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le journal en afghanistan

Une surveillance accrue même entre époux

Jean-François Racine

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La construction de la route dans « la corne » de Panjwai n'est pas sans danger.

© Daniel Mallard

La construction de la route dans « la corne » de Panjwai n'est pas sans danger.

Une infirmière des Forces canadiennes déployée en Afghanistan doit obligatoirement s'adresser à son époux, également militaire, en l'appelant « sergent » en présence d'un supérieur.

Le sujet de la « fraternisation » au sein des troupes continue d'alimenter les discussions, surtout depuis les allégations concernant le brigadier-général Daniel Ménard, montré du doigt pour une relation amoureuse inappropriée. En théâtre opérationnel, les contacts sont strictement interdits. Même pour un couple marié. Le débat est loin d'être clos.

Le matelot-chef Stéphanie Vernier, 32 ans, et le sergent Christian Bureau, 41 ans, ont célébré leur union le 13 novembre 2010, juste avant de partir en mission. Les deux occupent le même rôle dans le domaine médical. Leur cas n'est pas unique. Sur la trousse d'urgence, le couple a cousu une étiquette « Christ et Steph 2010-2011 ».

Sous observation

« Il faut faire attention comment on se parle parce qu'il est d'un autre grade. Je suis obligée de l'appeler « sergent ». Étant mari et femme, on se fait encore plus observer que si nous étions deux amis qui mangent ensemble à la cafétéria. Je trouve même plus difficile de le savoir ici qu'à la maison », raconte Stéphanie, également mère d'une fillette de deux ans qui vit présentement avec son père à Québec.

« C'est difficile de ne pas pouvoir se rapprocher de quelqu'un dont tu es près en réalité. Je pense que ça serait moins pire de ne pas se voir du tout », ajoute son conjoint, qui effectue sa deuxième rotation en sol afghan.

Pourtant, ils n'ont pas le droit de se tenir la main malgré leur alliance au doigt. Même en prison, le gouvernement permet les visites conjugales et l'accès à la « roulotte ». Pas en mission de guerre. D'autres armées sont toutefois plus permissives.

À l'occasion, le métier qu'ils pratiquent leur donne l'occasion de se croiser quelques minutes. Ce fut le cas mardi.

Sur la base principale de Kandahar (KAF), chaque membre du personnel médical a une chambre libre à tout moment. Celle de Stéphanie est située en face de celle de son époux. Difficile d'imaginer une situation plus particulière dans les circonstances. La « fraternisation » se définit plutôt mal et la ligne est mince. Ils doivent observer les règles même si d'autres ont possiblement commis des écarts de conduite.

En route vers Québec récemment, Stéphanie et Christian ont fait un bref arrêt en Allemagne. Cette fois, ils avaient le droit d'occuper la même chambre. «C'était juste de savoir à quel moment nous pouvions redevenir mari et femme. Dans l'avion militaire? Non! À la sortie? Pas certain encore. C'est spécial. »

En souvenir

Sur un ton plus dramatique, Christian Bureau se rappelle très bien du sauvetage de l'équipe où se trouvait le journaliste Patrice Roy en 2007. Les militaires Mario Mercier et Christian Duchesne sont morts et un cameraman de la SRC a perdu un pied. Il ne les a pas revus ensuite.

« C'était une situation plus qu'extrême. Le gars à sa droite est mort, le gars à sa gauche aussi et lui n'avait même pas un ongle brisé. Il n'avait rien. C'était surréaliste. »