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Un Montréalais en sevrage de boisson énergisante

Il espère inciter d’autres consommateurs dépendants à arrêter d’en boire

Keven Chicoine-Forest observe des changements positifs depuis qu’il a cessé de boire des boissons énergisantes il y a un mois.
Photo Chantal Poirier Keven Chicoine-Forest observe des changements positifs depuis qu’il a cessé de boire des boissons énergisantes il y a un mois.

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Un Montréalais de 27 ans qui a déjà bu jusqu’à huit cannettes de boissons énergisantes par jour regrette que sa dépendance n’ait pas été prise davantage au sérieux avant qu’il ne soit victime d’un malaise le mois dernier.

Étourdissement, vomissement, palpitations, mal de tête... la crise n’aura duré que 20 minutes, mais Keven Chicoine-Forest a cru que son heure était arrivée le mois dernier.

« J’étais trop faible pour prendre le téléphone et appeler le 911. J’ai vraiment eu peur de mourir, mais c’est ce qu’il me fallait pour arrêter », est-il convaincu.

Du matin au soir

Les journées commençaient comme elles se terminaient. Tous les matins avant de déjeuner, il buvait sa cannette en fumant une cigarette.

Puis, chaque soir, après la fermeture des bars, Keven se précipitait dans le dépanneur le plus proche pour s’approvisionner.

« J’en calais une tous les soirs avant de me coucher. Je ne ressentais même plus les effets. C’est juste depuis un mois que je réalise que j’ai mal dormi pendant huit ans », confie-t-il.

Pas d’aide

Conscient depuis longtemps qu’il avait un problème, Keven a plusieurs fois essayé de se sevrer.

« Chaque fois, je recommençais dans la même journée. Quand je n’en prenais pas, j’avais des pensées noires. Je voulais me faire du mal », insiste le barman, qui a souvent demandé de l’aide extérieure.

« On me référait à des psychologues, mais j’avais vraiment besoin d’être enfermé. J’ai appelé à au moins 5-6 maisons de thérapie. Aucune ne considérait que j’avais un problème assez grave », regrette-t-il.

« Une dépendance, c’est une dépendance. Et on sait que la caféine, qui est très présente dans ces boissons, peut en créer une sérieuse. Ça peut même nécessiter un sevrage », indique pourtant Anne Élizabeth Lapointe, directrice générale de la Maison et de la Fondation Jean-Lapointe.

Nectar du diable

Keven Chicoine-Forest croit cependant que ce n’est pas la caféine qui l’a rendu accro à ce qu’il appelle aujourd’hui « le nectar du diable ».

« On me disait souvent de remplacer les boissons énergisantes par le café, mais ça n’avait rien à voir. Moi, ce que j’aimais, c’était le goût. Pas pour rien que j’achetais toujours la même sorte. »

La Rock Star à saveur de punch aux fruits pour ne pas la nommer.

« Le plaisir de la dépendance est une illusion, et les répercussions frappent à la porte parfois sans préavis. Ça n’en vaut pas la peine », laisse-t-il tomber en espérant que d’autres suivront ses traces.

Sobre depuis maintenant un mois, il dit n’avoir jamais été aussi patient et souriant.

« On en a encore beaucoup à apprendre »

Dr Jean-Pierre Chiasson, Spécialiste en toxicomanie
Photo Chantal Poirier
Dr Jean-Pierre Chiasson, Spécialiste en toxicomanie

 

Dans les dernières années, des études ont fait un rapprochement entre la consommation excessive de boissons énergisantes et l’arythmie cardiaque, l’insomnie ou encore l’anxiété, mais le Dr Jean-Pierre Chiasson, médecin spécialisé en toxicomanie, ne déroge pas : « on en a encore beaucoup à apprendre sur ce genre de boisson. »

Par exemple, « de plus en plus, on remarque que ça a comme effet d’amplifier les phases maniaques pour les personnes qui souffrent de bipolarité », note le fondateur de la Clinique le Nouveau départ, qui traite les dépendances à l’alcool et à la drogue depuis plus de 30 ans.

Un facteur de rechute

Dans les maisons de thérapie, on constate d’ailleurs que les boissons énergisantes ont la cote auprès de la clientèle.

« Beaucoup de personnes que l’on traite pour une addiction aux métamphétamines vont compenser avec des boissons énergisantes », remarque Miguel Thériault du Grand chemin.

Au centre de traitement des dépendances pour adolescents, les boissons énergisantes sont pourtant formellement interdites.

« Beaucoup de nos jeunes croient que ça peut les aider à se sevrer, mais c’est plutôt un facteur de rechute. Ça exacerbe le goût de reconsommer », plaide M. Thérieault.

Un problème sous-estimé

Peu oseront toutefois demander de l’aide seulement pour un problème de consommation de boissons énergisantes.

« C’est encore un dossier qui n’est pas jugé prioritaire. Moi-même, je m’y intéresse à temps perdu entre des études sur les drogues et sur l’alcool », dit Emilie Dansereau-Trahan, porte-parole pour l’Association pour la santé publique du Québec.

Un peu plus de dix ans après leur arrivée sur les tablettes, les cannettes de boissons énergisantes sont toujours vendues parmi les bouteilles d’eau et de liqueur, dénonce-t-elle.

Santé Canada a limité leur teneur en caféine en 2012, mais contrairement à la cigarette, les moins de 18 ans peuvent toujours en acheter.

Avertissements

  • La consommation de boisson énergisante est à proscrire avant ou durant une activité physique
  • Tout mélange avec l’alcool peut être dangereux

Une étude de la Food and drug administration (FDA) aux États-Unis révélait en 2012 qu’une consommation excessive peut mener à des problèmes de santé, comme des troubles digestifs et cardiaques, de l’anxiété, des migraines, des étourdissements

Malgré tout, 34 % des Canadiens de 18 à 35 ans en consommeraient de manière régulière

Source : Association pour la santé publique du Québec (ASPQ).