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Ce trio d’enfer peut-il sauver Radio-Canada?

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Pour la première fois dans l’histoire, le trio de tête de CBC/Radio-Canada est composé uniquement de joueurs qui viennent du privé. Depuis le 3 juillet, Catherine Tait assume la direction de la société d’État, flanquée d’Heather Conway et de Michel Bissonnette, les deux vice-présidents.

Même si Radio-Canada existe depuis plus de 80 ans, il n’y a jamais eu de femme à sa direction. Il n’y a jamais eu non plus de PDG issu de la programmation, sauf peut-être Pierre Juneau qui avait été directeur de la production française à l’Office national du film durant deux ans. Tous les autres PDG depuis 1936 – il y en a eu 15 – furent soit notaire, avocat, ingénieur, économiste, haut fonctionnaire ou politicien. Catherine Tait, parfaitement bilingue, arrive tout droit de New York où elle dirigeait Duopoly, une société de contenu audiovisuel pour la télé, le cinéma et les plateformes numériques. Michel Bissonnette, lui, était l’homme de la programmation chez Zone 3, la plus importante société de production du Québec. Quant à Heather Conway, elle était responsable du marketing chez Alliance-Atlantis, une société de télé et de cinéma dont une partie appartient maintenant à Corus et l’autre au distributeur eOne.

RÉUSSIR EST LA SEULE OPTION

Mélanie Joly, la ministre du Patrimoine, a eu la main heureuse en nommant Catherine Tait. Son prédécesseur, Hubert Lacroix, l’avait eue aussi en recrutant Heather Conway et Michel Bissonnette.

Si ces trois cracks venus du privé ne réussissent pas à relancer Radio-Canada et à lui redonner du lustre, la société d’État pourrait se réduire comme peau de chagrin et en arriver à disparaître dans l’indifférence générale. Par chance, le trio arrive à la direction au moment où le gouvernement n’a jamais été aussi en symbiose avec Radio-Canada. Sous Stephen Harper, même si le ministre James Moore multipliait les actes de foi, c’était de notoriété publique que le gouvernement n’avait pas le diffuseur public en odeur de sainteté. Il n’y avait pas d’amour perdu non plus du côté de Jean Chrétien.

PAUVRE RÉSEAU ANGLAIS

Le réseau français n’a pas à démontrer son utilité, ce qu’a aisément reconnu Catherine Tait dans une entrevue qu’elle a donnée mardi. Il n’en va pas de même pour le réseau anglais. Si l’écoute de la radio de la CBC reste satisfaisante, l’écoute de la télévision est au ras des pâquerettes. Elle est presque nulle dans les provinces de l’Ouest. Des dramatiques de qualité comme Kim’s Convenience, Murdoch Mysteries ou Mr. D peinent à rejoindre la moitié de l’auditoire que drainent les meilleures séries francophones dans un marché trois fois moindre. De toute manière, l’avenir de notre télévision n’est pas du côté des grandes séries coûteuses. Faute de moyens, Radio-Canada comme les autres diffuseurs canadiens, devra se résigner à les coproduire avec Netflix et les autres géants du web. Comme CBC l’a fait pour Anne et Alias Grace. Il faudra quand même continuer de se faire la main avec des séries plus modestes dont les meilleures trouveront quand même des débouchés sur le marché international. Mais avant de divertir, Radio-Canada doit « informer et éclairer ». Ce n’est pas moi qui le dis, mais Catherine Tait elle-même. Encore là, la nouvelle direction a de la chance puisqu’elle peut compter sur plusieurs plateformes numériques pour réaliser le mandat plus précis que doit lui dessiner le gouvernement. Malheureusement, pas avant les nouvelles élections fédérales.