À l'heure où plusieurs pays d'Europe repoussent l'âge légal de la retraite, certains jusqu'à 68 ans, le débat demeure entier au Québec et les mesures sont jugées plutôt timides malgré l'état d'urgence qui se fait sentir.
« Ça se fait en France, en Grèce et ailleurs, mais ce n'est pas parce qu'il y a des politiciens qui prennent des décisions courageuses, c'est parce qu'ils sont au bord de la faillite, parce qu'ils n'ont pas le choix, analyse Germain Belzile, directeur de la recherche à l'Institut économique de Montréal. Nous, on n'est pas encore tout à fait rendus à ça, mais on s'en va vers ça, c'est pas compliqué. »
La question du recul de l'âge de la retraite fait effectivement place à des débats houleux dans toute l'Europe depuis plusieurs mois, de nombreux pays étant confrontés à l'augmentation de leurs dettes et déficits publics. La Commission européenne a même ouvert un débat public sur la question, estimant que l'âge moyen de la retraite devra être relevé de 65 à 70 ans d'ici à 2060, histoire de maintenir les pensions à leur niveau actuel (voir tableau).
Trop rigides
Au Canada, le gouvernement Harper a annoncé, cet été, qu'il songe à annuler la retraite obligatoire à 65 ans pour les employés fédéraux. On souhaite également rendre le marché du travail plus attrayant pour les aînés. Au Québec, certaines mesures ont été mises de l'avant par le gouvernement ces dernières années.
Certaines de ces mesures favorisent la retraite progressive. Il est entre autres devenu possible de varier sa rente en tenant compte des jours travaillés. Il faut toutefois demeurer chez le même employeur.
« On a pris des petites mesures que l'on a favorisées, qui ont été relativement efficaces, mais les vraies mesures tardent à venir », évalue le démographe Jacques Légaré, professeur émérite à l'Université de Montréal.
« On remarque qu'on a eu des avancées de faites, mais probablement qu'il y a encore place à beaucoup d'autres avancées pour rendre ça plus populaire, plus accessible, moins rigide », observe Mathieu Laberge, directeur de projet et économiste au Centre interuniversitaire de recherche en analyse des organisations (CIRANO).
Coauteur du rapport La longévité, une richesse, publié en janvier, M. Laberge précise que si rien n'est fait pour inciter le recul de l'âge de la retraite et que rien ne bouge dans l'économie québécoise, on se dirige vers une période critique, de 2013 à 2025. On commencera alors à perdre des travailleurs, ce qui freinera la croissance économique.
Sentiment d'urgence
« Oui il y a un sentiment d'urgence, dit M. Laberge, car 2013 en termes d'économie, c'est demain matin. » Ce dernier évalue toutefois que la réflexion au Québec est assez avancée par rapport à d'autres provinces.
« On est rendus à l'étape où il faut agir, on est déjà en retard », considère pour sa part Jean-David Tremblay-Frenette, président de Génération d'idées, organisme sans but lucratif et non partisan qui a pour mission de représenter les intérêts de la Génération X et des jeunes. C'est comme si on avait une diversion présentement avec les finances publiques et qu'on occultait cette question. »
Il en va beaucoup de l'opinion publique, selon M. Belzile. « Quand les gens comprendront qu'il y a un véritable danger et qu'on s'en va dans un mur, les ajustements se feront », dit l'économiste, estimant que la dynamique politique actuelle rend cela extrêmement difficile.
Une population qui vieillit au Canada
Personnes de 80 ans et plus : 1,3 million en 2009; 3,3 millions en 2036
Entre 2015 et 2021, il y aura plus d'aînés de 65 ans et plus que de jeunes de 14 ans et moins
La proportion des gens en âge de travailler va passer de 70 % à 60 %
En 2011, les premiers boomers auront 65 ans
En 2031, la totalité des boomers aura 65 ans et plus
*Source : Statistiques Canada
Pénurie de main-d'oeuvre au Québec
D'ici 2018, 1,3 million d'emplois à combler
De ce nombre, 80 % seront vacants en raison de départs à la retraite
En 1966, huit travailleurs pour un retraité
D'ici 2040, deux travailleurs pour un retraité
*Source : gouvernement du Québec