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Réforme électorale : danger

Alexandre Taillefer
Photo d'archives Alexandre Taillefer

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J’aime le dicton « fais attention à ce que tu demandes car tu risques de l’obtenir ».

Michelle Blanc
Photo d'archives
Michelle Blanc

Les élections à date fixe, réclamées depuis des lunes, semblent moins attrayantes ces jours-ci. Même si elles n’auront lieu que le 1er octobre, la campagne aura duré toute l’année, ce qui permet aux acteurs de notre mélodrame démocratique de se pendre deux fois plutôt qu’une.

Et nous de s’en désintéresser.

Vincent Marissal
Photo d'archives
Vincent Marissal

Vincent Marissal et Alexandre Taillefer ont réussi à s’enfarger sur la ligne de départ. Michelle Blanc, qui n’a pas encore annoncé officiellement qu’elle sera candidate et voilà que le journaliste de Radio-Canada Thomas Gerbet révèle qu’elle aurait copié son mantra politique dans un livre d’ésotérisme. Sans parler de l’inénarrable Muguette Paillé et de ses tweets à forte teneur en bêtise.

Muguette Paillé
Photo d'archives, Agence QMI
Muguette Paillé

Dire qu’il reste encore quatre mois avant le jour « E ».

Fausse bonne idée ?

Ce qui est fait est fait. Il est trop tard pour reculer. Par contre, nous avons tout le temps d’examiner à tête froide cette autre obsession électorale tant québécoise que canadienne : le remplacement de notre système uninominal à un tour en place depuis 1867 par un mode de scrutin proportionnel.

Le politologue Christian Dufour, opposé à ce changement, écrivait : « Le mode de scrutin actuel est décrié dans les milieux intellectuels pour des raisons souvent liées à la rectitude politique. »

C’est ce que j’ai lu de plus sensé à ce sujet. Comme si l’opinion de chaque individu pouvait – et devait – être représentée au Parlement. Je préfère une représentation imparfaite à l’entrée au gouvernement de petits partis ethnicoreligieux ou nationalistes identitaires avec le pouvoir de faire obstacle à la majorité.

En cette ère de fragmentation idéologique extrême, la représentation proportionnelle peut étouffer la démocratie. L’Allemagne, et son kafkaïen mode de « scrutin mixte à finalité proportionnelle », a mis six mois à former son gouvernement de coalition, devant composer avec l’entrée au Bundestag d’un parti d’extrême droite.

Prenons le cas d’Israël : leur système proportionnel intégral a toujours été un des obstacles majeurs à la création d’un État palestinien. Alors que la majorité des Israéliens sont par tempérament de centre et centre gauche, le jeu des alliances nécessaires à la formation d’un gouvernement a toujours donné aux extrémistes identitaires et religieux plus de pouvoir que leur poids électoral.

En 70 ans, le Parlement israélien a été dissous 12 fois et le pays a connu 33 gouvernements.

Trois provinces ont dit non

Le système proportionnel se décline en plusieurs versions. Sauf que ses formes les plus abouties sont aussi les plus complexes et nécessitent d’envoyer au Parlement des semi-élus pour réaliser la proportionnalité.

En 2007, les Ontariens se sont prononcés à 63,5 % contre une réforme du scrutin. Trop compliqué. La Colombie-Britannique et l’Île-du-Prince-Édouard ont aussi tenu un référendum soldé chacun par un Non.

Si Justin Trudeau a reculé sur la question, c’est justement parce que le Comité responsable n’a pu s’entendre sur le système à présenter aux Canadiens.

L’uninominal, c’est un bulldozer. La proportionnelle, de la dentelle. Quand vient le temps d’adopter des grandes réformes controversées, comme l’assurance maladie en 1970, ou un éventuel projet de loi sur la laïcité, un bulldozer est plus efficace.