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Roseanne : un spin-off ou pas?

Roseanne
Photo courtoisie ABC Courtoisie ABC : Les personnages de Roseanne, Darlene et Dan.

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La décision a pris tout le monde du divertissement par surprise la semaine dernière : la chaîne ABC cancellait le reboot de la très populaire sitcom Roseanne, pourtant championne des cotes d’écoutes, après un tweet raciste de la créatrice et tête d’affiche de la série, Roseanne Barr. (Lire mon billet sur le sujet ici). 

Malgré la surprise, on a senti une forte unanimité dans la condamnation de Roseanne Barr. Surtout que, comme l’a rappelée une de ses productrices, la comédienne Sara Gilbert, la série est avant tout une sitcom qui transmet un message d’inclusion et d’empathie. Le racisme est complètement à l’opposé des valeurs qui nourrissent l’émission. Roseanne n’y avait définitivement plus sa place, ni sa légitimité, créatrice ou pas, gros « hit » télévisuel ou pas.

Les comédiens de la série ne se sont d’ailleurs pas gênés pour se distancer de la créatrice et l’ont allègrement condamnée dans les médias.

Et j’étais entièrement d’accord avec l’ensemble de ces réactions.

Alors que les États-Unis vivent encore de profondes crises en ce qui concerne le traitement de sa population afro-américaine, alors que la NFL va mettre à l’amende les joueurs qui mettent un genou au sol durant les hymnes nationaux, alors que le Président Trump ne s’est jamais gêné pour faire des commentaires plus que discutables sur les différents groupes - autres que blancs - qui forment la courtepointe de la société américaine, voir une chaîne comme ABC qui met de l’avant ses principes avant les signes de dollars, c’est un vrai vent de fraîcheur.

Mais maintenant, est-ce qu’on laisse ça comme ça ?

Une sitcom dont les Américains ont besoin

Comme je l’ai déjà mentionnée, la culture américaine moderne utilise depuis leurs débuts les comédies de situation pour transmettre des messages sociaux, pour modeler le système de valeurs de la société.

En 2018, les enjeux sociaux américains sont surlignés en fluo par le vivre ensemble, par ce besoin de connaître, de reconnaître et d’apprécier l’Autre, qu’il ou elle soit homosexuel, musulman, afro-américain, mexicain, immigrant, catholique, protestant, juif, etc.

Non seulement Roseanne nous revenait avec le traitement de ces enjeux, mais elle avait ce que bien d’autres sitcoms n’arrivent pas à obtenir : plus de 18 millions de téléspectateurs – le genre de chiffres qu’on a rarement vus depuis les années 1990.

Alors, il serait très tentant, pour n’importe quel producteur, de considérer un possible spin-off de la série, ce qui signifie prendre une part de ses personnages et leur offrir une nouvelle vie dans une dimension parallèle, et ce, sans la présence de Roseanne Barr, donc de la matriarche du clan Conner.

Surtout que l’une des productrices de l’émission joue le rôle d’une des filles du clan, soit Sara Gilbert dans la peau de Darlene Conner.

Mais est-ce réalisable ? Est-ce que ça fonctionnerait ?

Disons que l’histoire des spin-offs de sitcoms est loin de compter une longue liste de réussites, c’est le moins qu’on puisse dire. Et depuis des décennies !

Pour ceux et celles qui le reconnaîtront, on peut penser au très moyen Joey (spin-off de Friends).

The Cleveland Show, dans la suite de Family Guy, a réussi à durer quatre saisons, mais n’aura jamais eu le même aura que la série initiale.

Même Bewitched (Ma sorcière bien aimée) a eu sa « suite » infructueuse avec Tabitha (entre 1977 et 1978).

Mise à part Frasier (1993-2004), le spin-off de Cheers (1982-1993), investir dans la suite d’un succès télévisuel humoristique ne s’est pas avéré le meilleur investissement qui soit.

Alors, qu’est-ce qu’on fait avec Darlene ?

J’y penserais à deux fois avant de continuer à mettre en scène la famille Conner.

Pas que je crois que les histoires seraient mauvaises, au contraire ! L’équipe d’auteurs, si on garde plus ou moins la même, est de très grand talent. Et les comédiens sont sans faute.

Mais Roseanne devait beaucoup de son succès à Roseanne. On aimait tous détester et adorer cette mère de famille qui n’avait pas la langue dans sa poche, qui a un sens de la répartie acérée de dents pointues et toujours extrêmement mordantes. On aimait quand elle ronchonnait tout comme on aimait son rire fort et franc.

Autant j’apprécie le personnage de Darlene et les autres, autant je crois que d’essayer de les ramener à la vie risque de ne pas attirer le public suffisamment, même si moi je serais très certainement au rendez-vous.

Et qui sait à quel point ce serait facile et coûteux de racheter ses droits à Roseanne Barr !

Être Sara Gilbert ou Wanda Sykes – l’autre productrice de l’émission –, je tenterais plutôt de magasiner un autre concept, un autre univers, qui pourrait porter lui aussi les valeurs de Roseanne et qui récupèrerait ses artisans.

Il y a trop de potentiel dans ce groupe pour se contenter de souffler sur les braises de feu-Roseanne.

Et il y aura toujours de la place pour mettre une nouvelle famille au petit écran. Les familles ont toujours compté pour une grande part de l'amour inconditionnel des Américains pour leurs sitcoms et elles le resteront encore longtemps.

Adieu, mes chers Conner...