/opinion/columnists
Navigation

Le Brexit aura-t-il lieu ?

Coup d'oeil sur cet article

Il y a deux ans, les Britanniques, à la surprise générale des sondeurs et des commentateurs, se prononçaient en faveur de la sortie de leur pays de l’Union européenne.

Alors que les élites mondialisées leur expliquaient que c’était politiquement impossible et moralement inadmissible, l’histoire allant dans le sens d’un effacement des nations, ils faisaient le choix de recouvrer leur souveraineté nationale.

Royaume-Uni

C’était leur manière de dire : maîtres chez nous ! Les Britanniques ont rappelé à la face du monde qu’il est important pour un peuple d’être pleinement indépendant.

Mais les Britanniques auraient dû le savoir : il ne suffit pas de gagner un référendum pour que le choix populaire qu’il exprime se concrétise. En 2005, les Français en ont fait l’expérience. Ils ont voté contre la Constitution européenne dans une claire insurrection démocratique. Cela n’a pas empêché leurs élites de la leur imposer malgré tout sous la forme du traité de Lisbonne, en 2007.

Quand le peuple vote dans le sens attendu par l’oligarchie, on le célèbre. Quand il ne le fait pas, on hurle au populisme et on neutralise ses volontés.

En ce moment, la question est sur toutes les lèvres : le Brexit aura-t-il vraiment lieu ? Theresa May, la première ministre britannique, semble actuellement en proposer une version si édulcorée qu’il ne s’agirait plus que d’un divorce d’apparence avec l’Union européenne. C’est d’ailleurs ce qui a poussé deux importants ministres pro-Brexit à quitter le gouvernement.

Officiellement, le Brexit est prévu pour mars 2019. Mais à quoi ressemblera-t-il ?

Au-delà des jeux de coulisses ordinaires, que se passe-t-il fondamentalement au Royaume-Uni ?

Je le disais plus haut, au nom de la mondialisation, du libre-échange, des grandes migrations et des grandes crises écologiques à venir, on a répété aux peuples depuis quelques décennies qu’ils devaient renoncer à penser leur destin à l’échelle nationale. On leur a même expliqué qu’ils devaient renoncer à être des peuples : on a voulu remplacer le citoyen enraciné par le citoyen du monde.

C’est contre ce monde qu’on assiste aujourd’hui à une insurrection populaire en Occident. La mondialisation n’est plus heureuse, les migrations massives suscitent des angoisses identitaires majeures, les grandes structures technocratiques mondialisées dénaturent complètement l’idéal démocratique.

Le Brexit n’était pas une révolte irrationnelle d’électeurs paumés ne comprenant rien à la marche du monde, non plus qu’un spasme xénophobe, mais un grand effort pour réorienter l’histoire à partir d’une autre vision du monde où les nations retrouvent le droit d’exister. C’était un geste politique.

Difficile

Mais on ne réoriente pas l’histoire avec une musique d’ascenseur comme trame sonore. Les décisions nécessaires sont souvent très difficiles. Rompre avec l’Union européenne n’est pas facile. Cela exige des convictions fortes, une résolution à toute épreuve et la capacité de confronter tout un système qui milite pour que le Brexit n’arrive jamais.

Que les souverainistes québécois prennent des notes. Le jour où ils reprendront la marche de l’indépendance, ils pourraient en tirer quelques leçons.