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Ça va prendre de la pluie

Les faibles précipitations et la chaleur menacent les récoltes

La ferme maraîchère Poulin-Turcotte, sur l’île d’Orléans, est parvenue à préserver sa production grâce à l’arrosage artificiel, mais ce système ne pourra pas tenir indéfiniment, souligne la copropriétaire Marjolaine Turcotte.
Photo Dominique Lelièvre La ferme maraîchère Poulin-Turcotte, sur l’île d’Orléans, est parvenue à préserver sa production grâce à l’arrosage artificiel, mais ce système ne pourra pas tenir indéfiniment, souligne la copropriétaire Marjolaine Turcotte.

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Des agriculteurs du Québec pourraient perdre toute leur récolte d’ici deux semaines si la pluie ne finit pas par tomber. Les étendues d’eau dans lesquelles ils puisent leur précieux liquide sont presque à sec.

Depuis le début des temps chauds, de nombreuses pertes dans le milieu agricole ont été dénombrées a indiqué au Journal Richard Maheu, de l’Union des producteurs agricoles (UPA).

Il explique qu’il est encore trop tôt pour chiffrer les pertes, mais il parle de crise à venir et de situation critique.

« Ça va se jouer sous peu. Dans les prochaines semaines. On doit avoir de la pluie ! », dit-il.

Dans la région de Québec, les inquiétudes sont importantes.

« C’est un début de saison qui est vraiment plus sec », explique Marjolaine Turcotte de la ferme Poulin-Turcotte, à Sainte-Famille, sur l’île d’Orléans.

L’entreprise maraîchère tient le coup jusqu’à présent grâce aux améliorations apportées l’an dernier à son système d’irrigation, mais les étangs qui l’alimentent ne pourront fournir de l’eau ainsi tout l’été.

« On peut donner de l’eau tant qu’on en a. C’est ce qui pourrait être inquiétant si ça persiste », dit-elle.

À quelques kilomètres de là, André Létourneau, propriétaire de Patates Orléans, attend lui aussi avec impatience la prochaine averse.

« Je ne suis pas inquiet, mais si ça dure encore une semaine ou deux, là, ça va être plus critique un peu », affirme-t-il.

Parmi les producteurs de grains et de céréales, la situation commence aussi à soulever des inquiétudes.

« Ça dépend du type de terrain. Pour certains, c’est correct, mais pour d’autres, c’est sur le bord d’être catastrophique », soutient le président des Producteurs de grains de la Rive-Nord de Québec, Réjean Laquerre.

« En mode urgence »

La situation est plus alarmante du côté de la Montérégie. « On est en mode urgence », avance Pascal Lacauld de Vegibec à Oka, qui doit dépenser une fortune pour gagner du temps en attendant la pluie. 10 % de son personnel, au lieu du 2 % habituel, est occupé à installer 4,5 kilomètres de tuyaux d’irrigation pour éviter de perdre sa récolte.

Il estime avoir besoin de 2000 à 3000 camions-citernes d’eau par jour pour irriguer ses terres.

« Les raccords de tuyaux viennent d’où ? De l’État de Washington ? Fais-les venir en avion le plus vite possible, je vais payer ce que ça va coûter. Je n’ai pas le choix. Mais ça me les prend le plus vite possible », dit-il à son fournisseur d’équipements d’irrigation pendant qu’il fait visiter ses terres au Journal.

Peu optimiste

M. Lacauld explique qu’il va tout perdre sur ses 1200 hectares de terre de culture maraîchère d’ici deux semaines s’il ne pleut pas. Il n’est pas très optimiste. « Vous avez vu la météo pour les deux prochaines semaines ? Il ne devrait pas y avoir de pluie. C’est cool pour le monde en vacances, mais pas vraiment pour nous », dit-il d’un ton inquiet.

Ce dernier croit que le gouvernement devrait aider les agriculteurs dans ces conditions.

« J’ai déjà perdu 40 000 choux-fleurs et le pire est à venir. Le gouvernement aide Bombardier avec des milliards, il pourrait nous aider aussi », rage-t-il.

– Avec la collaboration de Dominique Lelièvre