Imaginons le Colisée de Québec comme une grosse cuvette qui se remplit à ras bord, trois fois par jour, de toutes les toilettes de la ville. C'est l'équivalent du volume d'eaux usées générées quotidiennement sur le territoire.
Avant d'arriver à l'une ou l'autre des stations de traitement de la ville de Québec, les eaux usées parcourent de grandes distances dans des conduites souterraines dont la longueur totalise près de 3 000 km.
En mettant les pieds dans la station Est (secteur Beauport), les effluves montent immédiatement au nez. Cette odeur, ma foi indescriptible, devient à la limite du supportable dans les bassins où l'eau est en mouvement.
« On s'habitue. Les stations sont recouvertes. Alors, il faut faire des changements d'air pour les travailleurs. À l'intérieur, c'est concentré. Il y a des odeurs », prévient M. Yves Lanthier, technicien en assainissement de l'eau.
La station Est, d'une superficie comparable à celle du centre commercial Place Fleur de Lys, réalise près de 60 % du travail d'assainissement. La station Ouest est située sur la rue Einstein.
Assaisissement 101
Le traitement des eaux usées passe par cinq opérations. En tout, le processus dure environ 45 minutes. À l'entrée, des dégrilleurs de 1,9 cm permettent d'intercepter les déchets solides. Près de 50 tonnes de matières sont extraites quotidiennement aux deux usines. Les boues sont séchées et brûlées à l'incinérateur.
« On a des usines performantes avec un procédé de biofiltration, mais c'est certain que les usines ont vingt ans. On est à la limite. Il va falloir penser à agrandir pour respecter les exigences du gouvernement », ajoute M. Lanthier.
Des débordements
La capacité de traitement aux deux usines se situe à 28 200 m3 à l'heure, par temps sec. En cas de pluie, le débit augmente à 52 000 m3. À ce rythme, les installations ne suffisent pas à traiter l'eau à 100 %. « Le réseau ne peut pas tout prendre », souligne M. Lanthier.
Près de 77 % du réseau est toujours mixte, c'est-à-dire que les eaux de pluie se mélangent aux eaux domestiques. Dans un monde idéal, il en coûterait 2,3 milliards de dollars pour séparer les deux. Dans les nouveaux quartiers, la Ville oblige l'aménagement d'une canalisation distincte.
Les autorités ont investi 131 millions de dollars ces dernières années pour construire des réservoirs de rétention le long de la rivière Saint-Charles afin de prévenir les débordements.
L'initiative a porté fruit. Avant 1999, l'eau rejetée était contaminée aux coliformes fécaux au moins 50 fois et plus durant l'été. Cela se produit beaucoup moins souvent qu'avant, affirme le technicien.
Une fois traitée, l'eau est déversée dans le fleuve au bout d'un tuyau mesurant un kilomètre de long.