Chaque année, au Québec, plus de 30 000 femmes actives sur le marché du travail obtiennent un retrait préventif ou sont affectées à d'autres tâches à cause des risques pour leur grossesse. Ce nombre a crû de 19,5 % au fil des ans. Les entreprises sont-elles rendues si menaçantes pour les femmes enceintes?
La réponse à cette question est non, si on se fie aux statistiques de la Commission de la santé et de la sécurité du travail (CSST) qui démontrent que le nombre d'accidents de travail est en baisse au Québec depuis plusieurs années.
Bien que tout le monde endosse à l'unanimité l'un des principes de la loi sur la santé et la sécurité du travail qui est d'offrir un environnement de travail sécuritaire aux femmes enceintes dans le but de les maintenir à l'emploi, l'atteinte de cet idéal est cependant parsemée d'embûches, comme a pu le constater le Journal.
Quelques chiffres
Sur les 30 265 femmes qui ont bénéficié du programme Pour une maternité sans danger, en 2006, 17 486 sont retournées à la maison poursuivre leur maternité tout en continuant de recevoir 90 % de leur salaire habituel, tandis que 4790 ont été réaffectées à d'autres tâches. Malgré une réaffectation, 7464 femmes ont tout de même été retirées de leur milieu de travail à cause des risques pour leur santé ou pour celle de l'enfant à naître.
Les retraits préventifs et les réaffectations représentent plus du tiers des 84 200 naissances enregistrées au Québec, en 2006.
Ces mesures préventives occasionnent des déboursés pour la CSST qui avoisinent les 200 millions de dollars. Même si les statistiques complètes pour 2007 ne seront dévoilées qu'en mars prochain, on sait d'ores et déjà que le nombre de retraits préventifs poursuit sa croissance ascendante avec 31 017 demandes acceptées.
La facture
Les frais de ce programme sont assumés par les employeurs qui contribuent à la hauteur de 20 cents par tranche de 100 $ de masse salariale, et ce, même s'il n'y a pas de personnel féminin au sein de l'organisation pour en bénéficier. Par l'entremise de leurs impôts, les contribuables aussi sont appelés à participer, car une part importante des retraits préventifs provient du secteur public.
Selon les plus récentes données, les enseignantes et les infirmières comptaient à elles seules 35,3 % des bénéficiaires. Leur représentation est presque deux fois plus élevée, si on compare à d'autres corps de métier répertoriés par la CSST tels que les barmaids (8,7 %), les vendeuses (7,3 %) et les caissières (4,7 %) issues du milieu privé.
Et l'écart s'agrandit puisque des huit professions les plus représentées, les enseignantes (19,4 %) et les infirmières (15,9 %) ont vu leur nombre augmenter de 4,5 %, en quatre ans, par rapport autres professions qui ont connu une baisse.
Des risques élevés
Les raisons liées à l'ergonomie justifient 52,8 % des retraits et des réaffectations. Les risques associés aux agresseurs biologiques (virus, bactéries, maladies) et chimiques (produits, gaz, métaux) suivent dans l'ordre avec respectivement 24,8 % et 8,2 % des demandes.
Le programme Pour une maternité sans danger, qui est unique au Canada, s'applique également aux travailleuses qui allaitent.