/opinion/columnists
Navigation

SLAV : le gâchis

Coup d'oeil sur cet article

Dans une société libérée de l’obscurantisme, personne ne se réjouirait qu’une œuvre artistique soit censurée.

Oui, la pièce SLAV, annulée hier dans ce qui a tout l’air d’une décision unilatérale du Festival International de Jazz de Montréal, comprenait plusieurs maladresses, tant dans sa mise en scène et son propos que dans le processus ayant mené à sa création. Pourtant, elle n’avait pas été montée dans le but de blesser ou d’exploiter la souffrance des descendants d’esclaves.

En fait, ses créateurs visaient précisément l’inverse. Le fait qu’on n’y soit pas ou qu’on y soit mal parvenu ne rend pas légitime l’ambiance d’autodafé qu’on a voulu instaurer en face du Théâtre du Nouveau Monde.

Désinformation

Ce n’est pas d’hier que le FIJM montre qu’il est plus préoccupé par ce qu’on en dit dans la Gazette que dans l’univers francophone de Montréal. Il semble toutefois que, cette fois-ci, c’est davantage la mauvaise presse internationale qui l’aura fait fléchir.

En effet, la nouvelle de la décision du chanteur soul Moses Sumney d’annuler sa participation au Festival en réaction à la controverse a été rapportée par plusieurs magazines spécialisés américains juste avant l’annonce du retrait.

Or, dans sa déclaration, l’artiste dénonce que la situation des esclaves dans les champs de coton soit mise en scène, comme si on avait voulu la célébrer ou s’en moquer. En outre, il reprend l’histoire non confirmée selon laquelle une manifestante noire aurait été giflée par un spectateur à qui elle tentait de bloquer l’entrée.

Bref, la désinformation des militants radicaux a fonctionné. Plutôt que de chercher le dialogue, on a caricaturé, forcé le trait et oublié que SLAV ne portait pas que sur les esclaves afro-américains. Et devant cette montée de l’obscurantisme, le FIJM a cédé.

Le fossé

On n’aura pas de félicitations à faire non plus à Betty Bonifaci, Robert Lepage et Lorraine Pintal, directrice du TNM. La première a fait preuve d’une inculture et d’une naïveté frôlant la niaiserie au moment de défendre son œuvre. Le second s’est campé dans son mutisme en refusant d’expliquer sa démarche. La troisième a péremptoirement répondu aux critiques en disant : « Notre réponse est sur scène. »

Voilà trois communicants qui, figés quelque part en 1979, n’ont pas encore constaté qu’en 2018, la conversation aura lieu même si on décide de ne pas y participer. Ils ont ainsi formidablement servi le dessein de gens qui voulaient les faire passer pour des insensibles qui ne comprenaient pas le matériel qu’ils manipulaient. Là-dessus, ceux-là n’auront manifestement pas eu si tort que ça.

À la fin, c’est un immense gâchis. Une œuvre qui devait nous instruire sur la résilience que les humains ont de triompher de l’infamie ne sera plus entendue. Les radicaux en prendront bonne note et remettront ça dès que d’autres contenus leur déplairont. Que tous les créateurs se le tiennent pour dit.

Personne n’a gagné, dans cette histoire. Le fossé s’est agrandi. Parce que oui, le racisme et la discrimination, ça existe encore. Malheureusement, si les manifestations et les menaces sont efficaces pour forcer une autorité à plier, elles ne le sont pas pour faire évoluer les mentalités.

Dans la vie, on ne peut convaincre quiconque de changer intimement par la contrainte.