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Le consortium voulait un contrat de gré à gré, dit la Ville

Les promoteurs du métro aérien contredisent la version du cabinet Labeaume

Le métro aérien proposé par les géants mondiaux PwC et Arup, pour Québec et Lévis, aurait pu ressembler au SkyTrain de Vancouver (photo) qui compte aujourd’hui près de 80 km de voies.
Photo d'archives Le métro aérien proposé par les géants mondiaux PwC et Arup, pour Québec et Lévis, aurait pu ressembler au SkyTrain de Vancouver (photo) qui compte aujourd’hui près de 80 km de voies.

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Le cabinet du maire de Québec reproche aux promoteurs d’un projet de métro aérien d’avoir cherché à obtenir un contrat « de gré à gré » avec la Ville. Une « grave accusation » aussitôt démentie par le porte-parole du consortium visé.

Comme nous le révélions hier dans nos pages, le consortium formé du géant PricewaterhouseCoopers (PwC), Arup, Solutrans et Loctrans, souhaite financer et construire un réseau de 61 km de voies aériennes.

Ce « métro » aux allures de monorail desservirait la rive nord et la rive sud pour une somme évaluée à 2,3 milliards $, soit 700 M$ de moins que le projet actuel de tramway et trambus.

Grande confusion

La publication des détails du projet, obtenus par notre Bureau d’enquête, a semé une grande confusion dans les rangs de l’administration Labeaume, en matinée, où l’on cherchait désespérément à savoir qui avait rencontré qui.

Régis Labeaume
Photo Jean-Francois Desgagnés
Régis Labeaume

Régis Labeaume maintient qu’il n’a jamais entendu parler de ce projet, pas plus qu’aucun élu ou membre du Bureau des transports ni du Bureau de projet pour le réseau de transport structurant.

Le projet a pourtant bel et bien été présenté le 19 septembre dernier au directeur général adjoint Charles Marceau, responsable des grands projets à la Ville.

M. Labeaume n’était visiblement pas au courant, mais son cabinet a fini par confirmer la chose en milieu d’après-midi.

Première rencontre en août 2017

Selon l’attaché de presse du maire, qui est allé aux sources pour connaître la séquence des événements, une première rencontre a eu lieu entre le lobbyiste Jean O’Keefe (Solutrans) et le président de l’organisme Québec International, Carl Viel, en août.

Il était alors question uniquement « de l’implantation d’une usine » de fabrication de monorail, relate M. Nolin.

Référé par M. Viel, Charles Marceau a ensuite rencontré M. O’Keefe en pleine campagne électorale.

« Il n’était plus juste question d’usine, mais d’un projet de réseau. Eux souhaitaient que ça soit donné de gré à gré. Charles Marceau a pris ses distances. Pour lui, ça n’avait pas de bon sens. La Ville se tient loin de ce genre de propositions là », a soutenu M. Nolin, assurant que le maire n’a jamais été avisé.

Faux, réplique le consortium

Louis Aucoin
Photo courtoisie
Louis Aucoin

« Ce sont des accusations graves qui imputent des intentions criminelles », a répliqué Louis Aucoin, au nom du consortium, contredisant les « affirmations fausses » de M. Nolin.

« Il a été proposé de faire un appel d’offres basé sur la performance plutôt que sur le prix, comme la majorité des citoyens le réclame. »

M. Aucoin rappelle que PwC et Arup ont une renommée mondiale. Il déplore que la Ville se lance dans son projet de tramway « les yeux fermés », sans avoir étudié toutes « les options ».

