quÉbec-nicaragua

98,1 FM, la radio alternative du Nicaragua

Marc-André Séguin

Publié le:

Denis Gaitán Largaespada au milieu de l'enregistrement d'une émission destinée aux enfants.

Photo courtoisie

Denis Gaitán Largaespada au milieu de l'enregistrement d'une émission destinée aux enfants.

La radio communautaire La Nandaimeña, financée directement et indirectement par des efforts au Nicaragua et au Québec, continue à changer des vies dans la communauté de Nandaime, au Nicaragua. Portrait d'une radio qui, malgré la distance entre les deux pays, a créé bien des rapprochements entre les gens d'ici et de là-bas.

Le 98,1 FM est bien connu des gens de la capitale québécoise. C'est aussi la fréquence la plus populaire auprès des habitants de Nandaime, au Nicaragua, qui, par milliers, la syntonisent pour entendre les émissions alternatives de la radio La Nandaimeña, une station qu'on méprisait parce qu'elle est issue des bidonvilles et qui, pourtant, est devenue la plus écoutée de la région.

Et, malgré le fait qu'elle soit d'Amérique latine, cette radio a su faire entendre ses échos jusqu'au Québec depuis ses débuts, en 2002. Financée notamment par des initiatives et des collectes de fonds par des gens d'ici qui partagent ses valeurs de justice sociale et son engagement auprès des démunis, la Nandaimeña demeure un produit éminemment local qui transforme des vies par son engagement, estiment ses fondateurs.

Porte-parole

C'est que, au fil des ans, elle s'est transformée en porte-parole des démunis, des enfants, des sans-voix de la société nicaraguayenne, résume son directeur, Denis Gaitán Largaespada. « Notre plus grand succès, c'est l'accompagnement que nous donnons aux personnes, aux communautés, aux groupes dans leur lutte contre la pauvreté et la violence. C'est là que nous voyons l'impact que la radio peut avoir comme intermédiaire dans les problématiques de notre société. » Le tout va souvent à contre-courant, au grand dam de la mairie et des institutions établies, régulièrement accusées de corruption et de favoritisme.

À contre-courant aussi des sources de financement traditionnelles, jugées trop souvent néfastes pour la communauté, à qui il faut donner l'exemple, explique-t-on. Ainsi, exit les publicités sur l'alcool, qui, selon les administrateurs, engendre la violence conjugale dans les familles des auditeurs; même traitement pour les voitures, qui polluent la planète. « Nous refusons de promouvoir un style de vie de consommation qui n'est pas réel, qui n'est pas constructif pour nos auditeurs », explique M. Largaespada, évoquant la vie misérable et souvent empreinte de brutalité de son public, qui vit souvent sous le seuil de la pauvreté.

Cette éthique a cependant un prix : la radio dépend ainsi beaucoup du centre communautaire local, qui la chapeaute. Ce dernier trouve à son tour sa principale source de financement dans des activités de tourisme équitable offertes au public québécois.

Collectes de fonds

Inspirés par les messages et l'engagement véhiculés par cet outil qu'on dit très pédagogique pour le milieu, des jeunes du Québec travaillent aussi à maintenir cette radio en vie en faisant des collectes de fonds et des ventes de disques de musique ici même, dans l'espoir que cette dernière continuera à jouer son rôle dans sa communauté. Des collectes de fonds mises sur pied par des organisations telles que Horizons d'amitié ou le Groupe d'entraide internationale Spirale, basé à Québec.

Au fil des ans, le personnel de la station affirme que menaces, harcèlement et tentatives d'intimidation sont devenus monnaie courante. « C'est un prix à payer pour l'objectivité dans ce milieu, affirme le directeur. Dès le départ, on nous a traités de tous les noms. Mais notre réponse a toujours été d'affermir notre indépendance. »

L'effort en vaut-il la peine? Assurément, si on se fie à M. Largaespada. « C'est une lutte quotidienne pour survivre, affirme-t-il. Et c'est sûr que notre contact avec le Québec nous aide. Mais, surtout, quand on nous rappelle nos gestes concrets qui changent notre communauté, c'est là que nous réalisons l'importance de notre travail. »

marc-andre.seguin@journaldequebec.com

Liens commandités