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Vive le stand-up libre ! Regards sur le Grand Montréal Comédie Fest

Les animateurs des galas du Grand Montréal Comédie Fest
Dario Ayala / Agence QMI Les animateurs des galas du Grand Montréal Comédie Fest

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La saison des festivals d’humour est bien lancée. J’ai été faire mon tour au Minifest il y a dix jours (je vous en reparlerai, promis !) et j’ai goûté trois fois plutôt qu’une au Grand Montréal Comédie Fest (GMCF) au cours de la fin de semaine.

J’avais mes réserves à propos de l’événement, nourries principalement par l’atmosphère tendue dans laquelle il a vu le jour.

Aussi, comme tout nouveau festival d’humour, il vaut mieux se garder un bras de distance avant d’y accoler une étiquette de réussite ou d’échec. Un nouveau festival vit généralement cinq ans de petite enfance avant qu’on puisse vraiment affirmer qu’il a tout pour s’enraciner. Le temps nous le dira.

Mais il y a tout de même quelque chose qui vaut drôlement la peine de mentionner : ses architectes ont donné ses lettres de noblesse « grand public » au stand-up sans filtre.

C’est quoi, du stand-up sans filtre ?

Ce que l’on vit en humour cet été mijote depuis près de quinze ans.

Depuis que la relève s’est vue fermer plusieurs accès à une industrie de l’humour sur le régulateur de vitesse au cours des années 2000, qu’elle s’est formée « sur le tas » et qu’elle ait créé la scène dynamique des soirées d’humour dans la métropole.

Une scène, un écosystème surtout, collée sur le modèle des comedy clubs américains, pratiquant l’art de l’humour sans filtre, sans mise en scène élaborée, sans aseptisant. Brute, parfois crue, mais authentique.

En relation directe avec le public : c’est un dialogue plus intime, plus « entre chums », sans censure ou presque.

Un écosystème d’abord dans la marge qui, entre autres avec le Zoofest, le Minifest et le Bordel Comédie Club, a commencé à s’institutionnaliser, à s’inscrire dans les habitudes de consommation d’humour de la part du public.

Une forme d’humour qui s’est récemment nichée dans les salles de spectacles hors de Montréal : au Zénith de St-Eustache et au Dix30 de Brossard les lundis, les mercredis à Québec avec le ComédiHa! Club, etc.

Avec le GMCF, on vient officiellement de passer la dernière barrière vers le grand public.

On y offre, entre autres, des galas dans de grandes salles au prix des galas d’humour traditionnels, mais sans la mise en scène léchée et les numéros triés sur le volet pendant des semaines d’auditions. On a fait le pari que le public est prêt.

Comment le GMCF porte ce basculement ?

Le festival accorde une place importante à ces dizaines d’artistes qui avaient rarement accès aux grandes scènes et aux grands événements lors des festivals d’humour traditionnels.

Ces artistes qui étaient condamnés à l’étiquette de « relève » parce qu’ils n’avaient pas encore eu de one-man / one-woman show, alors qu’ils et elles gagnent leur vie avec l’humour et sont de réels professionnels.

Ces artistes laissés de côté pour des raisons de casting, de timing, de programmation filtrée au quart de tour par des gestionnaires pris à faire le grand écart entre des diffuseurs télé frileux et des artistes parfois frustrés des exigences de la direction artistique.

Bien sûr, certains se faufilaient sur des événements majeurs, mais ils étaient peu nombreux et avait été sélectionnés selon un protocole rigoureux.

Avec le GMCF, ils sont publicisés, mis de l’avant, et obtiennent du temps de scène au même titre que des vétérans. On leur offre de grandes salles de spectacle, comme l’Olympia, pour présenter leurs concepts.

Oui, le Zoofest le faisait déjà, ainsi que le Minifest, mais avec une mission différente, plus axée sur l’expérimentation, la découverte, l’éclatement et la remise en question des modèles, en utilisant de petites salles. Le GMCF ne leur enlève rien : il les complète.

Le baromètre de St-Eustache

Je voulais assister à un gala du GMCF en dehors de Montréal afin d’être à la rencontre entre le public de banlieue, que l’on croit souvent fort différent du public du Quartier latin (moins porté sur le nouveau et sur le risque) et le pari du nouveau festival.

Il y avait de tout dans la salle pleine à craquer: têtes grises, casquettes portées à l’envers, couples dans la vingtaine, pré-retraités, etc.

Il y a eu une suite de numéros crus (à ne pas confondre avec l’étiquette parapluie de « vulgaires », j’y reviendrai dans un prochain billet).

Et ça a ri. Et ça a applaudi. Et ça s’est parfois levé debout pour applaudir.

Pourtant, cinq des dix artistes sur scène n’avaient pas encore eu leur one-man/one-woman show officiel.

Personne n’a quitté la salle en cours de soirée pour cause de syndrome de conservatisme irritable.

Le public est prêt à plus d’authenticité en formule gala.

Ce n’est plus une réalité confinée à des niches urbaines, aux publics de Guillaume Wagner, Mike Ward, Sugar Sammy, etc.

Le GMCF a su faire la démonstration que le Minifest, le Zoofest et le Bordel ne sont pas des modes. Ce sont les incubateurs de la révolution de la relation entre l’humoriste et le public que l’on constate enfin.

Je crois qu’il y a maintenant deux types de scènes grand public au Québec auxquelles la relève peut aspirer : la formule stand-up libre du GMCP, et la formule plus léchée, plus travaillée, des spectacles du type des galas de Juste pour rire.