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Montréal a payé 750 000$ pour 207 drapeaux inutilisés

Achetés pour le 375e anniversaire de Montréal, ils dorment présentement dans un entrepôt

Les 207 drapeaux achetés pour le 375e ont orné la rue Sherbrooke, à Montréal, pendant cinq mois. Ils dorment aujourd’hui dans un entrepôt.
Photo d’archives Les 207 drapeaux achetés pour le 375e ont orné la rue Sherbrooke, à Montréal, pendant cinq mois. Ils dorment aujourd’hui dans un entrepôt.

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La Ville de Montréal ne sait pas quoi faire des 207 drapeaux de tous les pays du monde qu’elle a achetés avec 750 000 $ de fonds publics, l’an passé, et qui dorment maintenant dans un entrepôt de la Ville.

C’est la Société des célébrations du 375e anniversaire, l’organisation mandatée par l’administration Coderre pour organiser les fêtes de 2017, qui a acheté ces drapeaux.

L’été dernier, ils ont été installés sur plus de 1 km le long de la rue Sherbrooke, près du Musée des beaux-arts de Montréal. Chacun hissé sur leur base de béton surmontée d’une large tige de métal, ils représentaient les 192 pays du monde, les 14 provinces et territoires du Canada, ainsi que la Ville de Montréal.

Leur installation, qui se voulait un hommage à Expo 67, s’inscrivait dans le cadre du projet Balade pour la paix, orchestré par le Musée des Beaux-Arts de Montréal.

Au total, le projet a coûté 1,5 M$, mais la Société des célébrations du 375e refuse de dire quelle part a servi à payer les drapeaux. Même si les fêtes sont terminées depuis des mois, « cela pourrait nuire à la concurrentialité des fournisseurs », justifie son porte-parole, Julien Baudry.

Le concepteur du projet, Claude Cormier, estime pour sa part que les drapeaux ont coûté 750 000 $, comprenant l’installation et le démontage.

« Ça me fait de la peine »

« Je ne sais pas ce qu’on va en faire, ça me déçoit. Les gouvernements municipaux, c’est une grosse machine que nous ne contrôlons pas. J’aimerais bien que ça puisse renaître quelque part, un jour. Il ne faut juste pas les oublier. » – Claude Cormier
Photo courtoisie
« Je ne sais pas ce qu’on va en faire, ça me déçoit. Les gouvernements municipaux, c’est une grosse machine que nous ne contrôlons pas. J’aimerais bien que ça puisse renaître quelque part, un jour. Il ne faut juste pas les oublier. » – Claude Cormier

Le tout n’aura été visible que pendant cinq mois. En octobre dernier, les 207 drapeaux ont été retirés et légués à l’arrondissement de Ville-Marie. Ils prennent la poussière à l’abri des regards depuis ce temps.

« Ça me fait de la peine. La perception du public était très positive », se désole Claude Cormier.

Ce designer est aussi le concepteur d’un autre projet qui fait la renommée de Montréal : les boules roses dans le Village. Ce projet était lui aussi destiné à n’être exposé qu’un été, mais contrairement à celui de la rue Sherbrooke, il a été reconduit chaque année depuis 2011.

Il aimerait que les drapeaux soient réinstallés sur Sherbrooke et deviennent une image aussi forte que le sont maintenant les boules roses.

« Moi, je le crois. Mais ça prend quelqu’un qui doit porter ce projet, c’est hors de mes capacités », ajoute-t-il.

Le Musée des beaux-arts et la Société des célébrations du 375e indiquent qu’il était prévu dès le départ que les drapeaux seraient retirés à l’issue du projet, en octobre 2017.

Linda Boutin, porte-parole de la Ville, soutient de son côté que les drapeaux devaient être retirés puisqu’ils « rendaient impossible le déneigement de la rue Sherbrooke ».

Elle indique que les drapeaux seront encore entreposés pendant au moins cet été, le temps que la Ville trouve un site autre que la rue Sherbrooke pouvant les accueillir de façon permanente.


♦ Avez-vous des idées de site où la Ville pourrait installer les 207 drapeaux à 750 000 $ ? Écrivez-nous à jdm-opinions@quebecormedia.com

 

Mission éducative et d’intégration

  • L’alignement des 207 drapeaux internationaux le long de la rue Sherbrooke se voulait d’abord un hommage aux 50 ans de l’exposition universelle de 1967, mais le concepteur Claude Cormier a également voulu y donner une vocation éducative et un appel à l’intégration.
  • « Les gens de n’importe quelle nationalité qui visitent Montréal reconnaissent le drapeau de leur pays. Les enfants peuvent aussi essayer d’identifier les drapeaux de chacun des pays avec leurs parents. Il y a une dimension didactique importante à l’œuvre qui touche tout le monde », explique M. Cormier.
  • Pour le concepteur, la rue Sherbrooke était toute destinée pour accueillir cette œuvre. « C’est une artère importante et ça permettait de relier de grandes institutions, comme le Musée des beaux-arts, McGill et Concordia. C’est une œuvre publique, graphiquement magnifique, qui apporte des éléments de couleurs et qui interpelle les gens », explique-t-il