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Le gars des vues

Philippe Couillard
Photo agence qmi, SIMON CLARK Philippe Couillard

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Quand les patrons de La Presse ont annoncé que leur quotidien allait devenir un OBNL (organisme à but non lucratif), je me suis dit : « Oh boy, tout ça est arrangé avec le gars des vues. C’est sûr que le gouvernement libéral va leur dérouler le tapis rouge, ça va passer comme du beurre dans la poêle, cette histoire.

« Le scénario de cette farce a déjà été écrit, il ne reste plus qu’à le filmer. »

COUSU DE FIL BLANC

Puis, je me suis ravisé.

Après tout, il ne faut pas voir des complots partout, non ?

Or, plus je regarde le gouvernement Couillard aller dans ce dossier, plus je me dis que ma première réaction était la bonne. Tout ça semble arrangé avec le gars des vues.

La loi est claire : les OBNL ne peuvent prendre position pour un parti politique.

Or, les patrons de La Presse sont catégoriques : il est hors de question que La Presse devienne politiquement neutre, leur journal va continuer de prendre position pour le fédéralisme à chaque élection provinciale, comme il l’a toujours fait au cours des 134 dernières années.

Et qui est pressé, pressé de permettre à La Presse de devenir un OBNL, même si les patrons de La Presse affirment haut et fort qu’ils ne respecteront pas la loi encadrant les OBNL ?

Philippe Couillard ! Monsieur Fédéralisme en personne !

À entendre notre premier ministre, ce dossier est d’importance nationale !

Comme l’a écrit mon collègue Steve E. Fortin sur le blogue des « Spin Doctors », le gouvernement est tellement pressé de régler ce dossier qu’il est même prêt à museler les députés qui osent poser des questions légitimes sur le projet des patrons de La Presse !

« Je me demande bien à quoi sert l’Assemblée nationale si on réduit les parlementaires au silence, a écrit Steve E. Fortin. Il y a là quelque chose d’ironique d’imposer un projet de loi au nom de la “liberté d’expression” tout en refusant toute discussion sur le sujet. »

LE JUPON DÉPASSE

Et vous me direz que tout ça n’est pas arrangé avec le gars des vues ?

Que cette histoire cousue de fil blanc n’était pas planifiée ?

Voyons...

C’est tellement gros, c’est tellement peu subtil que ça en est presque risible.

Une loi bâillon votée par un gouvernement libéral pour permettre à un journal profédéraliste de se transformer en OBNL afin de continuer à dire aux gens de voter pour le parti qui défend le plus le fédéralisme – c’est-à-dire le parti libéral ?

On raconterait ce genre d’histoire dans une série télé que les gens diraient : « Woh, capitaine, pousse mais pousse égal ! »

CONCURRENCE DÉLOYALE

En devenant un OBNL, La Presse acquerra un statut spécial et pourra bénéficier des largesses de l’État, tout en continuant de vendre des espaces publicitaires comme le font les autres journaux.

En bon français, on appelle ça de la concurrence déloyale. Participer à une course en partant deux secondes avant tout le monde.

Et on me dira que l’empressement du gouvernement libéral n’a rien à voir avec la ligne éditoriale de La Presse ?

Bien tiens...