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Une année de deuil

Denise Lebreux
Photo courtoisie Après l’incendie de la légendaire Maison Lebreux, l’aubergiste Denise Lebreux, qui a fondé le premier festival de Petite-Vallée dans les années 70, est allée habiter dans une maison mobile juste en haut de la berge.

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PETITE-VALLÉE | Denise Lebreux nous ouvre la porte de la modeste maison mobile qu’elle loue sur le dessus de la petite colline qui surplombe la mer gaspésienne... et les décombres de la Maison Lebreux, ravagée par un incendie la semaine dernière. Elle y a tout perdu, de sa brosse à dents aux albums photo des soirées inoubliables avec les Séguin, Vigneault, Rivard et compagnie. « J’ai aussi perdu mes repères », dit-elle dans la nouvelle demeure.

Aujourd’hui âgée de 80 ans, Denise Lebreux est le pilier du Festival en chanson de Petite-Vallée. Elle a fondé la première édition comme étant le Festival de la parenté, puis a passé le flambeau quelques années plus tard à son fils Alan Côté.

Elle était copropriétaire de la Maison Lebreux, une auberge de 15 chambres où elle habitait, qui avait été bâtie par son grand-père à quelques mètres du Café de la Vieille Forge, lui aussi démoli par le feu il y a neuf mois.

Denise Lebreux y a non seulement élevé ses quatre enfants, mais elle a aussi reçu dans le légendaire établissement les Gilles Vigneault, Michel Rivard, Daniel Lavoie, Sylvain Lelièvre, Vincent Vallières, Richard Séguin comme s’ils étaient ses enfants. « La maison était remplie de toutes sortes de souvenirs d’eux. Leurs mots étaient écrits sur les murs », confie-t-elle.

Depuis un an, Denise Lebreux a perdu deux de ses sœurs, a vu brûler le Café de la Vieille Forge, et sa maison familiale le 19 mai dernier. Deux de ses frères se sont également noyés dans la mer en face de la berge dans les années 1960.

Elle se trouvait dans la maison lorsque le feu s’est déclaré, dans un circuit électrique. « Je suis sortie tout de suite quand l’alarme est partie. Et je ne suis jamais rentrée », dit-elle doucement, avec émotion.

« J’ai pleuré d’une façon que je n’avais jamais pleuré dans ma vie. J’ai crié, il n’y avait pas de larmes qui sortaient. J’ai tellement, tellement pleuré », dit-elle.

Trois souvenirs sauvés

Il a fallu quelques jours avant qu’elle soit émotivement capable de descendre la côte qui relie la maison mobile aux décombres. « Je me suis arrêtée dans le milieu, je pensais retourner de bord. Je me suis mise à pleurer, à crier encore. Mais il fallait que je le fasse. Ça libère », dit-elle.

Les pompiers ont sauvé trois choses des flammes. Son précieux livret de réservations, une guitare de son fils Alan et un Félix de Michel Rivard gagné pour Douze hommes rapaillés, qu’il lui avait remis pour son implication et parce que le projet avait été pensé à Petite-Vallée et qu’elle a été une des premières à entendre les chansons.

Elle raconte avec regret avoir perdu le journal de bord de l’auberge, où sa mère avait écrit l’histoire de la famille, auquel elle se référait souvent pour se remémorer des bouts d’histoire à raconter aux passants. Au lendemain de notre passage, quelqu’un lui apportait quelques pages calcinées de ce journal, retrouvées dans les décombres.

Elle entamait sa 40e année d’opération du gîte. « Et je voulais tellement la faire ! » s’exclame-t-elle, en disant qu’elle a déjà hâte d’être présente pour accueillir les gens à partir du 28 juin. « Je veux vivre jusqu’à 100 ans », dit-elle du même souffle.

Une nouvelle maison sera reconstruite, mais sans vocation touristique. Denise Lebreux souhaite une maison où la famille se rassemblera de nouveau.


Années 1970 : Denise Lebreux, mère d’Alan Côté, fonde le Festival de la parenté. Il s’agissait d’un concours musical pour les familles de Petite-Vallée.

1983 : Le Festival de la chanson est créé, parallèlement au Festival de la parenté. Marie-Claire Séguin est de la première édition. Le Café de la Vieille Forge est bâti la même année avec la collaboration d’amis de la famille qui sont médecins.

1990 : Alan Côté a l’idée de fusionner les deux festivals, mais la fusion ne se fait qu’en 1998. À l’époque, il dispose d’un budget de 300 000 $ pour les deux événements.

1991 : Démolition de la Vieille Forge pour construire le 2e café bistro.

2001 : Agrandissement du café avec le Théâtre de la Vieille Forge et création du Village en chanson. Le budget pour le festival est au-delà d’un million de dollars.

Juin 2017 : Le Festival en chanson connaît une édition record avec plus de 11 000 billets vendus, et un total de 20 000 visiteurs. Le budget du festival est aujourd’hui de plus de 2 millions $.

15 août 2017 : Incendie du Théâtre de la Vieille Forge.

19 mai 2018 : Incendie de la Maison Lebreux, auberge et lieu de rassemblement de nombreux artistes qui participaient au festival.