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Oui Abanda, non Stevenson

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Photo Agence QMI, Joel Lemay Françoise Abanda a raison d’être vigilante. On ne peut tolérer le moindre détail quand on pense être victime de discrimination.

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TORONTO | La réaction d’Adonis Stevenson est tombée juste comme on prenait notre vol retardé d’une heure pour Toronto. Donc, Adonis a lancé sur les réseaux sociaux à Françoise Abanda : « Bienvenue dans le club ! »

Autrement dit, bienvenue à ceux qui subissent le racisme à cause de la couleur de leur peau.

Plus tôt, en Slovaquie, Françoise Abanda, la meilleure joueuse de tennis au Canada, avait écrit au vitriol « qu’elle subissait de la discrimination et que c’était parce qu’elle était Noire ».

Elle faisait référence à une couple de maladresses de Tennis-Canada et aussi à l’attention parfois discrète des médias dont elle jouit.

Autrement dit, et sans qu’elle ait été explicite sur le sujet, Françoise Abanda qui a maintenant une quarantaine de points d’avance sur Eugenie Bouchard au classement WTA, n’a pas le centième de sa couverture médiatique.

Et donc, elle n’a pas le centième de ses revenus. Et ce, même si Eugenie joue comme une piocheuse et qu’elle se fait sortir des tournois à la queue leu leu.

UNE BELLE BLONDE, C’EST PAYANT

Je sais que Le Plateau n’aime pas ce genre de propos. Mais la vérité, c’est qu’une belle blonde comme Eugenie Bouchard qui, en plus, joue à fond la carte du sex-appeal, attire toujours davantage les firmes de publicité et les vendeurs de pacotilles de la planète.

Françoise Abanda n’a que 21 ans et est fort jolie, mais elle a l’air trop sage pour les concepteurs de publicité et les directeurs de magazines et de réseaux de télévision. Pas assez accrocheuse.

Et quand même, Eugenie Bouchard a fait une finale à Wimbledon et des demi-finales en Australie et à Roland-Garros. Et elle a été cinquième du monde pendant quelques semaines.

Abanda progresse encore, mais elle n’a pas ces hauts faits d’armes dans son sac à raquettes. J’espère pour elle et les amateurs de tennis québécois qu’elle va réussir à grimper au sommet. Mais ce n’est pas encore réussi.

UN PROBLÈME TRÈS ACTUEL

La déclaration de Françoise Abanda a fait le tour de la planète tennis à la vitesse de l’éclair. Au Québec, les médias s’en sont emparés avec avidité. Il faut comprendre que le point de vue d’Abanda ne concerne pas directement l’immigration qui risque d’être un thème fort de la prochaine campagne électorale. Mais elle touche à la question de la discrimination raciale et, souvent, la discrimination est perçue et vécue par des immigrants ou des fils et filles d’immigrants.

Quand même, les propos de Mlle Abanda méritent d’être discutés. Elle a raison de penser que si elle était une blonde à pubs, elle retiendrait davantage l’attention. Et elle a raison de croire que jamais Tennis Canada n’aurait pensé réaliser un montage de ses meilleures joueuses en omettant Eugenie Bouchard.

Mais les réflexes sont ancrés et ça va prendre encore des années d’efforts pour les modifier.

ADONIS STEVENSON S’EN MÊLE

À Toronto, Adonis Stevenson s’est donc mêlé au débat. Il en a le droit. Mais ce faisant, il se rendait encore une fois vulnérable aux insultes et aux mesquineries.

Voyez-vous, ce n’est pas parce qu’il est Noir, qu’Adonis est boudé par les fans et est malmené dans les réseaux sociaux et dans certains médias. C’est à cause de son passé très mal géré en termes de relations publiques et de communications et de sa décision de ne pas affronter des adversaires que les amateurs désiraient voir contre lui.

Jean Pascal est Noir et il est immensément populaire. Et soit dit en passant, de quelle couleur était le joueur le plus populaire du Canadien quand il fut échangé ? Je parle de P.K. Subban. À moins que vous ne disiez qu’il a été échangé parce que le Canadien ne voulait pas de culture noire dans son vestiaire. Mais là, je ne peux rien faire pour vous.

Et puis, qui est plus aimé chez les anciens que Georges Laraque ? Et pourtant, il y a des jours où Big Georges n’est pas facile à suivre.

Si ça peut rassurer Françoise Abanda qui voyage beaucoup pour son tennis, la gagnante de La Voix en 2018 vivait encore en Haïti il y a quelques années. Ça n’a pas empêché le coup de cœur avec le grand public très laineux de La Voix.

Mlle Abanda a raison d’être vigilante. On ne peut tolérer le moindre détail quand on pense être victime de discrimination.

Une porte est ouverte ou elle est fermée. Jamais les deux en même temps.