Mexique
Les cartels imposent «le silence ou la mort» aux médias
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Un journaliste mexicain proteste contre la violence et les pressions contre les représentants des organisations de presse à l'occasion d'une manifestation à Mexico City en août 2010.
Au Mexique, les journalistes sont tués, enlevés, menacés ou corrompus, ou s'autocensurent par crainte pour leur vie et celle de leur famille, souligne l'organisation basée à New York.
Le rapport du CPJ porte sur les meurtres de 22 journalistes et trois employés de presse, et la disparition de sept autres, depuis l'arrivée au pouvoir en décembre 2006 du président mexicain Felipe Calderon, qui a lancé une offensive nationale contre les cartels.
Depuis cette date, la «guerre des cartels» pour le contrôle du trafic a fait 28 000 morts dans le pays, entre règlements de comptes et affrontements contre l'armée et la police.
Le CPJ décrit les tactiques des associations de malfaiteurs, qui incitent les médias à l'autocensure en alternant menaces et pots-de-vin.
Il accuse aussi les autorités locales et fédérales de corruption, en affirmant que le Mexique est un des pays où les crimes contre les journalistes sont le plus souvent impunis, avec un taux de plus de 90% de crimes non sanctionnés ces dix dernières années.
«Plus le Mexique laisse contrôler l'information par les cartels de la drogue et des autorités locales malhonnêtes, plus il perd son statut de partenaire mondial crédible», conclut dans ce texte le coordinateur du CPJ pour les Amériques, Carlos Lauria.
Le CPJ souligne notamment la détérioration de la couverture médiatique à Reynosa (nord-est), dans une région frontalière des États-Unis où la violence liée à la drogue a explosé. En cause, la rivalité entre le cartel dit «du Golfe» et ses anciens alliés, les «Zetas».
«Le cartel du Golfe contrôle la plupart des gouvernements locaux (...) des forces de l'ordre au vendeur ambulant, ont raconté les journalistes et habitants au CPJ», poursuit le rapport.
Fusillades en pleine rue et attaques à l'explosif ont poussé les États-Unis à recommander à leurs expatriés de quitter la région.
En avril, un cartel a attaqué un camp militaire. L'armée a publié un communiqué, mais les médias locaux n'ont pas traité, note encore le CPJ.
En août, des ambassadeurs de l'Onu pour la liberté d'expression et l'Organisation des États américains (OEA) ont engagé le Mexique à prendre rapidement des mesures de protection des journalistes.
Face à la carence des médias traditionnels, l'information sur les violences passe de plus en plus par des réseaux sociaux comme Facebook et Twitter, mentionne le CPJ. Mais on constate aussi que les cartels utilisent ces réseaux pour faire passer leurs messages ou effrayer la population, soulignent des experts.
Ils restent fidèles aussi à leurs vieilles méthodes, rappelle le CPJ: le corps criblé de balles d'un journaliste de Durango (nord), Bladimir Antuna Garcia, enlevé en novembre 2009, a été retrouvé, accompagné d'un message.
Le texte disait: «Cela m'est arrivé pour avoir informé les militaires et pour avoir trop écrit».