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Netflix : devenir international grâce à un Montréalais

#NETFLIXFYSEE "Neflix Is A Joke" - A Celebration of Netflix Stand-Up FYC Event - Arrivals
AFP Premier à gauche, le directeur de la programmation d'humour stand-up chez Netflix, le Montréalais d'origine, Robbie Praw, ici accompagné de Martin Short, Tig Notaro, Judd Apatow, Ali Wong et Lisa Nishimura.

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L’annonce a fait le tour de la planète média hier. The Hollywood Reporter, Fortune, The Independent, Variety et tant d’autres de Los Angeles à Mexico, en passant par Dubaï, sans mentionner les statuts Facebook des artistes, ont relayé la nouvelle : Netflix lance la captation de 30 minutes de spectacle de 47 humoristes de treize pays différents et de sept langues différentes.

De l’industrie de l’humour francophone canadienne, nous retrouvons Adib Alkhalidey, François Bellefeuille, Louis-José Houde et Katherine Levac. Quatre autres Canadiens anglophones représenteront le pays.

Ces nombres sont vraiment intéressants et à notre avantage, surtout quand on se compare aux autres : quatre Américains, quatre Français, quatre Britanniques, deux Australiens, deux Néo-Zélandais, quatre représentants africains et quatre du Moyen-Orient.

Juste à regarder les nombres, on constate que les architectes du projet chez Netflix considèrent la vitalité et la qualité de l’industrie francophone canadienne sur le même pied que les industries américaine et britannique, pourtant ancrées depuis plus longtemps que la nôtre. On a de quoi être fiers.

Peut-être est-ce parce que la personne à la tête du projet nous connaît très bien... ?

Un rejeton talentueux de Just for Laughs

Il y a plus d’un an, j’étais dans les bureaux de Just for Laughs pour une rencontre avec Bruce Hills, son dirigeant, question de discuter d’une possible intervention de sa part à un colloque.

Au cours de la discussion, il me mentionne, fier comme le papa d’un joueur de hockey qui vient de se faire appeler dans la LNH, qu’un de ses employés les plus brillants venait de quitter l’entreprise pour Netflix. Quoique qu’attristé par ce départ, il bombait le torse devant cette nouvelle réalité : Montréal est tellement bien cotée pour la qualité de sa main d’œuvre dans le monde de l’humour que les grandes entreprises américaines viennent maintenant y faire leur recrutement.

Et aujourd’hui, qui est à la tête de ce projet de stand-up international chez Netflix ? Nul autre que ce Montréalais d’origine et ancien directeur de la programmation chez Just for Laughs, Robbie Praw.

Ainsi, faut-il se suprendre de l'idée derrière le projet ? Bien sûr que non. Chez Just for Laughs, Robbie Praw a été aux premières loges pour goûter à ce qui se fait comme talent au Québec, au Canada et partout dans le monde. Son projet avec Netflix est, selon moi, en continuité et cohérence avec ce qu'il faisait à Montréal. 

Un projet à l’image d’un marché de plus en plus global de l’art du stand-up

J’adore le concept qui guide ce projet : capter et diffuser trente minutes de contenus, tel que présenté devant leur public type, et par la suite sous-titrés.

Le tout conserve la nature du numéro, son authenticité, son âme « stand-upienne », si vous préférez, à la condition que le sous-titrage soit de qualité, bien sûr.

C’est quelque chose qu’on pouvait déjà goûter un peu sur Netflix avec les captations d’artistes connus mondialement. Je me suis moi-même régalée il n’y a pas longtemps des spectacles de Chris Rock, Sarah Silverman et Amy Schumer, pour ne nommer que ceux-ci.

Sinon, pour un réel goût international, je me rabattais sur Youtube. D’ailleurs, c’est de cette manière que j’ai pu prendre la mesure du talent d’une foule d’humoristes de langues que je ne maîtrise pas. Un exemple : Wonho Chung, un humoriste né en Arabie Saoudite d’un père coréen et d’une mère vietnamienne, qui s’exécute notamment en arabe et en anglais.

Maintenant, non seulement Netflix se lance dans la diffusion sans frontière de talents, participant à la notion que le rire, malgré certains repères culturels, peut être universel, mais il fait la promotion de nos talents du même coup.

Une américanisation de la culture humoristique ?

Oui, c’est vrai que l’on peut voir la chose comme un autre exemple de mondialisation de la culture. Mais je ne suis pas prête à dire que, dans ce cas-ci, c’est une réelle américanisation des talents humoristiques. Au contraire.

Bien que le stand-up soit né aux États-Unis, les Américains n’en ont pas le plein contrôle de ses critères d’appréciation.

On ne rira pas ici de toutes les blagues des humoristes britanniques, africains et français. Et les publics américain et australien ne riront peut-être pas aussi fort que les Québécois à certains punchs de Katherine Levac. Ce n’est pas ça l’important.

Ce qui est intéressant dans le contact avec des artistes provenant d’autres pays, que ce soit en humour ou dans toute autre discipline artistique, c’est de goûter à leurs perceptions, à leurs expériences, à leurs histoires. C’est tenter de se glisser un peu dans leurs souliers, de vivre des émotions avec lesquelles nous sommes moins en contact dans notre quotidien et notre société. C’est de voir le monde à travers leurs lunettes l’espace d’un instant.

C’est aussi ça, la transmission de la culture.

Et à un moment de l’Histoire où les frontières entre les pays deviennent plus étanches, que la peur de l’Autre entraîne des gouvernements dans des politiques d’intolérance, peut-être qu’un peu de partage et de communion par le rire nous fera du bien.

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Vous vous questionnez sur l’implication de Juste pour rire/ Just for Laughs ou les choix d’artistes qui ont été faits ? On s’en reparle demain.