— Avec la collaboration de Jean-Louis Fortin

Le projet de métro aérien

  • 61 km de voies aériennes
  • 57 stations à Québec et Lévis
  • Une ligne principale de 29 km entre l’aéroport Jean-Lesage, la Haute-Ville et Charlesbourg
  • Une ligne de 9 km qui traverse Limoilou jusqu’à Beauport
  • Une boucle de 4 km sur le campus de l’Université Laval

Coût estimé | 2,3 G$

Source : Documents du consortium formé par PwC, Arup, Solutrans et Loctrans

 

Des réactions

« C’est un projet qui ne nous a jamais été présenté par la Ville de Québec ou par l’entrepreneur privé. [...] Quand on compare avec le SkyTrain (à Vancouver), les estimations initiales nous apparaissent plutôt basses. »

– André Fortin, ministre des Transports

« Honnêtement, je n’en avais pas entendu parler (avant). [...] C’est à la Ville à l’analyser, puis si elle décide d’apporter des changements, ce sera à elle de nous revenir là-dessus. »

– Véronyque Tremblay, ministre déléguée aux Transports

« Le métro aérien, est-ce que c’est intéressant ? Possiblement. [...] Je n’ai pas la connaissance fine du projet. [...] De comparer les deux projets (métro aérien et transport structurant), c’est peut-être un peu compliqué parce que ce n’est pas la même chose. »

– Éric Caire, porte-parole de la CAQ pour la Capitale-Nationale

« Moi, je n’aurais pas jeté ce projet-là aussi rapidement. Je pense qu’il y a des composantes (intéressantes). Si on affirme que les coûts sont si moindres, pourquoi n’aurait-on pas pu le considérer pour les axes nord-sud ? »

 Jean Rousseau, conseiller municipal de Démocratie Québec

— Propos recueillis par Marc-André Gagnon et Jean-Luc Lavallée

 

« C’est laid » et « ça ne coûte pas moins cher »

Régis Labeaume estime que les projets de monorail sont « laids ». Le maire ne croit pas non plus aux « miracles » ni aux chiffres avancés par les peddlers qui proposent des projets de transport collectif à faible coût.

Surpris d’apprendre dans nos pages, hier matin, les détails d’un projet de métro aérien potentiellement moins coûteux que le projet de tramway et trambus, le maire s’est enflammé et a servi une mise en garde aux citoyens qui auraient pu être séduits par les attraits d’un tel système de transport.

Plusieurs projets de monorail ont déjà été présentés à la Ville. Même si le projet spécifique de PwC et Arup ne s’est jamais rendu sur son bureau, l’option du monorail a été analysée par le Bureau de projets sur le réseau de transport structurant, assure-t-il.

« Le monorail, ce n’est pas moins cher, c’est laid et c’est invasif. On est passés au travers de cette hypothèse-là [...] Les miracles, ça n’existe pas », a-t-il martelé, convaincu d’avoir fait le bon choix avec le tramway et d’avoir sélectionné la solution optimale pour Québec au moindre coût.

« Peddlers » et « magiciens »

« Vous savez, des peddlers, il y en a en masse qui passent par la Ville et qui rencontrent toutes sortes de monde. Puis des magiciens qui ont des réseaux de transport qui ne coûtent rien, on en voit depuis dix (ans) », a laissé tomber le maire.

« Toutes les propositions qui n’étaient pas farfelues ont fait l’objet d’un examen et ont été (écartées) en fonction de différents critères, a renchéri le président du RTC Rémy Normand en conférence de presse. Ce qu’on a vu dans Le Journal avec des pylônes de béton aux 25 ou 30 pieds dans le paysage de Québec, c’est assez intrusif merci », a-t-il opiné.

Questionné par l’opposition, le maire Labeaume en a ensuite remis lors d’un plénier, invitant les citoyens à se méfier des économies promises par le privé.

« Tout le monde a tout le temps un projet miracle qui ne coûte pas cher puis la phrase pour nous dire que ça ne coûte pas cher, c’est qu’on va faire un PPP [...] Ça me fait toujours rire. Tu ne fais pas ça quand tu as deux gouvernements qui veulent payer 100 % du projet. »

« Intéressant », dit l’opposition

Le chef de l’opposition, Jean-François Gosselin, estime quant à lui que le projet de PwC et Arup « semble très intéressant ». Il a manifesté son intention de rencontrer les promoteurs pour « en savoir plus ».