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L’après-Barrette

Philippe Couillard
Photo Agence QMI, Frédéric T. Muckle Philippe Couillard

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De tous les boulets politiques que traînera Philippe Couillard jusqu’au scrutin du 1er octobre, le plus dommageable, et de loin, est celui des réformes Barrette. L’échec de la « révolution » que voulait imposer l’omnipuissant ministre Gaétan Barrette au système public de santé est lourdement documenté.

La liste des pots cassés est longue. Fusions forcées. Hypercentralisation. Augmentations outrancières du revenu des médecins spécialistes sans un meilleur accès aux soins. Mainmise du ministre sur les nominations des hauts gestionnaires.

Épuisement du personnel médical. Élimination des contre-pouvoirs au sein du système public. Y compris l’abolition du poste de Commissaire à la santé et au bien-être, dont le ministre vient d’annoncer la remise sur pied. À quelques mois des élections, c’est d’un cynisme sans nom.

Secret de Polichinelle

Nos urgences ont les pires temps d’attente en Occident. Les délais d’attente pour les chirurgies sont trop longs. Dans les services sociaux, c’est à l’avenant. Jusque chez les personnes les plus vulnérables, les services manquent.

Dans une société pourtant vieillissante, le ministre n’a proposé aucun plan crédible pour les soins à domicile et les proches aidants. C’est un secret de Polichinelle. Les milliards en fonds publics dont il a béni les médecins ont vampirisé le budget des services sociaux. L’austérité libérale causant le reste du dommage.

Multipliant les « primes » pour les médecins, le radiologue Gaétan Barrette a aussi tellement gavé ses propres collègues qu’ils ont moins besoin de travailler pour s’assurer d’un revenu élevé. La situation choque. À un point tel que plusieurs médecins dévoués à leurs patients en sont eux-mêmes scandalisés.

Sous les docteurs Philippe Couillard et Gaétan Barrette, l’affairisme règne. À force de lancer des fonds publics sur leur propre profession, ils ont métamorphosé la culture médicale en une culture entrepreneuriale.

Maestro

Hier, Le Journal révélait aussi que les omnipraticiens sont « moins disponibles malgré des revenus en hausse constante ». Le Montreal Gazette ajoute que le nombre de médecins quittant le système public pour le privé continue de monter. Radio-Canada rapporte que 300 000 patients sont toujours orphelins d’un médecin de famille.

Selon Le Devoir, les régions sont boudées par les médecins résidents. Tous ces reportages ont paru en l’espace de 24 heures seulement ! Le mandat du docteur Barrette s’achève de bien triste manière.

Lui qui contrôle tout a même l’audace de blâmer les médecins. Pas question non plus pour lui de réviser leur mode de rémunération à l’acte. Et ce, même s’il a pris des airs de bar ouvert soumis à une vérification minimaliste.

Bref, l’ensemble de l’œuvre est raté. On ne sait plus trop si son grand maestro est un saboteur volontaire du système public ou un matamore franchement incompétent. C’est pourquoi, les libéraux traînant de la patte derrière la CAQ, dans le système de santé et de services sociaux, ça commence déjà à réfléchir à l’après-Barrette.

Sera-t-il même possible, se demande-t-on toutefois, de détricoter un tel fiasco ? Il le faudra bien pourtant. D’où l’importance vitale pour les partis d’opposition de présenter aux électeurs leurs propres réponses. Et des vraies.