ministre de la Santé Gaétan Barrette visait à ce que ceux-ci soient disponibles 210 jours par année, soit 42 semaines à raison de cinq jours hebdomadairement.

« Nous voulons que les choses soient claires : si le corps médical d’aujourd’hui appliquait le principe de l’Accès adapté, tel qu’il est préconisé par la FMOQ, sur une base de 42 semaines à temps plein, il n’y aurait aucun citoyen non inscrit et tous et toutes auraient accès à leur médecin de famille en temps opportun », écrivait le ministre dans une lettre ouverte en 2015.

Mais le Québec est toujours loin du compte : au total, les médecins ont travaillé en moyenne 190 jours l’an dernier, sur 251 jours ouvrés.

C’est à peine une journée de plus qu’en 2015, au moment où le ministre Barrette a fait adopter le projet de loi 20. En 1999, la moyenne était plutôt de 214 jours travaillés annuellement.

Le ministère de la Santé précise que la méthodologie de calcul a été modifiée depuis 2007, ce qui peut faire varier les résultats de quelques jours d’une période à l’autre.

Mais la comparaison « permet toutefois d’en dégager le même constat », assure le ministère.

« Peu importe la méthodologie utilisée, on constate une baisse continue du nombre de jours travaillés par les médecins omnipraticiens entre la fin des années 1990 et le milieu des années 2010 », écrit sa porte-parole.

Nouvelles données

En mars dernier, une étude dirigée par le chercheur Damien Contandriopoulos révélait un portrait similaire, mais les données utilisées s’arrêtaient en 2015. Ce qui avait fait dire au ministre de la Santé, Gaétan Barrette, qu’il s’agissait d’un « constat préréforme ».

« Cela ne rend pas compte des changements qui ont été apportés », avait-il plaidé.

La même étude soulignait que la rémunération des médecins de famille avait augmenté de 78 % en 10 ans pour atteindre 281 053 $ en 2015. Donc, les médecins gagnent plus, mais travaillent moins.

Le cabinet du ministre de la Santé, Gaétan Barrette, n’a pas souhaité commenter mercredi.

 

Nombre de jours travaillés par les omnipraticiens

1998-1999

Moins de 150 jours : 12,9 %
De 150 à 199 jours : 17,5 %
200 jours ou plus : 69,7 %

2011-2012

Moins de 150 jours : 20,6 %
De 150 à 199 jours : 24,7 %
200 jours ou plus : 54,7 %

2016-2017

Moins de 150 jours : 22 %
De 150 à 199 jours : 26 %
200 jours ou plus : 52 %

Sources : MSSS et RAMQ

Nombre de jours travaillés en moyenne

1998-1999 : 214,2 jours
2001-2002 : 205,6 jours
2006-2007 : 202,7 jours
2011-2012 : 191,7 jours
2014-2015 : 189,2 jours
2017-2018 : 190,4 jours

Source : MSSS

 

Un portrait incomplet, dit la FMOQ

La Fédération des médecins omnipraticiens du Québec (FMOQ) affirme que le nombre de jours travaillés offre un portrait tronqué de la situation.

« Tout ça, c’est de l’extrapolation, dit son directeur des communications, Jean-Pierre Dion. Les données de la RAMQ sont basées sur la facturation. Si un médecin travaille 16 heures, ça compte seulement pour une journée. »

« Paperasse »

De plus, de nombreux omnipraticiens vont consacrer la cinquième journée de la semaine à remplir « la paperasse » liée notamment aux tests de laboratoire, fait-il valoir.

« Tout ça, ils ne sont pas rémunérés, ils ne facturent rien », dit Jean-Pierre Dion.

Un autre indicateur, les « contacts patients », montre que le nombre de patients vus a augmenté depuis 2010-2011, passant de 21,4 à 22,1 millions.

Mais c’est toujours moins que les 23 millions de patients vus en 2005-2006, alors que le Québec compte 2000 omnipraticiens de plus depuis cette époque.

Des cas plus « lourds »

La FMOQ fait aussi valoir que les médecins sont désormais confrontés à des cas plus « lourds ».

« Les médecins de famille disent qu’environ 30 % de leur pratique est maintenant consacrée à la santé mentale, souligne Jean-Pierre Dion. Ça prend plus de temps quand tu traites un patient en dépression qu’un patient pour un ongle incarné. »

« C’est dur à évaluer, la productivité, ajoute-t-il. Mais nous, on pense que c’est semblable », avec les données du passé.

Qualité de vie

Toutefois, l’arrivée de jeunes médecins, qui souhaitent avoir une meilleure conciliation travail-famille, peut faire baisser le nombre d’heures travaillées, reconnaît Jean-Pierre Dion.

« Mais c’est vrai pour toutes les professions. »