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Des billets à 15 $ veulent automatiquement dire un mauvais spectacle d'humour?

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Je vais vous dire un secret. Je suis abonnée aux pages Facebook de plusieurs membres de l’industrie de l’humour, notamment des artistes.

Par soucis professionnels, bien sûr, mais aussi pour le plaisir. Surtout, c’est une excellente façon de rester informée de ce qui se passe et de ce qui s’en vient. Je suis aussi aux premières loges quand des débats font surface.

Et justement, hier soir, l’humoriste Louis T a publié une réponse, pour ne pas dire un « jab », à une moquerie de bas étage qu’il a reçue. Vous pouvez voir sa publication en photo de ce billet.

Courtoisie : Louis T.

On note que l’humoriste a tourné la raillerie à son avantage en s’en servant pour sa propre publicité. Bien joué !

Mais ce n’est pas de ce revirement argumentatif dont je veux discuter, mais plutôt de la délicate question du prix des billets pour les spectacles d’humour.

Parce que oui, ça peut sembler louche pour plusieurs de se voir offrir un spectacle d’humour pour seulement 15 $, alors que plusieurs artistes vendent leur spectacle pour 50 $ et plus.

Sans parler du prix pour assister à des galas d’humour dans les premières rangées...

Ce n’est donc pas surprenant que plusieurs humoristes font toujours le même « running gag » aux gens assis au balcon : « Bonsoir les pauvres ! Pas assez riches pour vous asseoir en avant, hein ? ».

On comprend que, la plupart du temps, la remarque est au 2e degré. C’est plutôt une manière pour les humoristes d’exprimer au public assis plus loin qu’il compte autant pour lui ou elle que le public des premières rangées.

Mais est-ce que le prix du billet reflète réellement la qualité du spectacle ?

15 $, 32 $, 44 $, 55 $, 120 $, ... Alouette !

Le coût moyen pour un billet de spectacle d’humour en 2016, selon l’Observatoire de la culture et des communications du Québec, était de 31,83 $, soit 12 $ de moins que le prix moyen des spectacles d’arts de la scène, toutes disciplines confondues, la même année (43,75 $).

Ce qui signifie, entre autres, que l’humour est une catégorie de spectacles assez accessible à tous les portefeuilles.

Mais cela demeure une moyenne. La même année, plusieurs artistes vendaient leurs billets au-dessus de ce prix, passé la cinquantaine de dollars, notamment Mario Tessier et Stéphane Rousseau. D’autres ont opté pour un prix plus bas, notamment Jean-Thomas Jobin, autour de 32 $.

Et Jean-Thomas Jobin a reçu plusieurs nominations et récompenses aux Olivier pour son spectacle, tout comme Stéphane Rousseau a été récompensé également.

Est-ce que le prix est gage de qualité ? Non. Absolument pas.

Il y a d’excellents spectacles qui se donnent au Bordel Comédie Club pour seulement 15 $.

Et il y a des spectacles coûteux qui se sont faits écorcher unanimement par la critique.

Alors, de là à rire d’un humoriste en lui disant qu’il vend ses billets à 15 $ parce qu’il n’arrive pas à remplir les salles... une minute ! Surtout quand l’artiste a été maintes fois en nominations aux Olivier pour son dernier spectacle. Personnellement, je vois le 15 $ comme une excellente aubaine !

Dites-vous une chose : plus vous allez voir de la publicité mur à mur, dans les journaux et la télévision pour un spectacle donné, plus le prix du billet va être élevé.

Pas de manière scandaleuse, mais la publicité, ça se paie.

Et plus le spectacle aura une mise en scène riche en accessoires, plus le prix sera élevé également.

Parce que, la création, ça se paie.

Et plus l’artiste est connu et adoré, plus le prix va monter. C’est la loi de l’offre et de la demande.

Mais des exceptions existent à toutes ces règles.

Ça paie pour quoi, un billet ?

Les revenus de billets vont d’abord être utilisés, et ce majoritairement, pour payer la production du spectacle, soit ses coûts de mise au monde et de diffusion (parfois, cela inclut la location de la salle).

Ensuite, de manière moindre, ils vont aux créateurs, donc à l’humoriste, ses auteurs et son metteur en scène.

Moins on investit en publicité coûteuse et dans une scénographie spectaculaire, moins la facture du spectacle est élevée, donc moins de poids sur le billet.

Et quand l’artiste est en rodage, comme dans le cas de Louis T ici, c’est encore moins cher.

Pourquoi ? Parce que le spectacle n’est pas tout à fait dans sa version finale avant la première médiatique. Mais c’est tout comme. Au stade de rodage, le texte en est à ses dernières modifications, mais l’artiste maîtrise son contenu et son débit, ainsi que ses intonations.

Un artiste ne fait pas la promotion d’un spectacle en rodage quand celui-ci n’est pas presque prêt. C’est trop dangereux de se faire mauvaise presse.

Alors, entre vous et moi, si vous aimez l’humour et que vous avez le choix entre un spectacle à 55 $ et un à 15 $, tous deux donnés par des professionnels, n’hésitez pas trop longtemps en fonction du prix. Prenez votre décision selon vos goûts, un point c'est tout.