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Vendre du vin est plus payant au Québec que de s'occuper de nos enfants

Vendre du vin est plus payant au Québec que de s'occuper de nos enfants
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Le salaire d’une éducatrice en garderie qualifiée qui commence, tel que négocié dernièrement : 18,52$/h. Récemment, le fils d’une amie s’est trouvé un boulot d’étudiant à la Société des alcools du Québec (SAQ). Son salaire lors de sa première journée de travail : 19,33$/h. Quand débuter dans la vente de vin est plus payant que de s’occuper de l’éducation et de la socialisation d’un groupe d’enfants, n’y a-t-il pas ici une profonde incohérence, voire du mépris, quant à la valeur du travail fondamental de ces éducateurs et éducatrices qui, rappelons-le, s’occupent de ce que l’on a de plus précieux dans la vie, nos enfants?

Cette réflexion s’est imposée à moi d’elle-même. À peu près au même moment, j’entendais aux nouvelles les revendications et les conditions d’emploi des travailleuses de CPE en grève illimitée et mon amie m’annonçait la bonne nouvelle de l’embauche de son garçon. Fiston venait de dénicher l’emploi idéal pour lui permettre de continuer sa formation sans accumuler une dette d’études qui deviendra plus tard un boulet.

D’entrée de jeu, je tiens à spécifier que j’apprécie grandement quand le conseiller de la SAQ est compétent, sympathique et qu’il me fait découvrir une bonne bouteille à un prix qui respecte mon budget. Pas de doute, cet employé travaille fort et doit parfois se faire traiter cavalièrement par certains clients désagréables. Les journées sont longues, les heures sont bien souvent travaillées à des moments où amis et membres de la famille s’amusent ou relaxent, les soirs et fins de semaine. Le salaire du caissier-vendeur est mérité.

Toutefois, quand j’ai su qu’une éducatrice en garderie graduée gagnait, à son premier échelon salarial, moins qu’un débutant à la SAQ, j’avoue que ça m’a perturbée. Ce constat m’a poussée à me questionner sur la valeur que l’on accorde à ceux et celles dont le travail est de s’occuper du bien-être d’humains.

Formation et poids des responsabilités

Certains argumenteront qu’il est périlleux de comparer les salaires d’emplois qui n’ont rien de comparable. J’achète ce raisonnement. Toutefois, lorsqu’on analyse ce fait, de façon autant pragmatique que philosophique, il est, à mon sens, inconcevable que ces deux « employés de l’État » (l’un employé par le Ministère de la Famille et l’autre payé par une société d’État) gagnent à peu près le même salaire, notamment à cause de la formation qui est exigée et du poids des responsabilités inhérentes à chacun des postes.

DES versus DEC

Être éducatrice en garderie (dans ce cas-ci, je me permets d’employer le féminin en raison du nombre d’éducatrices bien supérieur à celui d’éducateurs) nécessite une formation spécifique de 3 ans, au cégep, reconnue par le ministère de l’Éducation, puis un diplôme en Techniques d’éducation à l’enfance.

Pour devenir caissier-vendeur à la SAQ, un diplôme d’études secondaires ou l’équivalent est nécessaire. 

Les exigences et les compétences demandées pour combler l’un et l’autre des postes parlent d’elles-mêmes.

Éducatrice en garderie

« D’une durée de trois ans, le programme de Techniques d’éducation à l’enfance permet à celles et ceux qui s’y inscrivent d’acquérir des connaissances dans de nombreux domaines, principalement en psychologie, en éducation, en sociologie, en diététique, en santé, etc. Il leur permet également d’acquérir des habiletés en communication, en intervention éducative et en animation.

Les personnes ayant suivi ce programme de formation seront en mesure d’intervenir adéquatement auprès d’un enfant, même si elles ne peuvent le connaître aussi intimement que ses parents. Elles apprendront aussi à prendre en charge un groupe d’enfants, qu’ils soient tous du même âge ou d’âges variés.

Il nécessite :
• 660 heures de formation générale, comme toutes les autres formations collégiales
• 1 830 heures de formation spécifique »

Caissier-vendeur à la SAQ

Pour le poste de caissier-vendeur à la SAQ, la description de tâches est beaucoup moins complexe :

« Orienté vers la satisfaction du client ;
Personne dynamique, motivée, prête à relever des défis et reconnue pour son sens des responsabilités ;
Faire preuve d'initiative et être proactif ;
Être un joueur d'équipe ;
Habilités en vente ;
Diplôme d'études secondaires ou l'équivalent ;
Âgé d’au moins 18 ans ;
1 an d'expérience en service à la clientèle ;
Avoir déjà opéré une caisse enregistreuse ;
Être capable de soulever, à répétition, des charges allant jusqu'à 38 livres. »

Enfants versus alcool

Le salaire n’est-il pas le baromètre de la valeur que l’on accorde aux différents emplois? 

Le cœur du problème, à mon sens, n’est pas le salaire trop élevé versé aux employés de la Société des alcools du Québec, mais bien les conditions offertes aux éducatrices en garderie.

Comment pouvons-nous, collectivement, ne pas accorder plus de signification au rôle fondamental qu’est celui de contribuer à faire de nos enfants des êtres épanouis et éveillés?