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Obésité: pas une épidémie de manque de volonté

Obésité: pas une épidémie de manque de volonté
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À peu près partout dans le monde, dans tous les groupes d’âge et tous les groupes ethniques, autant chez les hommes que chez les femmes, l’épidémie d’obésité a débuté vers la fin des années 70. Il apparaît peu probable qu’une vaste épidémie de manque de volonté collective vis-à-vis de la saine alimentation et de l’activité physique puisse en être la cause.

La revue médicale The Lancet Public Health a récemment consacré une série d’articles à la problématique de l’obésité à travers le monde, et plus spécifiquement dans les pays industrialisés.

Les causes identifiées permettant d’expliquer l’épidémie d’obésité pourraient en surprendre plusieurs. Parmi celles-ci, on retrouve les politiques agricoles, l’encadrement de l’industrie agroalimentaire, les intérêts économiques, les inégalités sociales et la pauvreté.

Sur la base de la science disponible, nous pourrions ajouter l’aménagement urbain et l’environnement bâti à cette liste.

En effet, un article paru dans la revue Nature (1) l’année dernière rapportait qu’il existe un lien étroit entre les environnements qui favorisent les transports actifs (pistes cyclables, trottoirs, etc.) et les taux d’obésité dans les grandes villes du monde. L’impact des transports actifs sur la masse grasse étant par ailleurs comparable à celui de l’atteinte de la cible recommandée de 150 minutes d’activité physique par semaine (2).

Déserts alimentaires

Les aliments abordables sont maintenant les aliments ultra-transformés avec une faible valeur nutritive et très riches en calories, en sel, en sucre et en gras saturés.

Il n’est donc pas surprenant de constater que les taux d’obésité soient plus élevés dans les « déserts alimentaires », ces environnements hostiles à la saine alimentation, dépourvus de sources d’aliments sains et abordables, que l’on retrouve un peu partout et en plus forte proportion dans les grands centres urbains.

Or, malgré l’impact très bien documenté des facteurs environnementaux sur l’excès de poids observé à l’échelle de la population, on a souvent le réflexe de faire porter le blâme aux individus et aux familles atteints d’obésité.

L’activité physique et la restriction calorique peuvent certes s’avérer efficaces sur le plan individuel, mais les données scientifiques démontrent que cela demeure difficile et parfois même impossible à maintenir dans certains environnements que l’on s’est créés.

De plus, aucune donnée ne permet de conclure qu’il s’agit d’une solution efficace pour réduire l’obésité sur le plan populationnel.

Le fait de stigmatiser et de montrer du doigt les personnes qui présentent une obésité et de véhiculer de tels préjugés n’incite pas à l’adoption de saines habitudes de vie. Au contraire, cela contribue plutôt à instaurer un sentiment de culpabilité qui pourrait mener à une diminution de l’estime de soi, à une exclusion sociale et à une détresse psychologique.

Renverser la tendance

Il est bien connu que les actions isolées ciblant une seule cause de l’obésité ont peu de chance d’avoir un impact perceptible à l’échelle de la population.

Les facteurs environnementaux expliquent largement la progression des taux d’obésité. C’est en s’attaquant à ceux-ci, notamment en adoptant des politiques fermes et rigoureuses qui rendront notre environnement compatible avec une saine alimentation (aliments sains faciles d’accès et abordables) et un mode de vie actif, que l’on pourra arriver à renverser la tendance.

Manger mieux et bouger plus demeure toujours une recommandation valable et à privilégier, encore faut-il avoir les moyens, les outils et l’environnement permissif à l’adoption de saines habitudes de vie.


1. Althoff et coll. Large-scale physical activity data reveal worldwide activity inequality. Nature 2017 ;547:336-339.

2. Quist et coll. Effects of active commuting and leisure-time exercise on fat loss in women and men with overweight and obesity: a randomized controlled trial. Int J Obes (Lond) 2018 ;42:469-478.

 

► Benoît Arsenault est professeur adjoint à la Faculté de médecine de l’Université Laval et chercheur au Centre de recherche de l’Institut universitaire de cardiologie et de pneumologie de Québec. Il fait partie d’un imposant collectif de chercheurs mobilisés autour du projet de santé durable de l’Alliance santé Québec.