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Revenons aux nègres blancs d'Amérique

Revenons aux nègres blancs d'Amérique
Musée de la Neufve-France

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Cette controverse autour de l’esclavage, qui finit enlisée dans la lâcheté des bootleggers du jazz, ne vaut pas plus qu’une saine rancune.

Oublions-la, sans culpabiliser, pour une fois. Chérissons plutôt nos propres nègres, les nègres blancs d’Amérique qu’on a si facilement oubliés pour user notre incommensurable capital de sympathie sur la misère des autres, qui arrivent d’ailleurs en exigeant l’exclusivité du malheur... Ayons du panache!

De toute manière, on le sait, notre propension à compatir ne nous sert pas à grand-chose et n’incite plus personne au respect, bien au contraire; les peuples ne se font pas de cadeau, dit-on. 

Alors cherchons de quoi réfléchir chez nos propres ancêtres qui furent, eux aussi, asservis, opprimés, brutalisés, donnés en pâture à des conquérants. Abandonnés à l'hiver, évidemment.

On les voit partout dans nos campagnes; ces champs traversés de murs rocailleux fendent le cœur et rafraîchissent les souvenirs de notre histoire injustement déclassée. Et elle n’est pas drôle du tout, cette histoire...

Champ d’avoine
Revenons aux nègres blancs d'Amérique
Musée McCord (v4074)

Autour de ces murs de roches rudimentaires, on peut voir, avec un petit effort d'imagination, sortir du sol, non pas des fleurs, du maïs ou du soya, mais des doigts écorchés au bout de mains sales, crochies, écornées. Des mains blanches, salies mais blanches. Au bout de bras rompus à l’essouchement de ces vallées verdoyantes qui finissent, insignifiantes, dans la mémoire de téléphones soi-disant intelligents.

Pêcheurs de la Gaspésie, bûcherons de la Côte-Nord, mineurs de l’Abitibi, agriculteurs du Kamouraska, scieurs de long du Lac-Saint-Jean, du Témiscamingue et de la Gatineau; ils ont souffert assez pour mériter que quelque chose surgisse de quelque esprit à la mode... N’est-ce pas de notre époque que de s’épandre sur les malheureux d’hier?

Les nôtres ont bien dû chanter, eux aussi, pour oublier leur triste sort, ces galériens du fleuve et des forêts avaient un imaginaire aussi riche que ceux d’Afrique. Sont-ils démodés parce que d'ici?

Il suffirait de cesser de gommer le passé tel un secret honteux. Peut-être que nos élites ont peur de redécouvrir les héros du quotidien qu’on a sciemment fait sombrer dans l’oubli au nom d’un idéal politique qui s’avère aujourd’hui avilissant. Multiculturel et de toutes les couleurs, sauf une...

Nos nègres étaient blancs, ils parlaient français, cruellement pauvres et esclaves de leur pauvreté. C’est évidemment moins risqué de s’intéresser aux esclaves d’ailleurs. Le Conseil des arts du Canada ne s’offusquera pas d’un retour sur la cruauté et l’injustice vécues hors des frontières du mirifique pays de Trudeau, le yogi d'opérette.

Pour les artistes comme pour les fonctionnaires, les premiers n'étant plus rien sans les seconds, il est beaucoup plus téméraire politiquement de s’intéresser à ceux qu’on a appelés jadis les nègres blancs d’Amérique, les porteurs d'eau, les colonisés. Les pea soups, les frogs. Les moins-que-rien, les sous-culturés...

En plus d’être politiquement correct, c’est moins hasardeux de s’intéresser au Mississipi... Surtout si l'on ne se préoccupe pas de nourrir l'illusion que le Québec est définitivement «racisé»...