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Photo Agence QMI, Toma Iczkovits

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La France affrontera donc la Croatie en finale de cette formidable Coupe du monde de soccer.

Et vous savez quoi ? Ce que j’attendais est finalement survenu.

Quand les gens sont supérieurement intelligents et de bonne foi, il suffit de patienter.

Se découvrant une « passion inattendue », mon ami Mathieu Bock-Côté confesse : « J’ai simplement compris ce que j’aurais dû comprendre depuis longtemps. »

Il a compris quoi ?

La beauté d’une « compétition civilisée » entre des nations fières d’être des nations, de même que l’étalage de vertus comme l’effort, le sacrifice et la discipline.

Normal

Il s’en trouve beaucoup de nos jours pour diaboliser tout nationalisme.

De façon hautaine, ils se moqueront de ces spectateurs avec des perruques aux couleurs de leur pays, émus aux larmes quand ils chantent leur hymne national, qui encouragent leurs onze compatriotes pourchassant un ballon.

Justin Trudeau est allé jusqu’à dire qu’il voyait le Canada comme le premier État « postnational » du monde.

Ils ont tort.

Définissons le patriotisme ou le nationalisme – car seuls les intellectuels distinguent les deux, pas ceux qui vivent le sentiment – comme un attachement particulier pour sa langue, sa culture, son mode de vie, son territoire, de même qu’une conscience commune d’une histoire et d’un destin partagés.

Aimer sa patrie plus que les autres n’implique en rien de la considérer comme supérieure ou de détester les autres pays.

Le nationalisme, dit-on souvent, mène à la guerre.

C’est aussi simpliste que de dire que le vin mène à l’alcoolisme ou que l’amour, pour paraphraser Chesterton, peut mener au meurtre.

La religion et les intérêts économiques ont, eux aussi, conduit à des guerres. Va-t-on pour autant condamner la foi et le commerce s’ils sont tempérés ?

Il est piquant de voir des gens condamner la notion de peuple ou de nation, alors que le droit international reconnaît expressément aux peuples le droit de décider de leur avenir, légitimant du coup leur existence.

Dans cet amour partagé pour un bien commun, il y a aussi une solidarité qui transcende l’égoïsme tout-puissant de notre époque.

Certes, il y a une dimension imaginaire à cet attachement pour des gens que je ne connais pas simplement parce qu’ils habitent le même pays.

Mais cette solidarité n’est pas plus abstraite que celle du jeune citoyen du monde qui va faire du travail humanitaire dans un pays qu’il ne connaît guère.

Increvable

Nous vivons à une époque où une mondialisation qui ne tient pas ses promesses désincarne, déracine, déstructure, démantèle nos points de repère au nom des vertus du sacro-saint marché.

Il n’est ni étonnant ni condamnable que les peuples – peut-être par effet de compensation – se cramponnent à leurs symboles, à leur héritage partagé, et redécouvrent ce petit mot éternel et positif : nous.