Le missionnaire de Beauport au Nicaragua

Deux décennies de solidarité

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Jacques « Santiago » Giroux, originaire de Beauport, travaille depuis près de trente ans à l'international.

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Jacques « Santiago » Giroux, originaire de Beauport, travaille depuis près de trente ans à l'international.

NANDAIME, Nicaragua | Au ­Québec, on l'appelle Jacques Giroux. À Nandaime, dans son pays d'adoption, il est mieux connu comme le « Padre Santiago » : un homme dont la réputation de ­révolutionnaire, de dissident, n'est plus à faire. Originaire de Beauport et aujourd'hui bien ancré au ­Nicaragua, le missionnaire de 71 ans fait le retour sur son expérience ­personnelle qu'il partage avec les Québécois depuis plus de 23 ans.

« Être présent sur la ligne de front, où les problèmes sont les pires, et travailler là, ça a toujours été mon idéal », résume le Québécois, qui nous reçoit dans son ­bureau. On marche en sa compagnie dans les rues des barrios - ces quartiers défavorisés où les gens gagnent à peine plus de quelques dollars par jour - et plusieurs de tous âges s'arrêtent pour le saluer.

Jacques Giroux est bien connu par la ­population de Nandaime, au Nicaragua. C'est le fondateur du Centre communautaire Oscar Arnulfo Romero (CCOAR), une ­coopérative à l'origine de dizaines de ­projets de développement dans la région, le tout avec la participation d'organisations et de coopérants du Québec. Mais derrière cet éventail d'initiatives, on y trouve l'histoire d'une lutte constante pour appuyer des gens qui cherchent à ­mener leur vie dans la dignité, souvent à contre-courant.

À une époque où le développement international se faisait d'abord par les congrégations religieuses, Santiago s'est joint aux Missionnaires du Sacré-Cœur pour des raisons à la fois spirituelles et ­humanitaires. « Dans les années 1950, pour les gens ­ordinaires, pour enseigner en missions, il n'y avait pas de groupes, explique-t-il. C'étaient les congrégations religieuses qui s'en occupaient. Mais pour moi, l'idée de prêtre est venue en même temps. »

Prêtre ouvrier

Il quitta le Québec en 1978, à 40 ans, après avoir travaillé un an en soudure. À la suite de séjours au Venezuela et en République dominicaine comme prêtre ­ouvrier, le père Giroux se déplace au Nicaragua au début des années 1980, alors qu'on y cherchait des prêtres prônant la théologie de la libération, mouvement de l'Église catholique pour lequel l'action ­politique et la lutte contre la pauvreté ­apparaissent comme une exigence de l'engagement religieux.

Alors en pleine révolution et dans un contexte de guerre froide, le pays était au milieu de profonds débats idéologiques, dans lesquels il a vite été entraîné en tant que prêtre progressiste.

C'est qu'en Amérique latine, la politique commence avec la Bible, explique-t-il. « Si tu dis : "Marx a dit ceci, Lénine a dit cela", il n'y a pas d'impact. Mais si je dis : "L'Évangile dit ceci", tout le monde écoute. » Et même si ceux qui écoutaient n'étaient pas toujours d'accord, ce dernier s'est fait un nom dans sa communauté d'adoption.

Au fil des ans, il a subi tentatives de ­déportations, de menaces, d'intimidation des autorités policières et municipales pour avoir appuyé des gens qu'on écrasait, résume-t-il.

« Quand je suis arrivé, on ­m'invitait dans les grandes soirées mondaines. Peu de temps après, ces mêmes gens qui m'invitaient ont cessé de me ­parler parce qu'ils se sont aperçus que je marchais dans la rue avec les gens. » Depuis, ce sont ces mêmes gens de la rue qui ont appris à l'appuyer. Après avoir ­essuyé des critiques de l'hôtel de ville il y a quelques années, un mouvement citoyen s'organisa en sa défense qui finit par ­coûter au maire ses élections.

Victoires et défaites

Fort de deux décennies de projets et de présence en Amérique centrale, le missionnaire de Beauport célèbre quelques ­victoires, dont la formation de jeunes de la rue devenus travailleurs sociaux, journalistes, comptables, le tout grâce à l'appui du CCOAR, qu'eux-mêmes administrent de nos jours. Mais les défis d'un travail continu dans un milieu de pauvreté ­extrême demeurent énormes, résume-t-il.

« Dans ce domaine, il y a plus de défaites que de réussites, nous dit le « Padre ». Mais les défaites sont des occasions pour découvrir comment aller à l'essentiel. » Tout comme lorsqu'il fut par deux fois confronté à des ouragans dévastateurs en Amérique centrale, dont Mitch, en 1998, il observe que son milieu l'oblige à aller à la base : sauver la vie.

­ ­­«Ça te ramène à l'eau, à la problématique de la contamination, à un toit, aux ­nécessités de base. Tu découvres que tout le reste n'est pas nécessaire et souvent ­t'empêche d'être heureux. »

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