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Homard et vin: Jacques Chagnon ne regardait pas la facture

Le président de l'Assemblée nationale, Jacques Chagnon
Photo Simon Clark Le président de l'Assemblée nationale, Jacques Chagnon

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Le président de l’Assemblée nationale affirme que l'idée de contrôler les dépenses liées aux repas et à l’alcool ne lui a «jamais effleuré l’esprit».

«Je ne me suis jamais préoccupé de ces questions-là, jamais, dit Jacques Chagnon. J’ai fait autre chose, par exemple. J’ai fait beaucoup d’autres choses dans ce parlement-là, mais ces questions-là ne m’ont jamais effleuré l’esprit ni préoccupé. Je sens qu’il y a une nouvelle volonté, une nouvelle réalité, une nouvelle conjoncture.»

Notre Bureau parlementaire révélait récemment que Jacques Chagnon avait demandé qu’on lui serve régulièrement, en saison, du homard et du crabe au dîner. Les crustacés et le bon vin sont également au menu lors des réunions du Bureau de l’Assemblée nationale (BAN), auxquelles assistent une vingtaine d’élus.

Réunions de travail

Le président de l’Assemblée nationale reconnaît qu’on lui sert parfois du homard au dîner, mais assure que ce n’est pas à sa demande. «Je ne réclame rien, je mange ce qu’on me donne, ce qu’on me dit qu’on a», assure-t-il.

Pourtant, Jacques Chagnon se dit incapable d’expliquer pourquoi le restaurant Le Parlementaire, qui assure le service dans le salon privé où il peut manger à l’abri des regards, lui offre du homard mais n'en offre pas aux simples visiteurs ou aux autres élus.

Jacques Chagnon fait toutefois valoir que ces repas sont «des réunions de travail». «Quand t’es en réunion de travail, t’es pas en train d’essayer de t’empiffrer... L’article laisse entendre qu’on s’empiffre à la tête des contribuables», dit-il.

Réunions arrosées

M. Chagnon assure également qu’il n’y a pas d’alcool lors de ces rencontres, qui impliquent notamment le secrétaire de l’Assemblée nationale. Lors des réunions du BAN, toutefois, il y a «quelques bouteilles de vin qui sont offertes» pour la vingtaine de personnes présentes, reconnaît-il.

Récemment, un grand dossier du Journal a également démontré que les élus refusent de dévoiler leurs dépenses lors de voyages payés par les contribuables. Depuis, le BAN s’est engagé à étudier une refonte des règlements qui pourrait apporter une plus grande transparence.

Le président s’était toutefois emporté lorsqu’un journaliste lui avait fait remarquer que les dépenses pour l’alcool en voyage ne seraient toujours pas dévoilées. Pas plus que «celles du teinturier pour vos petites culottes», avait-il répliqué.

«Ce qui m’a blessé, c’est [qu'on ait laissé] entendre qu’il y a de la gabegie, qu’il y a de l’orgie... Or, ça n’a pas été le cas», dit aujourd’hui celui qui a assumé la présidence de l’Assemblée nationale pendant huit ans.

«Procès inutile»

Jacques Chagnon assure avoir toujours agi «avec dignité». «Je suis un petit peu outré, quelques jours avant de partir, de me faire... Je suis blessé, c’est tout», dit-il, la larme à l’œil.

«Je pense que c’est un procès inutile, ajoute-t-il. Parce que, s’il y a des choses qui doivent changer, elles vont changer. Mais ce n’est pas, matériellement puis physiquement, puis financièrement... Il ne s’agit pas là d’objets qui ont une importance capitale par rapport à ce qui s’est fait, ce qu’on a économisé ici.»

Parmi les économies, il cite les 61 millions de dollars mis de côté qui ont servi aux travaux de rénovation et d’agrandissement du parlement actuellement en cours. «On n’aura pas emprunté, on n’aura pas demandé d’argent au gouvernement, dit Jacques Chagnon. On va l’avoir économisé sur nos budgets d’opération pendant huit ans.»

Dans les faits, l’Assemblée nationale a continué d'empocher les sommes versées pour des postes de cadres qui n’ont pas été remplacés au fil des ans, pour un total d’environ 3 millions de dollars par année.

Cet argent n’aurait-il pas plutôt dû être déduit du budget de l’Assemblée nationale et retourné aux contribuables? «Ça, c’est une vision un peu bizarre, réplique Jacques Chagnon. Ce qu’on a fait comme résolution, il y a huit ans, c’est de dire: si on était pour faire des économies, on va les conserver.»