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Cet âge est sans pitié

<b><i>Un dernier baiser avant de te quitter</i></b><br>
Jean-Philippe Bernié, Libre Expression, 287 pages, 2018
Photo courtoisie Un dernier baiser avant de te quitter
Jean-Philippe Bernié, Libre Expression, 287 pages, 2018

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En deux étés racontés à hauteur d’enfant, un drame se prépare. Sous les apparences d’une histoire toute simple, l’inquiétude s’installe et saura nous gagner.

Le roman a un titre d’autant plus énigmatique – Un dernier baiser avant de te tuer – qu’il a pour héroïne une fillette pas encore sortie de l’enfance. Claire a 11, 12 ans, et elle voit ses parents se déchirer. Ce n’est pas encore si fréquent en ce milieu des années 70, alors les tensions se cachent sous les non-dits et les allusions.

Mais Claire est d’une intelligence vive et rien ne lui échappe. De toute manière, elle a choisi son camp : à sa mère rigide et sans chaleur, elle préfère son père. Ce qu’elle craint, c’est moins la séparation que de le voir s’en aller.

L’été de 1976 se vivra donc dans l’attente du pire. On est au chalet familial, au bord d’un lac de l’Estrie. Claire, qui adore l’endroit, s’y amuse avec son petit frère Hugues et les voisins Simone et Édouard, qui font figure de grands-parents de substitution. Mais la fillette est à l’affût des signes qui scelleront le sort de la famille.

Son inquiétude grimpera d’un cran quand Margaret, une amie de sa mère, viendra passer quelques jours avec eux. C’est une femme sèche, aux opinions arrêtées, qui se mêle de tout, mais qui est aussi fragile en raison du diabète dont elle est atteinte. Spontanément, Claire s’en méfie.

L’été suivant

Mais l’été s’achève sur un scénario qui va balayer tout le reste : en raison de son travail, le père doit aller passer une année à Paris et il est résolu qu’il partira avec Claire. Soulagement de la jeune fille, année de rêve trop vite passée, puis c’est le retour l’été suivant. À nouveau au chalet, à nouveau dans une famille qui doit trancher pour de bon ce que sera la suite.

Cet été de 1977 sera donc celui des grandes décisions pour les parents de Claire. Même le chalet est en jeu ! Margaret, qui est aussi de retour, entend l’acheter, tout transformer. Une Margaret que Claire apprécie moins que jamais. L’été, cette fois, finira sur un drame.

L’intérêt du roman tient à ce qui mènera à ces toutes dernières pages : la mise en place d’une atmosphère toxique, où chaque détail compte, même les années où se déroule l’histoire.

C’est le moment où le Parti québécois prend le pouvoir, ce qui ajoute à la tension entre les parents qui, politiquement, ne sont pas sur la même longueur d’onde. De même, on est dans les dénonciations de l’après-guerre du Vietnam, et Margaret, l’amie américaine, martèle ses convictions de gauche. Ce fond de scène renforce le récit.

Et l’approche de Jean-François Bernié fait mouche : des phrases simples et des observations candides nous font nous identifier totalement à Claire.

Qu’au final cet âge soit impitoyable et qu’on ait malgré tout envie d’applaudir dit bien à quel point l’auteur aura su nous embarquer.