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Les sœurs Rozon, un sacrifice vraiment nécessaire?

Les sœurs Rozon s’emparent du bureau de paris
Photo le journal de montréal, Pierre-Paul Poulin Luce, Martine et Lucie Rozon en 2012.

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ICM Partners a remercié plusieurs têtes dirigeantes de Juste pour rire hier.

Ça m’a interpellée dès que j’ai lu, dès que j’ai su.

En toute honnêteté, je ne savais pas comment réagir.

Bien sûr, je ne suis pas imperméable à ce que beaucoup peuvent penser ...

« Elles devaient savoir pour Gilbert ! Elles ont dû camoufler !»

N’allons pas là. Ce n’est pas leur procès, c’est celui de Gilbert Rozon. Du reste, on ne commente pas les rumeurs.

Et puis, de toute façon, mon hésitation n’allait pas en ce sens. Mon point de vue est complexe.

Tout comme les industries culturelles en fait.

Parce qu’une industrie culturelle, comme le cinéma, la télévision et l’humour, c’est toujours déchirée entre l’amour et la passion de ses artisans et les contraintes économiques et politiques du marché.

Trouver l’équilibre entre les deux, cela relève de l’olympisme.

La décision d’hier, elle, relève d’une priorité d’abord et avant tout de l’économie et du politique sur l’amour et la passion.

Je m’explique.

La passion pour l’humour

Constance, Martine, Luce et Lucie Rozon étaient des piliers chez Juste pour rire, et surtout les deux dernières mentionnées portaient plusieurs chapeaux, dont ceux de productrices, de gérantes, de bras droit de Gilbert Rozon, etc.

Le Groupe Juste pour rire a grandi extrêmement rapidement et son fondateur s’est appuyé fortement sur les membres de sa famille dans l’aventure. 

Comme Gilbert passait beaucoup de temps à l’extérieur du pays, sa garde rapprochée s’est retrouvée avec plusieurs des responsabilités clés du développement de l’entreprise.

Ces femmes n’étaient certes pas parfaites (qui l’est !), mais si elles ont été présentes pendant près de 30 ans au sein de l’entreprise, c’est qu’elles y tenaient, qu’elles y croyaient.

En ce sens, de voir ce genre de pionnières se faire montrer la porte de cette façon, c’est un peu ordinaire. Très ordinaire, plutôt.

Et je sais qu’elles ont aimé et aiment certainement encore passionnément leurs artistes et leur boulot.

Et je le répète : elles n’étaient peut-être pas toujours les plus délicates - elles n'avaient pas le métier pour faire dans la dentelle, de toute façon - mais elles ont été là. Elles ont été « au batte ». Elles ont défendu des causes et des artistes, ont construit des concepts. Personne ne peut leur enlever ça. Elles ont consacré leur vie professionnelle au développement de notre industrie.

Elles ne sont pas des saintes, mais pas non plus de réelles martyres. 

Le business, c’est le business.

Elles étaient aussi des femmes d’affaires. Et en affaires, ça joue dur. Elles en sont la preuve vivante aujourd’hui.

Qu’ICM Partners ait oui ou non exécuté un désir d’Evenko et de Bell en les limogeant, le nœud n’est pas là.

Que ce soit pour des raisons salariales, ... mon œil.

En fait, mon côté observatrice n’est pas étonné de la décision, mais pour d’autres raisons.

En tant que gestionnaire, si tu investis dans une marque qui a reçu un méchant coup dans sa légitimité, tu te dois de redresser, de redonner du gallon à l’entreprise. Il faut colmater là où il y a des brèches et même plus : il faut carrément montrer que de telles brèches ne pourront plus exister.

C’est ce qu’ICM Partners a fait.

Les brèches étaient dans la confiance du public, des partenaires financiers et des membres de l’industrie de l’humour en ce qui concerne la transparence et l’intégrité de l’entreprise dans sa gestion de l’humain en général, et des femmes en particulier.

Comment on colmate ? On retire toute personne près de Gilbert Rozon qui pourrait demeurer associée dans les psychés à un doute sur l’intégrité de l’entreprise. Que la personne soit fautive ou pas importe peu. On doit regagner la confiance du milieu, surtout des artistes et des bailleurs de fonds. Alors, on enlève les têtes avec lesquelles ils ont eu le plus de contacts auparavant.

Logique.

Nécessaire ? C’est discutable. On y perd toute une expertise, même si la plupart des autres employés ne semble pas avoir subi le même sort, donc ceux-ci demeurent une ressource fiable pour les nouveaux employeurs.

En tout cas, Bell et Evenko sont mieux de rester sans tache pendant un bon bout de temps côté scandale sexuel, sans quoi ça va leur revenir au visage comme un boomerang.

Just for Laughs...

Peut-être avez-vous remarqué que je n’ai pas abordé le cas de Bruce Hills, le dirigeant du pendant anglophone qui se serait fait montrer la sortie également ...

On vient de confirmer que, malgré ce que La Presse avait avancé, il serait plutôt en renégociation de contrat, tout comme Guylaine Lalonde.

Ça me semble plus logique que le premier scénario. Il est à la tête de lourdes responsabilités depuis moins longtemps que les sœurs Rozon. Son nom était moins associé directement et depuis moins longtemps au fondateur.

Et le scandale de Gilbert a largement passé sous le radar dans le monde anglophone, pour la simple raison que Gilbert Rozon n’a jamais réellement été l’homme des Anglos. Dès les débuts de Just for Laughs, c’est Andy Nulman qui en est la force vitale. Il quittera l’entreprise en 2015 et sera remplacé par Bruce Hills.

La suite ?

Chose certaine, la nouvelle ère commence raide et nous promet encore bien des surprises, j’ai l’impression. L’été s’annonce chaud ! Très chaud !